Hôtels du monde entier - Dominique Taddei

Dominique Taddei, ancien navigant d’Air France, raconte quelques unes de ses rocambolesques (més)aventures dans les hôtels du monde entier.

 

 

Los Angeles

 

Après quatre années passées à faire du moyen courrier, je changeai enfin de secteur, je passai sur long courrier, car je supportai très mal ces vols plus ou moins cours effectués en une journée. Nous avions bien quelques rotations de quelques jours mais j’avais hâte de traverser les océans et découvrir des pays plus lointains.

Finalement en 1966, parlant anglais, italien et espagnol, je fus affecté sur le secteur Amérique du Sud.

À moi Rio, Buenos-Aires, Santiago ! De plus, pour équilibrer nos heures nous avions aussi des vols programmés sur les États-Unis. New York, Houston, Los Angeles.

Et c’est ainsi que cette année-là, j’eus l’agréable surprise de voir programmé sur mon planning un Los Angeles de sept jours. Nous devions partir le mardi et revenir le mercredi suivant. Une semaine complète en Californie. Quel bonheur !

Cette rotation s’effectuait en Boeing 707 et le commandant de bord était Jimmy Van Dense.

Les douze heures trente de vol furent très longues, et en plein jour c’est encore plus pénible.

Arrivé à Los Angeles, je fus surpris par l’intensité du trafic aérien et l’importance du nombre de passagers circulant dans l’aérogare.

Après maintes procédures de police et de douanes, j’arrivai à l’hôtel exténué.

Une bonne douche puis comme le voulait la tradition, tout le monde se retrouvait dans le crew Lounge* pour participer au pot équipage. Nous n’étions pas les seuls, il y avait un équipage UTA, qui effectuait le vol de L.A.** à Papeete.

Passer une semaine à cette escale, nous donnait le choix de visiter la ville et même de louer une voiture pour visiter les régions avoisinantes et aux États-Unis, comme vous le savez, aller un peu plus loin pouvait correspondre à un déplacement assez long.

On organisa avec une partie de l’équipage UTA, une visite du Canyon du Colorado en Arizona en passant par Needles, Kingman, Flagstaff et le Grand Canyon, une distance de 900 km ! En Amérique tout est grand !

Le pot terminé, ceux qui avaient décidé de se joindre à l’excursion du lendemain, se retrouvèrent au restaurant de l’hôtel. Curieusement quelqu’un parla des tremblements de terre et Dieu sait qu’il y en a souvent en Californie. J’écoutai très attentivement les conseils donnés par les plus expérimentés : réunir dans un sac une lampe électrique, son portefeuille, son passeport et des habits afin de sortir de la chambre au plus vite.

1966, Canyon du Colorado

Je rejoignis ma chambre en ESP*** (état second permanent) comme nous disions en aviation. Avant de plonger dans mon lit pour un repos bien mérité, j’allais téléphoner à la réception pour un réveil à 7 heures mais en prenant le combiné téléphonique je vis une fente avec inscrit en-dessous : 25 cents. Allez savoir pourquoi, je pensai à une méthode de réveil de cet hôtel. Je réglai 07h et je glissai la pièce dans la fente. J’éteignis la lumière. Deux minutes plus tard, mon lit commença à vibrer, à moitié groggy, pris de panique, je me précipitai vers la porte de ma chambre, l’ouvris et me retrouvai dans le couloir : rien ne bougeait, tout était calme. Malheureusement la porte de ma chambre se referma derrière moi. J’étais debout en pyjama, pieds nus et personne à qui m’adresser. Le mot de Cambrone m’échappa ! Heureusement que je n’ai jamais aimé dormir à poil !

J’avais beau réfléchir, la seule option était de prendre l’ascenseur et de descendre à la réception pour avoir un double de clef. C’est ce que je fis ! J’étais furieux, le hall était très animé et je voyais que tout le monde regardait cet ahuri pieds nus et en pyjama. La honte !

Le réceptionniste ne semblait pas trop surpris de me voir arriver accoutré de cette manière, dans les hôtels ils en voient de toutes les couleurs ! Mais à l’écoute du récit de ma mésaventure, il éclata de rire. Il avait tout compris. Il m’expliqua que la pièce glissé dans la fente avait mis en marche le système de vibration du lit, un moyen de relaxation intégré pour aider les clients à mieux s’endormir. Après son explication, je le remerciai et je lui dis que l’on pouvait me qualifier de « Redneck**** ».

