Joëlle Sansonetti - La question indiscrète

   

Joëlle Sansonetti dialogue avec son « peintre préféré »… à moins que…

 

 

La question indiscrète

  

Votre question est indiscrète.

Oui, je l’aime, mais ne suis pas la seule. Je ne sais pas si je dois vous l’expliquer, c’est notre histoire.

Bien évidemment, je peux l’admirer à l’infini. Alors que lui ne saura jamais rien de moi.

À cet instant encore, je pense à lui. Sa sensibilité m’émeut. Je viens de le retrouver, il est là devant moi. Je craque, je me liquéfie face au mystère auquel, à chaque fois, il sait m’inviter.

Tout me renvoie à ma propre sensibilité. Je retrouve mon amour pour la solitude, mais également son contraire, mon besoin de séduction. Il me fait des clins d’œil à travers ses allusions.

D’un côté la noirceur possible de la vision du monde devant soi, le geste de protection de la main qui retient l’habit de couleur bleue, et en fond l’ocre jaune de la lumière qui nous guide, et estompe l’ombre qui plane. Tout n’est pas noir. La douceur se mélange à la tristesse.

Quelle merveille que cette blancheur dans le drapé, cette pureté dans le turban, comme au premier jour. Il s’impose tout en haut de ce personnage, et comme lui, je protège ce qui me sauve, mon cerveau, celui qui va m’aider à surmonter les moments difficiles, à compatir aussi, à affronter les évènements de la vie, et également les nombreuses rides qui s’installent dans mon cou. Ce qu’il restera de moi et qu’il faudra mettre en valeur jusqu’au dernier instant : la clarté de mes idées. Bien sûr je ne vais pas les affronter de face. Comme lui, je serai de profil, en toute lucidité, avec une profonde sérénité.

Nous nous penchons ensemble vers l’inconnu, notre curiosité nous pousse. Malgré nos avancées en âge que révèlent nos cheveux blancs, les siens masqués par la coiffe, les miens par la couleur, nos regards se posent ingénus sur le monde. Nous avons appris à être compréhensifs, ce qui n’empêche pas parfois notre étonnement. Peut-être aussi que notre vue a baissé, et que nous avons du mal à obtenir la netteté du détail. Quoiqu’il en soit, ce peintre me parle, il va chercher au plus profond de moi.

Mais, en y regardant de plus près justement, je réalise que ce n’est pas mon peintre préféré. Non ! Pourtant j’aurais cru. En aimerais-je un autre ?

 

  

Ce texte fait partie du compagnonnage mis en place entre Le Nouveau Décaméron 2022 et l’atelier d’écriture Racines de Ciel, animé par l’écrivaine Isabelle Miller, dans le cadre des activités littéraires du festival Racines de Ciel

Le thème choisi cette année était « Le musée imaginaire » articulé autour de plusieurs propositions successives.

La première proposition à laquelle le présent texte souscrit était : 

« L'effet miroir (chaque participant choisit un tableau qui lui ressemble) »

 

  

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