Louis Reynier - Le maquis pour oublier...

Les faits-divers alimentent la littérature : le plus énigmatique des criminels de ces dix dernières années retrouvé en Corse… qui l’eût cru ? Une nouvelle de Louis Reynier.

  

  

Le maquis pour oublier…

 

   

Extrait de Corse matin du 13 août 2020

Macabre découverte à proximité du GR20

C’est une bien macabre découverte qu’a faite mercredi un couple de randonneurs continentaux qui parcourait le GR20. Au cours de la dernière étape de leur périple, entre Bavella et Conca, Graziella et Louis R., quinquagénaires originaires de Brive-la-Gaillarde en Corrèze, ont perdu dans un épais brouillard les balises blanche et rouge du sentier de randonnée. Après avoir erré dans le maquis, le couple a découvert une grotte aménagée qui abritait un squelette humain. Ils ont aussitôt appelé les secours. La gendarmerie de Corse-du-Sud et une équipe de la police scientifique ont été envoyées sur place. Une enquête a été ouverte pour permettre d'identifier le corps et de déterminer la cause du décès.

 

Pièce à conviction n°5 : transcription d’un document manuscrit trouvée dans une bouteille dans la grotte, à proximité du cadavre.

Mon dieu, pardonnez-moi parce que j’ai péché.

Oui, j’ai vraiment péché. Par amour. Par orgueil aussi, sûrement.

J’ai pris le maquis pour oublier. Pour qu’on m’oublie.

Forget. Vergessen. Dimenticare. Olvidar.

Eux, je ne pourrai pas les oublier. Mais je pourrai peut-être oublier ce que je leur ai fait. Ou au moins l’accepter.

Cette vie d’ermite, dans le maquis corse, m’apaise. Ici, je vis au rythme des saisons. Mes journées sont consacrées à la recherche de nourriture et à la prière, à la méditation.

Donnez-moi aujourd’hui notre pain quotidien : arbouses, mûres, champignons, lézards, serpents, oiseaux, escargots, limaces. La source près de la grotte coule toute l’année.

Je ne compte plus les jours, les années. Depuis quand suis-je ici, dans cette grotte, au milieu de cette nature sauvage ? Cinq ans, huit ans ?  Je n’ai vu ni parlé à personne depuis le printemps 2011. En quelle année sommes-nous ?

C’était ma famille. Je les aimais. Je ne voulais pas qu’ils sachent que j’avais tout perdu, que nous étions ruinés. Je ne voulais pas qu’ils se rendent compte que j’étais un nul, un tocard. Je ne voulais pas les décevoir. Je ne voulais pas qu’ils me méprisent. Je voulais qu’ils m’aiment. J’étais le chef de famille. Je devais le rester. J’ai fait ce qu’il fallait pour ça. Je n’avais pas d’autre solution à ce moment-là.

Mon dieu, donnez-moi la force d’oublier ce que j’ai fait à Agnès, Arthur, Thomas, Anne et Benoît.

Ayez pitié de moi.

Xavier

  

  

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