Il s’esclaffa de nouveau et ne put s’empêcher de raconter ma mésaventure à sa collègue occupée au téléphone. Tous les deux étaient pliés de rire, ça me réchauffa le cœur, oui après tout c’était une histoire marrante !!! Elle le fut aussi pour tout l’équipage !

 

*Crew Lounge = Salle réservée aux réunions d’équipage, pour nous c’était pour le pot équipage.

** LA = Los Angeles

*** ESP = Expression des navigants longs courriers désignant leur Etat Second Permanent consécutif aux décalages horaires occasionnés par ces vols longs courriers à répétition.

**** Redneck = pèquenot.

 

Las Vegas 

 

La visite du Canyon s’était terminée par une très belle surprise, Jimmy ayant fait, dans les années 50, un stage de pilote de chasse à la base d’Edwards aux Etats-Unis, son instructeur américain avait voulu absolument lui offrir une balade aérienne en survol du « Grand Canyon ». Mais quand je dis un survol, je devrais employer un mot qui n’existe pas « Sousvoler ».

 « La chasse bordel ! » n’était pas un vain mot. En fait, tous deux s’en donnèrent à cœur-joie en nous montrant comment ils parcouraient en rase-motte le Canyon avec leur chasseur à réaction F86F., quelques années auparavant.

À part les pilotes, les autres n’en menaient pas large et j’en faisais partie.

Des fous furieux ! Bref, des pilotes de chasse !

L’itinéraire retour vers Los Angeles passait par la ville de La Vegas, réputée pour ses salles de jeux, ses immenses hôtels et ses boulevards très larges aux illuminations époustouflantes.

Arrivés dans la soirée nous fûmes tous ébahis par ce spectacle unique au monde.

Les fous du ciel

Nous n’avions aucune réservation et nous pensions que nous aurions des difficultés à nous loger en plein centre ville. C’était mal connaître le sens des affaires des Américains.

En convoi dans nos deux Ford Galaxie, nous aperçûmes la gigantesque enseigne de l’hôtel SAHARA. Ses palmiers et ses chameaux illuminés nous inspirèrent.

Nous étions sept clients, quatre hommes et trois femmes.

Le réceptionniste à la vue de nos cartes professionnelles AF et UTA, nous proposa deux suites à 2$... j’ai bien écrit 2$ ! Nous pensions par personne, mais non c’était bien par suite. Imaginez notre étonnement. C’était incroyable !

Les deux suites n’ayant pas assez de lits pour tout le monde, l’hôtel y rajouta des lits à roulettes. Inutile de vous dire que nous nous sommes empressés d’accepter mais il nous rassura en nous disant que tout agent de compagnie aérienne était  une référence pour eux. « Business is business ! » Mais nous n’allions pas nous plaindre.

L’hôtel SAHARA était une immense bâtisse en forme rectangulaire à plusieurs étages. Ce qui m’avait surpris c’était la largeur des couloirs des étages. Inimaginable !

Tard dans la soirée, après le dîner, nous ne pouvions pas échapper à la règle, celle d’aller jouer dans l’immense salle de jeu de notre hôtel. J’avais promis à un de mes cousins corses de jouer à la roulette. Il m’avait demandé de miser 50 FF donc 10$ sur le N° 9, c’est ce que je fis et, coup de pot, le 9 sortit ! Il avait donc gagné 36 fois sa mise, c’est-à-dire 360$ (1800 FF). Pour ne pas les perdre, je les rangeai dans mon portefeuille et changeai de jeu. Je me dirigerai vers le Black Jack, jeu très facile à comprendre mais la croupière trop rapide dans ses gestes me déplut, je ne maîtrisais rien.

À Las Vegas

 

Finalement j’allai devant les machines à sous mais là-aussi les trois figurines ne sortant pas, mes pièces de mise fondirent à grande vitesse, adieu le JACKPOT à 100 000$.

 

Dépité et éreinté par le long trajet en voiture, je rejoignis les autres et nous décidâmes d’aller nous coucher.

Les femmes me surprendront toujours, une fois en pyjamas, elles nous appelèrent au téléphone pour nous inviter à prendre un dernier pot car notre merveilleuse aventure allait bientôt se terminer.

