Cartographies. Acte II - Anna

 

Anna se confie dans son journal. Bientôt un drame se noue… [à suivre !] 

 

Jeu d’écriture à plusieurs et en ribambelles, Cartographies est un nouveau projet du Nouveau Décaméron. Il s’apparente aux fameux cadavres exquis des surréalistes, chaque auteur reprenant la plume posée par le ou les précédents.

À jouer le jeu, il y a eu Anne-Laurence Guillemet, Chantal Fournel, Patricia Meunier, Gérard Maynadié, Yves Rebouillat.

Attention : À  la fin, chaque lecteur pourra devenir à son tour auteur et proposer une fin ! 

      

 

Cartographies.

Acte II - Anna

 

Journal de bord - Premier jour de vol.

Là-haut, tous les quatre, loin de tout, en fin de compte, est-ce qu'on se connaissait si bien que ça ? Ce voyage, c'était un pari risqué.

Chacun avec son bagage de vécu, ses petites angoisses. Moi par exemple, j'avais peur de l'altitude mais je voulais vaincre cette crainte qui m'empêchait souvent de visiter le monde.

Une occasion s'était présentée, un original, John, un dirigeable, une équipe pas trop loin en cas de pépin. Ça s'était décidé un peu comme une évidence, comme si cette histoire était déjà écrite. Héléna au début était un peu distante, même s'il y avait des sourires bienveillants. On se donnait le temps d'apprendre à se connaître, au fil du voyage. Et le temps quand on est dans un ballon, on en a ! Ça non plus je ne le savais pas. Rêveurs, mes compagnons de route regardaient la terre qui s'éloignait. Avec le vent qui nous obligeait à crier de temps en temps une remarque, un étonnement, nous n’entendions que des onomatopées.

Quand arriva le soir, nous descendîmes sur un coteau éloigné de tout village, nous avions faim de découverte et de nature. Un feu de camp, des tentes à monter, l'air se fit frais, l'humidité remonta de la terre, les bruits se firent plus aigus. Je remarquais qu'après une journée dans les airs, j'avais une perception plus grande des bruits de la terre. Peut-être m'avait-elle manqué.

La soirée s'écoula à discuter autour d'une bouteille de bon vin, ou deux. J'apprenais ainsi que les organisateurs de cette aventure étaient de bons vivants. Tartines de foie gras, salade verte et tomates, de bons desserts faits maison, ils nous gâtaient. J'avais l'impression parfois qu'ils avaient beaucoup vécu, visité les quatre coins du monde, parlant de pays lointains comme s'ils en étaient revenus hier. Leurs anecdotes nous faisaient rire et puis soudain ils se taisaient, ne semblant plus présents pour nous. Je ne sais pourquoi j'avais l'impression qu'une immense nostalgie les habitait.

Deuxième journée

Tôt le matin nous avons décidé de visiter une abbaye et son cloître à une heure ou deux de dirigeable, selon le vent. Le temps de prendre un petit-déjeuner gourmand, croissants et confitures, brioches et fruits de saison, de défaire les tentes et de préparer l'aérostat, nous avons fini par partir assez tard. Fébriles, comme s'il y avait de l'électricité dans l'air, nos compagnons de route se lancent des regards et commentent discrètement le ciel, se tenant à l'écart, ce qui me rend quelque peu nerveuse. Enfin nous décollons et ne savons pas encore que dans quelques heures tout pour nous va changer.

Lorsque j'y repense, il me semble que nous l'avions tous pressenti... ou bien tout avait-il été préparé ? Dans la situation où nous sommes aujourd'hui je me demande si je ne deviens pas paranoïaque. Bref, l'orage est arrivé très vite, mais ce qui m'a le plus étonné dans le balancement de la nacelle dans les airs et les ordres précis criés dans la tempête, ça été le calme avec lequel tous, moi comprise, avons affronté la situation. C'est peut-être étrange à dire, mais il me semblait que cela faisait partie de notre plan de voyage ! Ou de "leur" plan ? Ils étaient tellement calmes et en même temps, comme heureux. Nous avons réussi à atterrir sans trop de difficultés, même si nous avons accroché notre vaisseau aux arbres. Il était difficile entre deux éclairs de bien repérer le terrain, nous avons vu trop tard la forêt en dessous. Secoués mais sains et saufs, nous nous sommes mutuellement aidés pour sortir de la nacelle, à deux mètres de la terre ferme. Il faisait sombre, nous étions trempés, impossible de trouver un abri, la situation n'était pas désespérée mais pas heureuse non plus. En tirant à quatre sur la nacelle nous sommes parvenus à la décrocher des branches qui la retenaient et nous en avons fait un abri. Le cœur battant, nous avons attendu la fin de l'averse.

C'est à la tombée de la nuit que tout a commencé: Tout d'abord nous avons tenté d'appeler Carla et Max qui devaient nous retrouver dans deux jours pour le ravitaillement, mais il s'avéra qu'il n'y avait pas de réseau. John et Héléna se sont alors regardés longuement, puis soudain fébrilement, se sont précipités pour s'emparer de la boussole. C'est alors que j'ai commencé à prendre peur. L'aiguille tournait en rond, n'indiquait plus rien… Mais ce sont leurs visages qui me firent froid dans le dos. Ils souriaient ! Ils se regardaient, heureux, apaisés… comme s'ils étaient revenus à la maison.

Troisième jour

En me réveillant ce matin-là, je me suis dit que j'avais décidément trop d'imagination. On allait bien finir par trouver une route peu éloignée, des autochtones et un réseau pour téléphoner. Quand vient le jour, je suis toujours plus optimiste. Et je décidai d'arrêter d'épier nos compagnons de voyage. Mes observations en fin de compte, c'était de la folie...

Ma bonne humeur n'a pas duré. Tout autour de nous s'étendaient marécages et forêt dense, je ne comprenais pas du tout où nous pouvions nous trouver. Inspectant minutieusement la carte de la grande région, rien de tel n'apparaissait. Et pourtant avec Arthur, on en connaissait un brin sur la géographie du Sud-est de la France. Une forêt vierge !? La seule dont nous avions entendu parler subsistait encore au fin fond de l'Europe de l'Est.

John décida que nous devions nous répartir, deux d'entre nous chercheraient un chemin. Je suis partie avec lui, Arthur et Héléna monteraient la garde. Le soleil était assez haut dans le ciel lorsque nous avons trouvé un sentier de terre. Plus loin un village... Le village... Les maisons étaient rondes, comme des demi-sphères qui sortaient de terre. Les habitants habillés de lin comme s'ils venaient d'une autre époque, bavardaient, vaquaient à leurs occupations et ne nous virent pas tout de suite. Il me vint à l'esprit qu'une communauté vivait ici en autarcie. J'en avais entendu parler, des gens qui repensaient le système, et franchissaient le pas. Des écolos qui se regroupaient dans des villages nouveaux.

À ce moment un petit groupe nous aperçut et tout ce que j’avais ressenti la veille d’étrangeté refit surface en mon cœur. Et ce cœur il battait à tout rompre lorsqu'une des jeunes femmes s'approcha de nous en souriant... et qu'elle ne touchait pas le sol... se déplaçant en lévitant !

 

[à suivre en cliquant ici]

  

  

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