Autour de Censier - Mathée Giacomo Marcellesi

Deux petits clins d’œil à la solidarité insulaire qui s’exprime dans toutes les situations, même les plus inattendues, par Mathée Giacomo Marcellesi

  

  

AUTOUR DE CENSIER

 

 Pierre Milanini

 

Il y avait eu, en 1994, dans tout le pays, une grève des étudiants et des enseignants mobilisés contre le contrat d’insertion professionnelle (CIP) mis en place par Balladur. Des assemblées générales avait été organisées pour voter des mouvements de grève, il y eut trois semaines de manifestations qui résonnaient aux cris de « Balladur, t’es foutu, les jeunes sont dans la rue ! » et le projet dut être retiré. Pendant la grève, le Centre universitaire Censier, rue Santeuil, dans le 5e,  était fermé comme la plupart des établissements universitaires mais nous avions prévu une réunion du SNESup (Syndicat National de l’Enseignement Supérieur ) dans une salle du 4e étage réservée à cet usage. Quand j’ai voulu entrer dans le Centre, il y avait un cordon d’étudiants qui en interdisait l’entrée. J’ai imploré qu’on me laisse passer, mais rien à faire ! À un moment, un étudiant s’est approché et il m’a demandé mon nom. Quand il l’a entendu, il a dit « Nous sommes cousins, je suis Pierre Milanini ! ». J’ai compris qu’il était le fils de Gabriel Milanini et le petit-fils de Pierre-Jean Milanini. Il m’a dit qu’il était étudiant en anglais. On m’a laissé passer et j’ai pu assurer la tenue de la réunion du SNESup. Par la suite, j’ai rencontré Pierre Milanini du côté de l’Institut d’Etudes anglophones, en haut de la rue de l’Ecole de Médecine. J’ai appris plus tard qu’il avait réussi au CAPES d’Anglais.

 

Le Comptoir des Arts

 

Ce jour-là, après un cours au Centre universitaire Censier, j’ai voulu prendre un moment de repos dans le bar-brasserie Le Comptoir des Arts, à l’angle de la rue Monge et de la rue Daubenton. Au moment de payer mon café, je me suis aperçue que je n’avais pas d’argent. J’ai dit que je paierais le lendemain, mais une jeune fille qui était à côté de moi avec deux copains, a spontanément avancé la modeste somme. Je lui ai demandé son numéro de téléphone pour rembourser, mais elle m’a dit : « Si vous saviez d’où je viens, vous ne demanderiez pas à me rembourser ! ». J’ai commencé à avoir une intuition, en pensant à la tradition qui veut que les Corses, quand ils sont au café en groupe, n’aiment pas payer chacun son écot :  il y a un membre de la compagnie qui paie pour tout le monde et c’est éventuellement à tour de rôle, mais sans véritable obligation. Alors, j’ai demandé à cette jeune fille d’où elle venait, en pensant qu’elle était peut-être corse. Elle m’a dit qu’elle était marocaine mais qu’elle était née à Porto-Vecchio et y avait encore sa famille. Je lui ai dit que moi aussi, j’étais née à Porto-Vecchio ! Alors, elle a précisé que son père était venu du Maroc pour participer à la construction de la villa de la famille royale de Belgique, au-dessus de la baie de Palumbaggia. Elle m’a dit qu’elle avait gardé un très bon souvenir de sa vie et de sa scolarité à Porto-Vecchio, où elle avait eu un professeur hors-pair, Jacky Biancarelli, qui leur apprenait entre autres matières, la langue corse et les encourageait aussi à parler leur langue, notamment l’arabe. Au bout d’un certain temps de conversation, ses copains lui ont dit qu’il fallait qu’ils aillent travailler, elle m’a dit « Au-revoir !», elle m’a serré la main et elle est partie.

   

  

 Pour lire d'autres textes de l'auteure : 

    Ma diphtérie dans l’épidémie de 1943

    Rue Gabriel Peri, anciennement Rue de l’Hospice

   La poupée balafrée

  

  

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