Jocelyne Normand - Sous le soleil

Avec Jocelyne Normand, les réminiscences des pays de soleil remontent à la surface et invitent au voyage.

 

                                   Sous le soleil

           

Un pays de début d'été luxuriant n'ayant rien à envier aux tropiques privilégiés. Jaune touffu et gracile, grappes fragiles humides et froides au toucher, minuscules batraciens exotiques, caméléons étonnants de jeux de plein soleil. Odeur furtive d'approche de marais. Pustules-verrues devenues attrayantes sous le pinceau, délicates, jaune d'or dégradé et auréoles translucides sur les bords légèrement incurvés, donnant de l'ombre, quelques traits fins au creux, fragment d'ostensoir éclaté, or vieilli, orchidée réduite, étamines enroulées, langue, vermisseaux opaques se serrant, vermicelle chinois, poudre brune projetée soudain, particules fines, sablage.

            Deux ailes d'un cygne d'un dessin naïf, renflées, plongeant la tête au ras d'un autre ébouriffant sa queue en roue majestueuse, cou ondulant d'un troisième à l'intersection, toujours net et noble, seuls les frémissements des naseaux comme par un jour d'hiver sec.

            Analogues bateaux et parties flottantes des canards, coques de pirogues veinées, insecte ailé, gousse de pois neuve vulnérable, fleurs enfin ouvertes, pétales disposés irrégulièrement, étamines en cercles, en présentation verticale d'un ressort distendu mais agglutinées à jamais afin que le souvenir soit pointillisme jaune éblouissant, rivières de diamant, chutes d'eau dans la mémoire des tribus indiennes du nord de l'Amérique, pluie d'orage drue et torrent de larmes ensoleillées.

 

 

            Je te prends par la main et nous abordons sur des rivages sous le soleil. Au-delà de la bienséance, au-delà des fauteuils cossus, le salon d'angle et les éléments design, au-delà du village retrouvé et des oppressions subies par qui veut jouer au notable, au-delà des portes fermées, des lumières tamisées, du refuge contre la solitude de la ville, nous déambulons dans les ruelles africaines. Nous nous réfugierons sous les filaos qui ne donnent pas d'ombre et nous ne pourrons trouver la fraîcheur dans la mer qui nous desséchera davantage la peau et la bouche. Nous ferions s'écrouler les bibliothèques rutilantes bien époussetées, nous mettrions le feu aux rideaux lourds et aux abat-jours. Nous grifferions les bouches pour que ce qui en sort ait un goût de sang et le jus des mangues dégoulinerait sur les tapis brossés.

   

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