Jocelyne Normand - Elles étaient deux sœurs

Jocelyne Normand livre un petit récit bouleversant qui dit l’attachement, l’incompréhension et l’indicible manque...

 

Elles étaient deux sœurs

 

Elles étaient deux sœurs. Leur mère leur disait qu'elles lisaient trop. Surtout l'aînée. Elle avait toujours le nez dans un livre et elle n'entendait pas lorsque leur mère les appelait pour mettre la table du déjeuner par exemple ou pour une autre corvée ménagère.

Elle avait la tête dans les nuages.

Mais, pour sa sœur cadette, elle était une boussole, une sorte de mère de substitution... C'est elle qui la rassurait lorsqu'elle tremblait. Elle a illuminé toute son enfance et son adolescence.

Et puis, à l'âge adulte, la boussole a dû se dérégler. Elle était pourtant brillante en tout, intellectuelle et manuelle. Elle s'était mariée jeune et, rapidement, donna naissance à un fils unique. Il y a très longtemps, elle avait envisagé de construire une maison, dans le pays natal de son père – un père qu'elle idéalisait – en campagne morbihannaise. Elle voulait y avoir un atelier d'artiste (peintre et dessinatrice). Elle en avait dessiné les plans.

Déjà, quand elle était étudiante à l'université, elle avait dû faire des cures de sommeil. Sa cadette ne s'en inquiétait pas, mettant cela sur le compte du surmenage.

Puis, les deux sœurs se sont éloignées, l'aînée ayant décidé de rompre avec toute sa famille (une décision irrévocable, à la suite d'une altercation grave avec leur mère dont ni la fille aînée, ni la mère n'ont jamais voulu révéler la teneur).

Enseignante, elle fit une longue carrière outre-mer – en partie en Polynésie – avec succès. Ce n'est que des années après, alors qu'elle était rentrée en métropole, qu’on apprit son suicide (spectaculaire), à l'âge de 52 ans. Ce fut un grand choc pour ses étudiants en BTS du lycée de Saint-Malo.

La cadette eut ce jour-là l'impression que tout un pan de son corps se détachait et s'effondrait. Elle ne se remit jamais de cette disparition.

L’ainée était bel et bien partie dans les nuages.

Jamais la douleur intense de l'absence ne se calma.

Juste grâce à ces mots, elle la revoit, penchée sur un livre. Elle lui tape sur l'épaule et la voilà qui relève la tête avec un sourire. Elle lui manque tellement...

   

  

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