Bertrand Ducreux - Un drôle de rêve

  

Nos lendemains seront-ils de ceux qui chantent ? Au soleil, les pieds dans l’eau ? Une réponse en chanson de Bertrand Ducreux.

  

  

Un drôle de rêve

 

L’eau est montée dans ma maison,

Les poissons me regardent,

Leurs yeux tout ronds me mettent en garde,

Je suis cerné, c’est Stalingrad,

Un drôle de rêve que je fais là, 

J’ouvre les yeux, je n’rêvais pas.

Je suis plombier de mon état, 

S’il y a une fuite, c’est pas chez moi,

Un raz-de-marée, une punition,

Histoire de cycles, qui a raison ?

Peut-être la lune ou un virus,

Il en pense quoi, Nostradamus ?

J’comprends bientôt qu’il est trop tard,

Mon île s’enfonce, elle boit la tasse,

Elle quitte la terre, largue les amarres, 

Une dernière vague, c’est le coup d’grâce,

Dans ma bouteille, un SOS, 

Celui d’un îlien en détresse.

Quand vous brûlez votre charbon,

Vous offensez Poséidon,

Quand vous montez dans un avion,

C’est moi qui pêche dans mon salon,

J’ai aujourd’hui les pieds dans l’eau,

Belle théorie, les dominos !

Mon lagon bleu change de couleurs,

S’habille du noir de la douleur,

Tout fissuré, mon pauvre atoll,

Cimetière marin, une nécropole,

Plus qu’à m’écrire une belle chanson

que vous chant’rez au Téléthon.

J’avais bien vu à la télé,

La jeune Greta, très énervée, 

L’air qu’on respire, pire que l’anthrax,

Et les abeilles volent sous Xanax,

À quoi ça sert d’écrire des lois,

Si vous mangez du Nutella !

Mais quand c’est loin, on tourne la tête, 

On n’habite plus la même planète,

La politique de la capuche,

Ou plus connue, celle de l’autruche,

J’n’y croyais pas, j’étais candide, 

J’ai lu Voltaire, pas l’Atlantide.

Quand vous brûlez votre charbon,

Vous offensez Poséidon,

Quand vous montez dans un avion,

C’est moi qui pêche dans mon salon,

J’ai aujourd’hui les pieds dans l’eau,

Belle théorie, les dominos !

L’île de Jules Verne a mal vieilli,

Plus rien de sec dans mon armoire,

De mystérieuse à engloutie,

Elle a pris l’eau, c’est une passoire,

Il restera Wikipédia, pour dire comment,

pour dire pourquoi.

Pour les vacances, changez vos plans,

Je vous conseille Lille ou Lorient,

Rayé d’la carte, dans le silence,

Sans préavis, ni lubrifiant,

Vous m’oublierez, j’vous fais confiance,

Mon nouveau monde, l’indifférence. 

Mon île n’est plus qu’une carte postale, 

Jetez vos guides, j’ai disparu,

Un fait-divers dans le journal,

Rubrique « Un crime au paradis »,

Une boule à neige sans boîte postale,

Même les routards me trouv’ront plus.

Quand vous brûlez votre charbon,

Vous offensez Poséidon,

Quand vous montez dans un avion,

C’est moi qui pêche dans mon salon,

J’ai aujourd’hui les pieds dans l’eau,

Belle théorie, les dominos !

Toc, toc, c’est moi, vous vous souv’nez,

Une île qui coule, le p’tit plombier ?

Poussez les murs, faites de la place,

J’arrive demain sur vos rivages,

Un naufragé, un Robinson,

Des Vendredi dans mon sillage.

J’ai mes papiers, la belle affaire,

Mais plus d’adresse, je suis à terre,

Espèce en voie d’apparition,

Larmes salées pour tout bagage,

Des réfugiés d’un nouveau genre,

Des Sans Îles Fixes d’un nouvel âge.

Il pleut, j’ai froid, je dors par terre,

Des inconnus me regardent,

Leurs yeux tout ronds me mettent en garde,

Je suis cerné, c’est l’estocade,

Un drôle de rêve que je fais là,

J’ouvre les yeux, je ne rêve pas…

 

  

  

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