Installés dans le luxueux salon, nous parlions de tout et de rien, soudain l’une d’entre elles eut l’idée de faire une course de lit à roulettes dans les couloirs de l’hôtel, il était une heure du matin.

Sitôt dit, sitôt fait, voilà les hommes alignés comme à un départ des 24h heures du Mans et une fille accrochée à la barre sur le lit était censée représenter le pilote. Le départ eut lieu, les couloirs étaient déserts, mais le bruit des lits heurtant les murs et les cris des filles réveillèrent des Américains qui sortirent de leur chambre.

Notre réflexe fut de tout arrêter, et bien vous ne me croirez pas, ces derniers insistèrent pour que cette course improvisée continuât et commencèrent à parier sur nous, les parieurs augmentant de plus en plus. Les agents de la sécurité arrivèrent et de manière très diplomatique, ils nous invitèrent à regagner nos chambres. À l’arrêt de la course, tous les clients applaudirent. Crazy Americans !

L’avant-dernière étape comprenait la traversée de la « Death Valley », puis un grand bol d’air au Séquoia Park, très impressionnants ces arbres gigantesques.

 

Le Grand canyon, 2016.

 

Les cercles d’un tronc abattu et coupé à la scie nous montraient l’âge de l’arbre. Sur l’un des cylindres centraux on y voyait un point qui indiquait la date de la fin de la construction de la Cathédrale de Notre-Dame de Paris.  Ce qui signifiaitque cet arbre devait avoir plus de trois mille ans.

Nos pins lariciu du col de Sorba faisaient bien pâle figure.

Le lendemain, arrivés à Los Angeles, nous avions tous le cœur serré, nous savions qu’une telle opportunité ne se présenterait jamais plus. C’était bien vrai !

Cinquante après, en 2016, je suis tout de même retourné avec Frank Allegrini voir le « Grand Canyon ».

Je fus une fois de plus très impressionné par ce panorama unique au monde, mais je me sentais comme un touriste comme les milliers d’autres qui défilaient le long des sentiers.

La vie en équipage était bel et bien terminée !

  

Londres

 

Lo Lo ! Sur un planning ces deux mots désignaient une rotation comprenant un double vol Londres, effectués très tard le soir et lever très tôt le matin.

Avec la différence d’heure entre la France et l’Angleterre, vous décolliez à 22h pour arriver à 22h.

Ensuite les tracasseries douanières anglaises rallongeaient la rotation car les deux douaniers de service exigeaient l’ouverture des plusieurs armoires déjà sécurisées. Ils choisissaient comme de coutume celle des alcools, alors en vertu de l’entente cordiale franco-britannique, mais surtout pour éviter qu’ils ne deviennent plus exigeants, nous leur offrions un verre ou deux de Cognac. J’ai toujours été très admiratif du flegme britannique, on voyait qu’ils étaient complètement bourrés mais il fallait les connaître pour s’en apercevoir.

Arrivé à l’hôtel, je décidai de me rendre directement au coffee shop*, de sorte que j’étais allé me coucher bien plus tard que les autres.

Cet hôtel de Londres était immense, on pouvait le comparer à un bateau de croisière, une fois dans les coursives, il était difficile de s’y retrouver. Evidemment je m’étais trompé d’allée mais en y repensant je me demande toujours aujourd’hui si ce n’était pas un signe. Je continuais à avancer lorsque dans un croisement de couloir, j’aperçus un petit bout de chou, âgée de cinq ans au plus qui avançait en pleurant. Je regardai si je voyais une autre personne, mais non ! Pas âme qui vive à l’horizon. Situation incroyable ! Je le pris dans mes bras et le descendis à la réception. L’agent était, autant que moi, bien embarrassé : allez donc lui demander son numéro de chambre ! La seule chose qu’il faisait était de pleurer ! Panique ! Branle-bas de combat ! Parcours des listes ! Plusieurs couples avec enfants étaient dans l’hôtel ! Une femme de chambre eut l’idée de lui faire boire un verre de lait et il se calma ! Le réceptionniste me conseilla d’aller dormir, ce que je fis.

J’appris la suite le lendemain matin très tôt. Les parents étaient rentrés une heure plus tard. Ils avaient laissé leur enfant endormi dans la chambre et avait pris la précaution de laisser la porte ouverte afin de laisser la lumière du couloir éclairer la chambre. L’enfant n’aimait pas dormir dans l’obscurité totale.

