Dominique Taddei - Le chien tchécoslovaque

Dominique Taddei profite de son escale longue durée à Migliaccaru pour raconter quelques aventures aéronautiques cocasses

 

Le chien tchécoslovaque

 

 

Dans les années quatre-vingt,  la ligne aérienne  Paris-Charles-de-Gaulle-Santiago du Chili s’effectuait en plusieurs étapes. Le Boeing 747 décollait de Paris vers Rio-de-Janeiro, Buenos Aires puis Santiago du Chili et revenait vers Paris en passant par les mêmes escales.

Il n’en était pas de même pour l’équipage qui changeait à la première escale remplacé par un autre qui effectuait les vols vers Rio, Buenos Aires et Santiago et retour. Un troisième équipage reprenait la machine sur la dernière étape Rio-Paris.

Ce soir-là, je faisais partie du troisième équipage.

L’avion se posa et arriva lentement vers le parking et nous attendions sagement son arrêt. Les moteurs coupés nous montions en file indienne l’escalier du toboggan et une fois les deux portes ouvertes, les équipages se croisèrent. Les membres d’équipage en fonction rejoignirent leur poste désigné lors du briefing et le chef de cabine sortant me donna les consignes de vol et les particularités des passagers.

Tout le monde s’installa et contrôla la sécurité de la cabine, les prestations embarquées sans trop perturber les passagers restant à bord.

Comme le veut la procédure, je me dirigeai vers les passagers pour établir un contact, lorsque tout à coup je vis une femme parcourant tout l’avion en courant (et Dieu sait qu’il était long) et en aboyant. 

Je me dis « en voilà une qui fait sa crise ». Je pensai tout d’abord appeler un médecin pour la calmer mais avant il me fallait l’attraper. Assez rapide à la course à pied, il ne me fallut pas beaucoup de temps pour la rejoindre. Je lui demandai : « Parlez vous français ? » Elle me répondit dans une langue qui ressemblait à du polonais ou du russe. L’affaire se compliquait ! De plus, elle se remit à courir de plus belle tout en aboyant de nouveau. J’étais… perplexe !!!

La seule solution immédiate étant de la calmer, je la poursuivis de nouveau et, finalement, elle consentit à s’arrêter. C’est à se moment-là que la chance me sourit : un passager argentin se leva et vint vers moi et me dit « En la sala di  imbarco tenia un perro », (à l’enregistrement, elle avait un chien). Bingo ! J’avais compris, cette femme tchèque (comme je l’appris plus tard) entendait aboyer son chien qui était en soute. Mais pourquoi courir tout le long de l’avion ? Elle me prit par la main et me fit constater que les aboiements se déplaçaient tout le long de la soute. 

L’embarquement des passagers du Rio-Paris devant commencer, je prévins le Commandant de bord que nous avions un problème, un chien sorti de sa cage courait le long de la soute en totale liberté ! Il me rejoignit et nous décidâmes de retarder l’avion le temps de régler le problème. C’est alors qu’arriva un bagagiste tout excité qui affirmait qu’un chien immense traversait la soute à bagage de long en large comme un fou.

Tous les trois partîmes vers la porte de soute et là oh stupeur, nous vîmes un ÉNORME dogue danois.

J’appelai le mécanicien et lui demandai une perche ; j’y attachais un morceau de jambon et à deux nous tentâmes de le calmer. Le « monstre » ne voulut rien entendre.

Mettre un avion en retard est très préjudiciable pour une compagnie. Un avion qui finit sa rotation en recommence une autre et le retard décale ainsi les horaires des vols suivants. Il fallait vite trouver une solution. Finalement, j’appelai la passagère et la plaçant sur le monte-charge, elle entra dans la soute : à la vue de sa maîtresse le dogue devint un véritable « toutou ». Ouf !!!!

Seulement voilà, nous avions un gros problème, le chien avait déchiqueté sa cage en bois construite spécialement pour lui et l’escale de Rio ne pouvait pas la remplacer. Le règlement très strict était de mettre l’animal dans une cage mais vu la taille de l’animal, il était impossible d’en trouver une à cette heure-là. Nous devions débarquer cette pauvre femme avec son chien. Nous étions très ennuyés et très tristes d’avoir à appliquer ce règlement, d’autant plus que la taille du chien n’arrangeait pas les choses.

Finalement, j’allai voir le Commandant de bord, je lui demandai son accord pour placer la passagère et son chien  dans une zone isolée, l’avion n’étant pas complet. Il accéda à ma demande et l’avion décolla avec peu de retard.

Quant au chien, je peux vous dire qu’il resta tranquille toute la nuit allongé au pied de sa maîtresse, il devait être très heureux de voyager en cabine plutôt qu’enfermé dans une cage en soute. Comme je le comprenais !!!

  

  

  

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