C. Leonetti, S. Hamad A. Boulanger & A. Feola - A catastrofa di Corti

 

Les catastrophes peuvent-elles être évitées ? Il faut au moins quelques « petits » pouvoirs bien sûr, mais surtout de l’intuition, du courage et de la solidarité. Une nouvelle de Catherine Leonetti, Sarah Hamad, Alexis Boulanger et Alexis Feola.

 

A catastrofa di Corti

 

Vendredi 13 août 2036, il est 20h13, on va à la gare, je suis avec Sarah et Catherine, nous allons chercher Alex, il revient d'Île-Rousse, il vient d'avoir son diplôme dans son école de cuisine.

Ça fait longtemps que je n'étais plus rentré dans la gare, elle a été rénovée l'an dernier, les trains sont de couleur jaune, ils sont immenses, des vaisseaux spatiaux, ils volent, bon... ils ne volent pas vraiment, ils fonctionnent à l'aide d'un système de magnétisme. C'est un peu compliqué, j'y connais pas grand-chose, mais en gros il y a des espèces d'aimants sous le sol qui passent par toute la Corse, et il y a les mêmes sous le train, ce qui fait que, en gros, leurs charges s'annulent et qu'ils volent, je crois. Bref dans la gare et dans les trains c'est tout lumineux, plein de couleur un peu partout, ça fait presque mal aux yeux, mais bon c'est toujours mieux que le vieux gris qu'il y avait avant.

Alex est dans le dernier wagon, il est presque seul, il y a juste deux personnes, un couple. Il est sur son téléphone, comme d'habitude, tout à coup, il s'arrête, il a une vision, il en a souvent mais certaines sont plus fortes que d'autres, souvent ce sont des flashs de l'avenir, celle-ci semble forte. Son regard est vide. Dans sa vision c'est trouble, mais il voit à peu près des trains, du feu, un peu comme une explosion, des gens qui courent. Ça s'arrête d'un coup. Il appelle Catherine avec son dernier Iphone, il était trop content quand il l'a eu, sur celui-là les hologrammes sont beaucoup plus réalistes que les anciens : 

–  Allo, Catalì ? Vous êtes où ?

– À la gare, on t'attend.

– J'arrive, là, mais j'ai un mauvais pressentiment.

– À propos de quoi ?

– Du train. Il y a un truc qui cloche.

– Attends, je te passe Sarah.

– Allo ?

– Ouais, euh, c'est possible que le train il explose ?

– Mais de quoi tu parles ? dit Sarah un peu inquiète.

– En fait, je crois que j'ai eu une vision et je pense que ça va exploser !

– Bah, techniquement c'est possible, mais il faut que le Fioula et l'Adéblou 132 se mélangent, normalement c'est très sécurisé.

– Il a raison, intervient Catherine, qui venait de se greffer à la conversation.

Ha oui, je ne vous avais pas prévenu, on a tous une spécialité, un don, un pouvoir. Bon je vous l'avoue on n'a pas encore trouvé de nom pour ça, mais bon. Sarah, sa spécialité, c'est l'informatique, les inventions, tous les trucs où nous on n'y comprend rien en général, et son pouvoir, à Catherine, c'est que quand quelqu'un est mort ou va mourir elle ne se sent pas bien, enfin je crois, je lui ai jamais vraiment posé la question :

– Mets l'hologramme, demande Alexis.

– OK, c'est bon !

– Moi aussi j'ai un sentiment bizarre, mais c'est pas comme quand je suis à l’hôpital c'est plus fort !

– Attends je vais sortir par la sortie de secours.

– Tu es malade, c'est trop dangereux, réplique Alexis.

– T'inquiète, je gère ! Je te rappelle.

Il raccroche, il commence à paniquer, tout le monde le regarde, il casse la vitre et saute, il atterrit sur le bas-côté. Il reprend son calme, en apparence il n'a rien de cassé, juste quelques égratignures. Il se relève et lorsqu'il commence à s'éloigner...BOOM !!!!!!!

Il y a un tremblement, de la fumée, des débris...

Tout le monde est sous le choc, on entend des gens qui crient, il y avait plein d'enfants dedans ! On ne sait pas s’ils sont blessés, inconscients ou même morts !

– Appelle Alex ! Vite ! Vite !

– C'est bon Catherine, ça va, ne t'inquiète pas je suis sûr qu'il a réussi à sortir !

