Juliette Paoli - L’ombre des jours ou les fantômes silencieux

Depuis Marseille : l’immobilité, le vent, les liens maintenus, le soleil rouge qui se noie et des étoiles plein les yeux. Une jolie prose poétique offerte par Juliette Paoli.

 

L’ombre des jours ou les fantômes silencieux

 

L'école est fermée. Les petits ne tournent plus sur les vélos, trottinettes, voitures à pédales.

Leurs cris d'oiseaux, parfois stridents, ne ponctuent plus les heures de récréation.

La sonnerie décline immuablement les rythmes d'ouverture et de sortie.

Elle appelle les absents, les heures sont vides.

Les petits fantômes ont abandonné ce lieu. Sur le site Peugeot, treize employés sans clients ont sorti des bancs et prolongent leur pose ensoleillée dans le nuage bleu des cigarettes.

Les voitures neuves ne roulent plus. Telles des carapaces de tortues métalliques et colorées, elles se tiennent immobiles à l'ombre des bannières. Celles-ci se balancent dans l'orientation des brises ou vents. Ombres du vent ?

Les balcons et loggias déclinent les heures de repas, les odeurs énoncent le contenu des assiettes.

Le téléphone, ses sonneries variées, rappellent que le lien humain est maintenu mais à distance.

Sur les boulevards, les micocouliers ont eu une ombre verte printanière au début du confinement, le 18 mars, quatre semaines plus tard leur tête d’un vert phosphorescent fait oublier leur tronc gris profond et lisse.

Le soir descend sur la baie de Marseille. Le soleil parcourt la ligne calcaire des îles du Frioul. Il déploie son nuancier du jaune d'or au rose, saumon, puis rouge. Quand la boule s'enfonce, les mouettes passent devant le couchant, s'en vont pour leur pose nocturne, où ? La nuit remonte de la mer. Orion se lève.

   

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Dans ma jeunesse

  

  

  

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