Florian Galinat - Le Chemin oscillant

  

Le Chemin, celui de Saint-Jacques de Compostelle, s’ouvre sous les pas de Florian Galinat : un récit « nature & humanité » entre retour à soi et présence au monde renouée.

 

 

Le Chemin oscillant

 

À Alain Lefebvre, mon professeur d’Histoire-Géographie.

À mes amis d’enfance, compagnons de route.

À Dimitri marchant vers Finisterre.

 

Je me rappelle des Chemins d’usure de mon enfance. Le Chemin forestier sous le voile des vieux chênes, celui tapissé de lierre longeant le lavoir de pierres jaunes ou encore un, dans le battement de l’été, bordé de hautes herbes et d’une antique clôture de ronce. Toutes les campagnes sont veinées de ces Chemins qui coulent dans les contraintes topographiques où les pas des marcheurs battent le rythme. 

Le Chemin permet de quitter la route des habitudes.

C’est un de mes professeurs qui m’a donné l’envie de naviguer sur ces Chemins particuliers ruisselant vers la mer de Saint-Jacques de Compostelle. Des souvenirs incertains, mes pas d’écolier, des croix en pierre poreuse, la luxuriante chanson de la Nature puis Conques et son tympan en équilibre entre le Paradis et l’Enfer.

Le Chemin est un battement d’ombres et de lumières.

La voie s’est ouverte en visitant l’intérieur du Puy. La pierre sombre touchant le fond miroitant du Chemin blanc comme pour sonder la profondeur de ce qui deviendra la règle. La roche volcanique rouge du Velay, l’œuvre ultime, blessant les chapelles et les églises. Saint-Jacques, bourdon à la main, pique le Chemin. Sur le ciel du vitrail, la colombe et la coquille. 

Le Chemin est une matière en transformation.

Dans la nuit des troquets, l’ivresse des rires de mes amis et ces discussions sur l’herbe d’un ciel éclaboussé. Ces vies fragiles accoudées qui se racontent dans la langue des essoufflés. Et ce vieil homme en bleu de travail à la peau de terre tâchée de mécanique. Il y a ceux qui marchent pour fuir des vies titubantes, pour écraser le manque et puis toi Francis pour encore espérer et remercier la Vie.  

Le Chemin est une chaîne maillée d’Humanité.

Au loin ces champs bleutés de blé aux bordures pailletées de genêts. Ces boqueteaux incandescents de pins sylvestres et cette forêt rangée d’épicéas aux pieds de mousse. Je n’oublierai jamais ce Sorbier isolé dans sa prison de lumière. Sur l’Aubrac les vieilles hêtraies féériques et les flammes brûlantes des gentianes dans les prairies. Puis infuse doucement dans le temps l’arrivée du  Calament à grandes fleurs.

Le Chemin est fait de correspondances botaniques. 

L’émotion de cette longue descente d’écolier où s’élève de la chênaie, l’Abbatiale Sainte-Foy de Conques. La fin de mon Chemin au bout de ces rues coiffées de gris et l’empreinte du dernier pas tamponnée sur le Crédencial. Ces gouttes de roses rouges sur les murs, la fin d’une souffrance dans ce village martyr où l’oscillation du blanc et du noir soulage.  

  

  

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