– Tu connais Alex, pour peu qu'il voie une fille et il est prêt à rester.

– Ha ça m'étonnerait même pas ! dit Alexis en rigolant.

– Attendez ! C'est bon, il répond !

– Allo ? Allo ? Je ne vous entends pas très bien.

– On t’entend, nous ! Tu es où?

– Euh, je sais pas, c'est tout noir, on voit rien, on n'entend rien, y'a tout le monde qui crie ! Aie ! Merde mon chargeur, NON ! »

Je vous explique : bientôt le chargeur est plus cher que le téléphone, tu peux passer de 0 à 200% en seulement une heure !

– Bon passe-le moi Sarah !

– Tiens, je te passe Catherine.

– OK

– Allo ? Tu peux revenir à la gare ?

– Oui, mais ça va être compliqué, il faut que je fasse le tour du train.

– OK.

– Fais très attention y'a un gaz qui s'est peut-être échappé ça peut être très dangereux !, s’immisça Sarah.

– Utilise ta veste pour couvrir ta bouche et ton nez, ça te protégera un peu.

– Les masques qu'on avait pour le Virus il y a huit ans m'auraient bien servi aujourd'hui ! Bon je vais raccrocher sinon je vais plus avoir beaucoup de batterie.

– OK.

Vingt minutes après, on l’a vu arriver sur le quai de la gare. On a couru vers lui, il était couvert de cendre et il avait un peu de sang sur les mains et le visage. Il était, pour l'instant, le seul à être revenu. Les pompiers nous on dit de rentrer chez nous car c'était trop dangereux de rester près de la gare. On est allés chez Alex parce qu'il devait se changer et se laver, mais aussi parce que c'est lui qui habite le plus loin de la gare. Ce n'est que le lendemain que l'on a appris les dégâts que ça avait causé : en effet le gaz qui s'était échappé était très toxique, et toutes les personnes qui l'avaient inhalé étaient à l'hôpital. Quelques personnes étaient mortes, mais on ne les connaissait pas.

– Waouh ! Ça a l'air plutôt sérieux !

– Hum ! T'as raison regarde ça, huit morts ! dit Alexis

– T'as eu de la chance quand même.

– Ouais ça c'est sûr ! Eh, Sarah, tu penses que ça peut être grave, le gaz, là ?

– Oui, je pense qu'il va y avoir de graves conséquences pour ceux qui l'ont respiré ! Pourquoi ? Tu penses que t'en as respiré ?

– Nan je pense pas j'ai aucun symptôme, heureusement !

– Attends c'est quoi les conséquences ? s'interrogea Alexis

– Je sais pas exactement mais c'est un peu les mêmes que pour le gaz Banqualus, tu sais celui qu'on avait étudié quand on était en seconde !

– Tu crois que je me souviens encore de ce qu'on a fait en seconde, moi ?

– Il peut causer des hallucinations, des comportements agressifs et des changements de personnalités, nan ? intervient Catherine.

– Ouais, exactement !

– Tu peux peut-être y faire quelque chose, toi, Alexis ? »

Bon, on y arrive enfin, je vais vous expliquer maintenant mon Super-Pouvoir ! C'est le retour dans le temps ! Je m'explique : c'est pas comme dans les films où je retourne dans le temps quand je veux, chez moi c'est un peu plus compliqué. Tout d'abord, je ne peux pas retourner dans le temps à tout moment, si je le fais au hasard cela peut avoir des conséquences très graves dans le présent, dans le passé, dans le futur, bref partout ! C'est pour ça que c'est pas moi qui décide. Les moments où je peux le faire sont très rares ! Je pense que depuis que je suis né j'ai du en avoir à peu près dix. Mais le bon côté des choses c'est que ça n'arrive pas au hasard, c'est souvent quand il y a des accidents ou des morts. Et la deuxième chose, c'est que quand je remonte le temps il y a que moi qui me souviens que je l'ai fait ! Comme on a tous les quatre un petit truc particulier, ça a été plus facile de le dire à mes amis et, évidemment, ça a été plus facile pour eux de me croire !

Catherine reprend la conversation :

– Tu es fou c'est trop dangereux !

– Ah parce que le gaz c'est pas dangereux ?

– De toute façon ça coûte quoi d'essayer ? intervient Alex.

– Eh, oh, je vous rappelle que c'est pas moi qui décide quand je peux retourner le temps, donc on s'emballe pas trop.

