Journal #4 / samedi 4 avril - Philippe Castellin

Samedi 4 avril 

Autre retour (ils commencent à se faire nombreux, et, en général, je m'en félicite, ils proviennent de gens qui ne sont pas dans le listing « standard » de DOC(K)S ; les poètes seraient-ils frappés du corona, seraient-ils devenus muets ?). Le dernier retour m'est adressé par J.-F.B., qui, actuellement « confiné » au Canada, habite ordinairement à Washington. Ce qui le fait tiquer ? - Le Docteur Raoult, dont il souligne à juste titre les positions climato-sceptiques et dont surtout il voit, aux USA, le discours concernant la chloroquine comme susceptible de faire le jeu du clown inénarrablement distrayant qui sert de Président à ce pays. Après des mois de « négationnisme » et alors que désormais l'urgence s'impose, pouvoir sortir de son chapeau une médecine miracle tombe à point nommé. Evidemment, ça serait encore mieux si Raoult avait eu la bonne idée de naître au Texas. Qu'à cela ne tienne, les États-Unis possèdent un alias en la personne du Dr. Vladimir Zelenko, personne dont j'ignorais tout jusqu'à présent. En mars, alors que le virus est en train de flamber à New York et que la Bourse y dégringole, ce médecin, barbu et bien en chair, qui vit non loin du centre, annonce qu'il a découvert un traitement simple et efficace, la chloroquine. D'où l'idée lui est-elle venue ? – A-t-il entendu parler de Raoult ? Des expériences chinoises ? Impossible pour moi de répondre. En tout cas le 21 mars, Vladimir (belle coïncidence !) annonce avoir obtenu sur une centaine de patients des résultats extraordinairement positifs et envoie la Bonne Nouvelle à Donald. La suite ne tarde pas : la Fox News relaie le scoop et la Maison Blanche appelle le docteur, tandis que Trump se hâte d'annoncer que cette découverte est « un tournant majeur dans l'histoire de la médecine ». Zelenko, à son dire, est alors assailli au téléphone par les dirigeants de diverses nations, le Brésil, la Russie, Israël... Cependant, se font entendre quelques voix chloroquino-sceptiques, dont celle du Dr. Anthony S. Fauci, responsable en chef (depuis Reagan) de l'Institut National des maladies infectieuse et allergiques. Fauci a, depuis le début, souligné le danger du coronavirus. Un premier tweet de Trump le met en cause, violemment, l'accusant de calculs politiques. D'innombrables suivront avec comme hashTag #FauciFraud. Le New York Times les décortique : 70 personnes ont suffi à les envoyer, certaines ont posté 800 fois par jour... Ainsi accrédita-t-on l'idée du Fauci « complotiste ». Le même journal conclut en des termes qui me plaisent, forme et fond : « Ce qui s’est passé ensuite est une parabole moderne, pandémique à sa façon, qui illustre la rencontre entre le coronavirus et la fragilité de notre système d’information : un méli-mélo de faits vrais ou faux et de rumeurs virales ramassés dans des tweets ou des épluchures d'informations online, amplifiés par des soi-disant experts et les prétendus journalistes qui ne sont que des propagandistes politiques, tout cela projeté à la vitesse du son par les media sociaux. » - À J.-F.B. j'ai répondu que je n'avais jamais dit que la chloroquine était la panacée. Simplement que la question posée était celle d'une recherche (urgente!) et d'un ensemble de tests, encadrés, à mener à ce sujet. Je n'en démords pas. D'autant qu'aujourd'hui,  je l'apprends, des personnes peu susceptibles de parti-pris anti-Macron, Douste-Blazy et d'autres, ont adopté collectivement et publiquement une position similaire. Hier, dans l'émission évoquée (Envoyé Special) le sujet était abordé, certes : mais sans que Raoult (brève photo) n'y soit présent et interviewé. Pourquoi ? - Longue l'histoire des relations des sciences avec la politique, les pouvoirs politiques. À chaque fois que le politique et l'idéologie ont prétendu imposer leur loi (cf. la fameuse affaire Lyssenko-Staline) ce fut une catastrophe, pour le politique s'entend. Les rythmes des sciences ne sont pas scandés par les élections ou l'actualité, soit. Il n'empêche qu'il faut introduire le contexte, lequel peut intimer l'urgence et celle à bousculer des rythmes qui ne sont d'ailleurs pas seulement dictés par la rigueur mais aussi par les congés, par les vacances, par les crédits alloués, par la convergence entre intérêt scientifique et profit économique, etc. Nombre des découvertes de l'Institut Pasteur sont inséparables de l'expansion coloniale. Les plus importants progrès dans le cadre de la médecine anesthésique, des greffes ou des prothèses ont été accomplis lors de la guerre de 14/18, les « cobayes » étant alors les célèbres Gueules Cassées. Etait-on certain alors ? Les techniques utilisées étaient-elles anciennes, rodées? - Pas plus ni moins qu'aujourd'hui avec la chloroquine, c'est tout. Où le process scientifique et les règles déontologiques (ou morales) s'avèrent impossibles à séparer d'un contexte. Tu ne tueras point, sauf quand on te dira de le faire et te décorera pour l'avoir fait. Le père du docteur Raoult était médecin militaire, en Afrique... Sinon, l'actualité n'a guère changé, en Corse cela fait 344 personnes testées positives au COVID, la plupart (267) en Corse du Sud dans la zone ajaccienne. L'épidémie flambe aux USA, elle « semble » stabilisée en Italie, elle progresse en Espagne et, en France, investit les Erpad : 884 morts depuis le début de l'épidémie mais « le chiffre n'a rien de définitif » - Soudain, dans ce paysage assez peu « spectaculaire » une autre forme d'actualité a refait son apparition, Romans sur Isère où un Soudanais, armé d'un couteau a tué deux personnes dans un bureau de tabac, une boucherie et une boulangerie. Arrêté, l'homme s'avère être un migrant récemment (2017) installé en France. Dans des documents manuscrits « à connotation religieuse » il se plaindrait de vivre « dans un pays de mécréants ». Pour bousculer-renforcer le corona et son empire absolu sur les informations il n'en fallait pas moins que cela, le Retour du Djihad à sceller l'Alliance entre (axe du) mal et maladie et re-militariser le débat. Nous sommes « en guerre », ne vous l'a-t-on pas assez dit ? - Et à Bagdad i's' passe quoi à Bagdad, i s'est passé quoi depuis 2 mois  à Bagdad ? - Rien, pas d'attentats à la voiture piégée, pas de manifestants tués par balles, rien, un vrai paradis.

 

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