Vannina Pintrel-Beretti - Il dit d'ouvrir les yeux…

 

Le tableau incite, éveille, parle enfin : un seul mot s’échappe de ses lèvres… Un récit de Vannina Pintrel-Beretti

 

 

Il dit d'ouvrir les yeux…

    

 

Les portes du Musée Fesch vont fermer dans quelques minutes, impossible d'entrer, les horaires diffusés sur Internet ne tiennent pas compte de la saisonnalité. En travaillant toute la semaine, j'avais prévu ma visite aujourd'hui vers 16h30 comptant rester jusqu'à la fermeture annoncée à 18h00. À l'instant où je vous parle, je devrais me trouver face au tableau du Titien parvenu à Ajaccio dans les années 1950. Mon intention étant de me laisser aller à une sorte d'intimité avec L'Homme Au Gant dans l'espoir d'accéder, par son entremise, à l'inspiration. Son pouvoir hypnotique semble être en mesure d'éveiller en moi les voix endormies. 

Vu les circonstances, je décide de puiser dans ma mémoire le souvenir et la force de l'émotion de notre première rencontre, à l'occasion de sa présentation au public, en 2011, lors de la réouverture du musée Fesch. Je me souviens de la pièce sombre et silencieuse, de mon trouble immense, devant l'œuvre du maître vénitien. Avant toute chose c'est sa présence qui me touche, je suis comme envahie par un élan mystérieux, un mouvement invisible et fulgurant qui investit tout mon être. Le fond du tableau est sombre, comme le costume, sombre et volumineux. Je pose mon regard sur la chemise blanche aux plis raffinés, elle illumine le visage de l'homme à l'indicible beauté. La délicatesse du tissu, la confiance tranquille de la posture dévoilent la sensibilité du sujet.  Les traits sont fins, un léger sourire se forme timidement sur un visage rayonnant de pureté. Il est jeune, il est beau.

C'est quand on aborde son regard que débute la conversation. L'Homme Au Gant a quelque chose à dire. Au prime abord, ses yeux interrogent, ils sondent le visiteur, l'invitent à rechercher le sens, le fil conducteur, la finalité du monde. Énigmatique, il incite à ouvrir les portes, toutes les portes qui laissent entrevoir l'horizon, la différence. Il dit d'ouvrir les yeux, que la beauté est partout. Il parle de la Renaissance, de l’équilibre entre le réel et l’idéal. Sur la toile l'homme prend toute sa place, son âme aussi. Mais quel message L'Homme Au Gant m'adresse t-il en particulier ? À moi. Car c'est bien ça que je suis venue chercher ici, dans ce lieu où l'atmosphère chaleureuse et confortable conduit à lâcher prise. Soudain, je répète à voix haute, renaissance. Et c’est à ce moment-là que je comprends qu’il attendait ma venue depuis longtemps, pour souffler à mon oreille le mot renaissance.

  

 

 Ce texte fait partie du compagnonnage mis en place entre Le Nouveau Décaméron 2022 et l’atelier d’écriture Racines de Ciel, animé par l’écrivaine Isabelle Miller, dans le cadre des activités littéraires du festival Racines de Ciel

Le thème choisi cette année était « Le musée imaginaire » articulé autour de plusieurs propositions successives.

La première proposition à laquelle le présent texte souscrit était : 

« L'effet miroir (chaque participant choisit un tableau qui lui ressemble) »

 

  

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