Dr Negro ! - Dominique Taddei

Dominique Taddei égrène ses souvenirs… Au menu d’aujourd’hui : une baruffa dans un airbus !

                                        

   

 Dr Negro !

  

Cette histoire s’est passée sur un vol Air France en Airbus A300 entre Marseille et Dakar.

On pourrait penser que j’ai une imagination débordante mais je puis vous assurer qu’elle est vraie puisque ma compagne Marijo faisait partie de l’équipage ce jour-là. 

Marijo et moi dans un Boeing 747 Combi

 

Comme d’habitude l’embarquement des passagers se passa normalement mais j’avais quand même remarqué un passager sénégalais, un géant d’au moins deux mètres, accompagné d’une petite blonde assez frêle.  Elle semblait angoissée mais je mis ça sur le compte de la peur en avion.

Le décollage se fit sans problème et nous étions en train de préparer le service du déjeuner lorsque la petite blonde en question pénétra dans le galley* et nous demanda de ne pas servir de boissons alcoolisées à son mari. Elle nous raconta qu’ils partaient au Sénégal en voyage de noces et que l’enregistrement à Marseille s’étant très mal passé, elle préférait que tout se passât dans le calme pendant le vol.

Lui demandant de me donner plus de détails, elle m’informa que lors de leur enregistrement, on leur avait répondu que le vol était complet et qu’ils ne pourraient pas partir sur ce vol.

Le mari ayant deux billets avec réservation était alors entré dans une colère très compréhensible. L’agent n’arrivant pas à le convaincre et le ton devenant très agressif, il avait fait appel à la police. Celle-ci étant arrivée, avait tenté de le calmer mais le géant ne voulant rien entendre il avait été gazé et menotté. Plus elle parlait et plus je n’en croyais pas mes oreilles.

Pendant que l’on menait le mari en salle de police, le directeur d’Air France passant par là avait reconnu en notre Sénégalais comme étant un chef d’entreprise très important et  faisant partie du Club des 2000*** VIP (Very Important personality) Patatras, il fallait absolument rattraper cette erreur monumentale.

On relâcha celui-ci avec de plates excuses (je suppose) et comme par miracle nos deux passagers se retrouvèrent à bord. Le problème c’est que personne ne nous avait informés de l’incident survenu en escale.

Bref il fallait faire avec. Restons calme !

Notre passagère retourna à sa place et nous commençâmes le service du déjeuner.

Dans la zone du couple en question, l’hôtesse était une jeune saisonnière, donc peu expérimentée. Marijo la parrainant travaillait avec elle.

Arrivées toutes les deux à la hauteur du couple, le mari demanda un quart de vin rouge, Marijo jugeant qu’il était calme, ne tint pas compte de la demande secrète de sa femme et lui donna son quart de vin rouge. Là-dessus, la jeune hôtesse voulant bien faire reprit la bouteille posée sur le plateau ; notre passager surpris mais rapide, tenta de reprendre son bien. Ce fut une lutte de courte durée car notre Sénégalais saisissant son bras la mordit au poignet. L’hôtesse quitta le comodiprest** et rentra dans le galley en pleurant ;  pris au dépourvu et décontenancé je me dirigeai vers le passager récalcitrant et c’est alors que je remarquai un passager plus loin, certainement témoin de la scène, quitter son siège et venir vers moi, peut-être pour me prêter main forte. Le géant se leva, nous ne faisions pas le poids. Mon dieu qu’il était grand !! Il nous regarda et nous dit « Messieurs je vous déconseille de vous approcher, les uniformes j’en ai eu assez pour aujourd’hui ! »  Son français sans accent était remarquable. Mon allié était médecin et voyant la tournure que ça prenait, il lui expliqua qu’il voulait voir l’hôtesse traumatisée. Notre ennemi se calma et moi aussi.  Ne voulant pas impliquer sa femme qui était pétrifiée, je n’insistai pas.

Tout rentra dans l’ordre et le service reprit. Une fois celui-ci terminé, notre Sénégalais s’endormit à poings fermés, ouf ! Tout est bien qui finit bien ! Trop beau pour être vrai !

C’est alors que notre jeune mariée arriva de nouveau dans le galley, elle était en transe ! Elle bafouillait et elle tomba dans les pommes ! Allons bon ! Il nous manquait plus que ça !

J’allais chercher discrètement le médecin et nous plaçâmes notre malade dans le poste repos équipage. Le mari dormait, c’était une chance ! Et voilà-t-y pas qu’il se réveille, ne voyant pas sa femme, il se lève. Ne voulant pas envenimer la situation, j’allai à sa rencontre et je lui expliquai. Heureusement, il resta calme mais lorsqu’il vit le médecin, il me demanda avec insistance à ce que ce docteur ne soignât pas sa femme.

Il me fallut donc trouver un autre médecin, je pris le micro et fis l’annonce habituelle : « Votre attention s’il vous plait, nous demandons un médecin de tout urgence, veuillez vous présenter à un membre d’équipage ».

Quelques minutes après arriva une femme. J’étais là debout devant le poste de repos avec Marijo et notre Sénégalais ! Elle s’avança vers moi et me dit à haute voix : « Bonjour je suis le Docteur Negro ! ».  

Imaginez ma tête, je regardai le Sénégalais! Lui-aussi semblait avoir reçu un coup sur la tête et vous ne me croirez pas mais après quelques instants de suspense,  il éclata de rire !!!!!

Enfin tout est bien qui finit bien ! La femme retrouva ses esprits, le mari pris de remords, présenta des excuses à l’hôtesse mordue et lui offrit un carré Hermès acheté à bord.

Nul doute qu’il méritait de faire partie des passagers importants de la Compagnie.

Lorsque je fis signer mon rapport au Commandant de bord, il me demanda si j’étais de Marseille !

Lorsque par la suite je demandai à Madame Negro où elle pratiquait, elle me répondit à l’hôpital de Gonesse, or il se trouvait que mon ami, Zézé Martinetti était chef de service en pédiatrie à ce même hôpital. Elle le connaissait. Small World

 

 

 

* Galley : Cuisine de bord

** Comodiprest : meuble roulant comportant les boissons et les prestations du repas.

*** Au commencement, le Club des 2000 était un club possédant une carte réservée aux deux mille passagers très importants d’Air France. Ce chiffre passa très vite aux 20000. 

 

  

  

Pour lire d'autres textes de l'auteur :

     Ajaccio, Campo dell’Oro, été 1962

    Été 1962 (suite)

    Été 1962, en rase-mottes

    Comment je suis arrivé à la B.A.N d’Asprettu

    Une bonne histoire de Marseille

  

  

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