Candice Lenzini - 3 jours

 

 Quand aimer est éternel, quand l’amour est plus fort que la douleur et la perte. Par Candice Lenzini.

 

 

3 jours

 

C'était un mardi, mardi 24 mars 2020.

Ingrid, jeune chirurgienne de 27 ans, prenait sa pose dans une des salles d'attente de l'hôpital d'Ajaccio. Elle sortait d'une opération laborieuse qui lui avait demandé plus d'une heure et un travail minutieux.

Elle était épuisée et bien contente de prendre sa pause. Cependant, son pseudo repos était surtout un laps de temps qu’il lui permettait de penser à David...

Son cœur, son âme et toute sa personne lui étaient entièrement dédiés. Jamais elle ne l’oublierait.

Ils ne s'étaient pas vu beaucoup mais quelques jours leur avaient suffi à tisser des liens immortels, plus fort que ceux qui unissent l'astre solaire à la terre.
Il était son tout et son rien ; Ingrid ne vivait que pour lui, et ce, même s’ils étaient contraints d’être séparés.

Certains avaient beau lui dire de rentrer chez elle aujourd'hui, elle n’y tenait pas ! Elle voulait être présente ici.

David…

Ce nom résonnait en elle comme un reflet qui se répercute à l'infini dans la galerie de glaces.

Elle se souvenait de tout : de son corps fragile recouvert de sang, de ses yeux bleus tel de clairs saphirs, de ses cheveux châtains clairs presque blonds pareils à de fins fils d'or… Mais ce dont elle se rappelait le plus, ce sont les cris et les pleurs qu’il avait poussés la première fois.

Non, ce moment où elle l'avait découvert, jamais elle ne l’oublierait.

Elle se souvenait aussi de ses rires, de ses gestes si doux et de son corps si délicat qu'elle serrait dans ses bras avec plaisir et amour.

Il toussait quelques fois, grelotait parfois, mais avec un bon sirop pour la toux, cela allait finir par passer, se disait-elle.

Malheureusement, la jeune femme se remémorait aussi ce jour où il s'était mis à pleurer sans ne plus jamais s'arrêter. Cet instant où elle n'avait pas su le consoler, celui où elle s'était sentie perdue et désorientée quand on le lui avait enlevé d'urgence pour le soigner.

Mais ce qui avait le plus marqué Ingrid, c'était la seconde, où, avant même que le médecin à la mine cadavéreuse ne parle, elle avait compris.

Son David, elle ne le reverrait plus.

Et cette scène s’était déroulée ici, dans cet hôpital, cette salle d'attente, et elle était inoubliable.

La jeune femme se rendit compte qu'elle pleurait. C’était compréhensible, car voilà un an jour pour jour qu’elle n'avait pas vu son fils, son petit ange qu'elle aimait tant, son David. Et il n'avait que 3 jours quand il est mort du coronavirus.

  

 

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