Encore des inconscients.

 

 

Courchevel 

 

Dans les années 80, l’ASAF (association sportive d’Air France) et le comité d’entreprise avaient organisé des stages de ski à Courchevel, à l’Alpe-d’Huez, à Tignes et dans d’autres stations de Ski.

Nous partions à plusieurs navigants de la Compagnie passer une semaine à skier et à passer du bon temps.

Cette année-là, le stage eut lieu à Courchevel. Les groupes comprenaient huit personnes plus le moniteur de ski.

Un samedi matin nous avions embarqué sur un Twin Otter* d’Air Alpes, nous étions dix-huit passagers et le roulage commença. Au bout d’un moment le pilote reçut un message lui demandant de revenir au parking d’embarquement pour prendre un passager. Le Commandant de bord présenta des excuses pour ce léger retard, ce qui nous fit tous éclater de rire, les dix-huit passagers à bord étaient des passagers de compagnies aériennes et le seul payant plein tarif était celui qu’il allait chercher.

Ce fut un vol inoubliable, le passager en question fut très bien accueilli.

Arrivé à Courchevel, je rejoignis la chambre que je partageais avec mon ami Jean-Claude Martinez.

Le stage commença et comme nous étions tous du même niveau, il fut beaucoup plus facile à suivre.

La semaine passa trop vite, et nous étions bien tristes de voir arriver la fin de ce stage.

Le dernier jour se passa à déconner, chacun y allant de son idée pour inventer une nouvelle manière de skier. Moi, j’avais inventé le ski pantalon baissé.

Le soir arriva et après le dîner de fin de stage, tout le monde décida d’aller au bal des pompiers. Comme vous pouvez l’imaginer ces bals de montagne étaient très entraînants, la fête battait son plein et l’alcool coulait à flot.

Jean-Claude décida d’aller se coucher plus tôt tandis que je décidai de rester encore un peu.

Finalement, assez pompette et fatigué par cette journée passée en altitude et cette soirée enivrante, je rentrai à l’hôtel.

Je marchais comme un zombie mais sans trop de difficulté je retrouvai l’hôtel. Je montai les escaliers et la particularité dans ces hôtels de montagne, c’est que personne ne fermait à clef, il était donc facile d’ouvrir la porte. C’est ce que je fis, pour ne pas réveiller Jean Claude. Je décidais de ne pas chercher mon pyjama et je me glissais dans le lit complètement à poil en prenant toutes les précautions pour ne pas faire de bruit.

Bien installé mais me sentant un peu à l’étroit, je me félicitai de ne pas l’avoir réveillé.

C’est alors que je ressentis une envie pressante d’uriner. Je me levai sur la pointe des pieds et entrai dans la salle de bains tout en fermant délicatement la porte avant d’allumer la lumière.

Stupéfaction : un rasoir électrique trônait sur la tablette. Jean-Claude et moi, utilisions des rasoirs à lame et de la mousse à raser. Je dessoulai d’un coup : « Merde ! Je me suis trompé de chambre ! »

Que faire ! ?

Branle-bas de combat ! J’éteignis la lumière et sortis de la salle de bain pour récupérer mes vêtements et me tailler en douce.

Je me trouvais debout à poil dans l’obscurité au milieu de la pièce, lorsque la lampe de chevet s’alluma.

Horreur ! Je vis un couple sous les draps ! Heureusement, le mari me voyant complètement nu dut être à moitié rassuré : je ne pouvais pas être un voleur... Il me demanda : « Mais qu’est-ce que vous foutez là ? » Je lui répondis aussi sec : « Je me suis trompé de chambre… ».

Pendant que j’enfilais mon pantalon à la hâte, je dis à la femme : « Mais vous aviez bien senti quelqu’un se coucher à côté de vous ?! »

Elle me répondit d’une voix tremblotante : « J’étais terrorisée ».

Ce couple représentait les Ski Dynastar.

Le lendemain lorsque je fis mon apparition dans la salle du restaurant, il y eut un immense éclat de rire ! La sentence fut très dure, je dus payer une tournée générale de champagne avant le déjeuner.

  

* Twin Otter, avion bimoteur de transport de passagers de la compagnie aérienne Air Alpes effectuant les vols Paris Orly-Courchevel.

  

  

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