Vannina Pintrel-Beretti - La modestie et la vanité

 

La modestie est une vertu volontairement dissimulée, elle est pourtant éclatante ! Vannina Pintrel-Beretti en fait l’éloge en creux.

 

  

La modestie et la vanité 

Bernardino Luini (1532)

 

Nous ne bénéficions certes pas du meilleur emplacement. J’en ai pris mon parti. L’avantage c’est l’angle de vue. Je scrute le visiteur dès son arrivée. J’observe la démarche, je m’attarde sur l’expression du visage. Ça en dit long parfois. Pressé, désinvolte, curieux, observateur, attentif, distrait, pédant, préoccupé, enjoué. C’est amusant. Faut dire que je n’ai pas grand-chose à faire dans ce qu’on appelle ici avec fierté la galerie à l’italienne. Pourtant je ne m’ennuie pas. Je ne suis pas seule, ma précieuse amie m’accompagne ; son bras posé sur le mien témoigne de la force de notre attachement. Ensemble nous avons traversé le temps, et la mer aussi. 

J’aime le souvenir glorieux de notre arrivée dans la prestigieuse collection du Cardinal, à Rome. Que d’éloges ont été prononcés à propos de la beauté de l’œuvre de Bernardino Luini. Élève de Léonard de Vinci, ses peintures ont très souvent été attribuées au Maître. C’est dire la qualité du travail. Et nous, là, prenant place sur la toile, comme dans un écrin. Elle, en retrait, discrète et silencieuse, un peu timide. Moi, dans la lumière, souriante, pourvue de mes plus beaux atours, guettant honneurs et louanges. 

Mais quelque chose à changé. Si je me flattais autrefois d’être par contraste à l’origine même de son existence à mes côtés, je peux affirmer qu’à son contact et sous le poids des années mon regard s’est affiné. J’ai pris conscience de sa supériorité. Elle, qui a traversé de longues périodes d’obscurité, jusqu’à l’effacement. Tout entière consacrée aux doutes, aux recherches, à l’analyse, pendant que je me nourrissais de louanges et vivais suspendue aux encouragements d’un admirateur. On peut donc se réjouir des bienfaits de notre cohabitation basée sur l’écoute et l’assistance mutuelle. Si j’ai pu la protéger des regards indiscrets et des éloges stériles, je ne peux me flatter aujourd’hui que d’avoir croisé son chemin et d’avoir pu m’ouvrir à la richesse de son cœur. 

 

 

Ce texte fait partie du compagnonnage mis en place entre Le Nouveau Décaméron 2022 et l’atelier d’écriture Racines de Ciel, animé par l’écrivaine Isabelle Miller, dans le cadre des activités littéraires du festival Racines de Ciel

Le thème choisi cette année était « Le musée imaginaire » articulé autour de plusieurs propositions successives.

La deuxième proposition à laquelle le présent texte souscrit était : 

« Le témoin. Les auteurs font parler en monologue intérieur un personnage d'un tableau de leur choix »

  

 

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