Louis Reynier - Mais peut-être qu’un jour…


Conduire des trains sous terre, il le fallait bien ; au bout, il y avait Porto-Vecchio les vagues bleues et les bateaux. C’était avant. Quant à maintenant… c’est une toute autre histoire.
  

Mais peut-être qu’un jour…

Mais peut-être qu’un jour
Je reverrai la mer
Les vagues bleues et les bateaux
Dans le golfe de Porto-Vecchio…  

C’est la chanson que Papa chantait l’hiver, quand il avait le mal du pays. Il la chantonnait sous la douche, dans la maison, dans la voiture. Parfois il sifflotait le refrain, simplement. C’est une chanson de son pays qui parle de l’exil, loin de la Corse natale.
Papa survivait à Paris. Il travaillait à la RATP. Il conduisait des métros. Il disait qu’il passait tout son temps sous la terre, comme un rat. Un rat d’égout, un topu di cunduttu.
Et ce n’est que l’été, en vacances au village, en Corse, qu’il vivait vraiment. Ici, disait-il, il y a du soleil, de la lumière, de l’air pur.
Ah ! Papa, heureusement que tu ne peux pas nous voir maintenant !  

Les scientifiques nous avaient pourtant prévenus : pollution, effet de serre, réchauffement climatique, trou de la couche d’ozone, déforestation, surexploitation, crises, théorie des dominos, effondrement… Mais nos dirigeants étaient optimistes : « Ne vous en faites pas, on trouvera des solutions. On a toujours trouvé des solutions. On ne va pas retourner à la lampe à huile et vivre comme des Amishs ».  

Un peu comme ce gars qui tombe d’un gratte-ciel et qui dit : « jusque-là, ça va ! » Mais on a fini par atterrir : températures invivables, virus, radiations…  

La vie sur terre n’est plus possible. On a trouvé une solution : nous vivons tous sous la terre. Dans des tunnels, des souterrains. On ne vit pas comme des Amishs, non : on vit comme des rats. Je suis devenu moi aussi un rat d’égout, un topu di cunduttu comme disait Papa.  
Et souvent, moi aussi, je fredonne son petit refrain.  

Mais peut-être qu’un jour
Je reverrai la… surface.  

Oui, revoir simplement la surface de la terre. La mer, il ne faut pas rêver !  

Les scientifiques pensent qu’on pourra sortir dans moins de 20 ans. Je peux y arriver.
  
  

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