– Comment tu sais quand tu peux le faire ?

– Je sais pas, la dernière fois que c'est arrivé j'étais petit, je m'en rappelle plus !

– On verra cet après-midi, il faut que je rentre chez moi, reprend Sarah.

– Ouais moi aussi, à tout à l'heure !

15h chez Sarah :

– Ça va Alexis ? Tu as pas l'air très bien !

– Hum tu as raison, j'ai un peu la tête qui tourne, tu devrais appeler Catalì et Alex ! Peut-être que ça veut dire que je pourrais peut-être remonter le temps !

– OK attends j'appelle Catali… ça sonne.

– Allô ?

– Allô ? Vous êtes où ?

– On arrive, là on est devant l'immeuble.

– Ok à tout de suite.

Knock Knock Knock

– C'est sûrement eux !

– Tout va bien ? Tu avais l'air un peu paniqué au téléphone.

– On pense qu'Alexis va bientôt retourner dans le temps !!

– C'est vrai ?! demande Alex, surpris.

– Ouais, je me sens pas bien c'est sûrement ça !

– C'est cool mais t'as pas dit que nous on ne s'en souviendrait pas si tu le fais ?

– Ça c'est pas un problème je crois que j'ai une solution !

– Vas-y explique.

– Bon je vais faire simple parce si je vais dans les détails vous allez pas comprendre. En gros, je pense que si on se tient tous la main en rond, eh bien on ira dans le passé avec lui et on se souviendra de tout !

– Ouais et si ça marche pas on meurt tous ! Super comme idée ! proteste Alex.

– Tu crois que j'y ai pas pensé ? J'ai fait des tonnes de calculs, ça va marcher j'en suis sûr !

– Moi je veux bien essayer ! s’exclame Catherine.

– Eh ! Je crois que c'est maintenant ! Vite, venez !

– Ok mettez vous en rond !

– On va mourir, c'est sûr.

– Chut !

Je vais vous la faire courte : Sarah avait raison ça a marché, personne n'est mort, mais on était tous un peu sonnés, ce qui, je pense est normal après un truc pareil !

On est arrivés un peu avant le départ du train, on a demandé au conducteur de ne pas démarrer, mais bon c'est pas comme si on pouvait lui dire qu'on venait du futur donc, évidemment, il n'a pas voulu rester à la gare, donc il a fallu s'adapter. Le but c'était de saboter le moteur, le problème c'est que la sécurité pouvait nous voir.

Donc Alex et moi on était chargés de les distraire pendant que Sarah et Catherine s'occupaient du moteur. On n'y est pas allés nous parce que, eh bien, dans ce genre de trucs elles sont plus fortes. Le gars de la sécurité était en train de devenir fou, ça faisait dix minutes qu'on le faisait tourner en rond, on lui avait dit qu' Alex était asthmatique et qu'il avait perdu sa ventoline, je vous explique même pas la panique qu'on a causée. Bref, après quinze minutes, elles sont revenues :

– Ah, c'est bon messieurs on a retrouvé la ventoline ! Oui oui, ne vous inquiétez pas, elle était dans sa poche, au revoir !

– Vous en avez mis du temps !

– Tu crois que c'est facile ?

– On s'en fout, le tout c'est que ce soit fait !

– Toute cette histoire m’a donné faim !

– Moi aussi.

– Moi aussi.

– T'as raison ! Allez venez, on va au resto !

– C'est toi qui paye ?

– Ouais, c'est ça, dans tes rêves ! dit Sarah en rigolant.

 

 

Corte au temps des hordes

En attendant le second tome du roman d’Anouk Langaney qui arrivera bientôt (Le Temps des hordes – Soupçons), les élèves de troisième du Collège Pasquale Paoli de Corte se sont mis au travail. Ils ont imaginé, chacun de leur côté ou en petits groupes, leur propre suite en répondant à ces questions : « À quoi ressemblera ton lieu de vie en 2036… quelle catastrophe pourrait s’y produire ? Comment t’en sortir (avec le super-pouvoir de ton choix !?). À toi d’écrire ». 

22 nouvelles ont été écrites dans le cadre du projet littéraire Corte au temps des hordes, dont celle-ci, par des élèves de la 3e Jaune.

Avec la complicité de Stéphanie Fede Vincensini et d’Anouk Langaney.

Pour lire les autres textes c’est ICI

 

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