Dominique Taddei - La mort du cochon

Dominique Taddei égrène ses souvenirs familiaux, quand la transmission passait aussi par la fête…

  

  

La mort du cochon

 

Cette photo vous montre une vue de Migliacciaru dans les années 50. Au centre vous voyez deux maisons que l’on appelait « I Casi Novi ». C’étaient des bâtiments qui étaient réservés aux employés de la FORTEF.

Chaque famille occupant un appartement avait son poulailler, sa porcherie et chaque année avant Noël, chacun tuait son cochon, disposant ainsi de charcuterie, di prisutu, di  salsicciu, di coppa e i Lonzu. Mais dans l’immédiat on préparait i sangui (boudins) qui étaient partagés entre toutes les familles du village. C’était un moment très attendu par tout le monde.

Une fois que les cochons avaient été tués, vidés, nettoyés, ils étaient accrochés la tête vers le bas de façon à ce qu’ils sèchent au froid de l’hiver.

Puis tout cela disparut avec la vente de la FORTEF. La notion de groupe travaillant dans la même entreprise ayant cessé, petit à petit cette forme de vie collective disparut.

Fini les échanges, les trocs, les partages.

Nous devenions un village comme les autres, composé de familles vivant individuellement et ayant des vies complètement différentes de celles vécues dans les villages de la FORTEF. Certes la vie dans les autres villages n’étaient pas désagréables à vivre mais l’esprit de la vie en communauté n’était sans doute pas le même.

Et c’est ainsi que disparut à Migliacciaru la tradition du sacrifice du cochon, empêchant les nouvelles générations de découvrir ces moments des « tempi fà ».   

Les années passaient et nos enfants écoutaient sans trop d’attention les histoires que nous leur racontions.

Puis un jour, ma mère décida que les mots c’était bien gentil mais qu’il fallait leur montrer comment c’était avant.

Elle fit donc appel à tous ses amis et disposant d’un boucher, elle entreprit de faire tuer deux cochons pendant les vacances de Noël.

Toute la famille était présente avec ma sœur, mon beau-frère et leurs enfants, mon fils, mon oncle Ignace, Arlette, Fernande – la spécialiste des boudins – , Hervé, Joseph di Galocha.

Une fois les deux cochons tués et vidés, nous les avions, comme par le passé, accrochés à un arbre ce qui avait vraiment surpris nos enfants et ceux de nos voisins.

Le soir, tous ceux qui avaient participé au sacrifice des deux cochons furent invités et chacun goûta avec délice les boudins préparés par Fernande (Carlotti). Mon oncle Ignace, aidé d’Arlette, fit griller les côtes de porc avec des tranches de panzetta et du figateddu achetés au marché,  le tout accompagné de polenta et d’œufs frits.

Le figateddu était pressé dans u pani spingunatu ou pani toccu, c'est-à-dire que le figateddu chaud perdant son jus nous le placions entre deux tranches de pain qui s’imbibaient de ce jus.

Ce fut comme toujours un véritable festin se terminant par une immense forêt noire arrosée au champagne. Si je me souviens bien c’était la première cuite de mon fils Georges.

 

Le nettoyage du cochon 

   

 Les invités

  

  

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