Poèmes #3 - Jacky Casanova

Jacky Casanova offre à nouveau une brassée de poèmes…

  

  

Poussière d’étoiles

 

 

Il fait nuit, couché sur le dos je regarde le ciel

Les abysses étoilés m’aspirent et m’appellent

Je m’accroche à la terre, angoisse existentielle.

Qui suis je, où vais-je ? Ces questions s’entremêlent.

 

Cette impression bizarre de l’esprit qui s’échappe

Pour aller regarder ce corps abandonné

Domine maintenant et semble donner le clap

D’une vie sans raison ; sans raison d’espérer.

 

Je vois, je ne suis rien, infiniment petit

Perdu comme il se doit dans tout cet infini,

Pourtant ce sentiment d’être au centre de tout

Dominant l’univers et d’en voir l’autre bout

 

Ici point d’église, point de sermon donné

Des âmes se regroupent et éclairent la pensée

L’une apportant à l’autre juste pour partager

Donnant ainsi à toutes, le sens du mot aimer.

 

Aimer, aimer, il ne peut en être autrement

Toute cette poussière d’étoiles soudain éparpillée

S’égaille en tout sens et revient prestement

Vers ce bébé qui pleure au plaisir d’exister.

 

 

Prière à ma mère

 

Bonjour, maman, je m’adresse encore à toi

Non pas pour pleurer encore ton absence

Mais juste pour discuter de tout ce désarroi

Qui guide mon présent et trouble ma patience.

 

Je ne veux pas savoir ce qu’ils en pensent là-haut

Il y a un temps pour tout et le moment viendra

Pour qu’on me dise enfin, comment tous nos défauts

Ont conduit ce monde à ce qu’il s’effondra

 

Je ne vais pas me plaindre alors que je ressens

Combien depuis longtemps nous nions l’évidence

Et que fermant les yeux, feignons d’être absents

Pour espérer, je crois en une dernière chance

 

Oui, je sais tu me vois et tu veilles encore sur moi

Tu écoutes mes prières et soulage ma conscience

De toutes ces erreurs, il y en a tant, je crois

Qui ont guidé mes pas vers ce mal d’insouciance

 

Nous nous relèverons, saurons-nous reconstruire

Un après sans la haine pour enfin vivre heureux

Saurons-nous profiter et puis aussi s’instruire

Des vertus de l’amour en remerciant les cieux

 

Saurons-nous regarder l’autre comme un frère

Caresser ses douleurs, apaiser ses souffrances

Saurons-nous soutenir oubliant d’être fier

Ceux qui tendent la main devant cette abondance

 

Je sais bien, tu souris de m’entendre espérer

L’homme se détruit de se prendre pour Dieu

Il a juste envie de rêver, et puis de dominer

De dominer les autres avant de dire adieu

 

 

 

 

Rêves ou cauchemars

 

 

Tu vois un ciel bleu et des milliers d’oiseaux

Se déplaçant sans bruit, là-bas dans le lointain

Tes bras se tendent, touchent ce berceau

Dans lequel repose ce tout petit bambin

 

Tu sautes, tu voles par dessus le silence

Ce silence envoûtant qui envahit ton monde

Puis tu poses ton pied et tout recommence

Ton esprit s’échappe, ton esprit vagabonde.

 

Tu es bien, attends la suite sans impatience

Au loin les oiseaux jamais ne disparaissent

Un peu comme si l’image était une apparence

Dessinée pour calmer un peu de ta détresse.

 

Tout à coup, le blanc passe au rouge

Le berceau disparaît emporté par les flammes

Le bambin n’est plus là, pourtant en toi il bouge

Tu sais que lui c’est toi, aurait-il la même âme ?

 

Le réveil est brutal, tu voudrais persister

Dans ce rêve abandonné, au moment du message

Tu ne comprends pas, cela va te hanter

Mais les songes tu sais ne sont qu’un héritage.

 

 

 

Rien

 

 

Je n’ai rien vu, mais alors rien de rien

Et tout ça, croyez-moi, avec les yeux ouverts

Je n’ai rien vu, mais alors rien de rien

Et juste pour la rime, tout le bleu était vert

 

Je regardais devant concentré sur ma tache

Le rien est arrivé, de travers sur ma droite

Et affronter un rien, faisant de vous un lâche

Je suis parti à gauche, la voie était étroite

 

C’est drôle, comme on a peur de rien

Surtout évidemment dans le noir qu’il imprime

Pourtant il se dit, qui ne risque rien n’a rien

Cela devrait pourtant éviter la déprime

 

Faire un poème avec rien ne conduit pas à tout

Car faire tout avec rien n’est pas chose facile

Rien n’appartient à rien, tout appartient à tous

J’utilise donc le tout, pour faire moins l’imbécile.

 

 

 

 

Souvenirs

 

 

Prends ton temps, assieds-toi, écoutes

Le bruit de fond s’estompe puis s’efface

Laisse derrière lui le silence que l’on goûte.

Ferme les yeux, l’esprit à toute la place.

 

Ton souffle s’est calmé, ton ouïe aiguisée

Même si sa voix résonne, elle te charme

Elle te parle, ton cœur est apaisé

Tu es enfin prêt, baisses les armes.

 

Ton âme a pris ta main, soutient ton voyage

Vers ces lieux oubliés, quittés depuis l’enfance

Il aura donc fallu que tu prennes de l’âge

Pour entendre à nouveau les sirènes de l’absence.

 

Certes ils ne sont plus là, mais revivent encore

Et si tes souvenirs, frappent à ta conscience

C’est bien pour rappeler, faisant fi de ton corps

Nous ne sommes rien sans eux, sauf l’obsolescence.

 

 

 

 

Tant

 

 

Tant de tendresse dans ton regard

Tant de mots, dans tes silences

Tant de choses qui m’accaparent

Tant de soupirs dans tes absences.

 

Tant de courage pour tes épreuves

Tant de douleurs que tu me caches

Tant de passion, j’en suis la preuve

Tant d’élégance, tant de panache.

 

Tant de bonheur, en suis-je digne

Tant de joies toutes ces années

Tant de proses, c’est juste un signe

Tant de patience à me donner.

 

Tant d’amour pour tout soigner

Tant de justesse, j’y suis contraint

Tant de défauts à apaiser

Tant de je t’aime, comme un refrain

 

 

 

 

Tuons l’humanité   

 

 

Cette impression de dominer le monde

De profiter, de toutes ses richesses

D’en refuser ses humeurs vagabondes

Sans accepter qu’elles soient vengeresses.

 

Cette suffisance face à tous ces mystères

Comme si l’homme connaissaient les réponses

Notre attitude, alors que nos grands-pères

Nous avaient légué des semonces.

 

La certitude, avec si peu de recul

Que rien ne peut arriver

Et d’évidence, la science nous accule

En même temps qu’elle peut nous soigner.

 

Ce regard ancré sur demain

En ignorant ce que furent nos erreurs

Nous achemine, et cela est certain

Vers un avenir errant sur des pleurs.

 

 

 

 

 

Vibrato

 

 

Tu laisses aller ta plume, courir tes émotions

Au gré de tes envies ou de tes jours de pluie

Tu regardes le ciel, cherches l’exaltation

Il y a dans tes écrits tant de rêves enfouis.

 

Tu trembles en relisant, caches tes frissons

On ne peut tout montrer sous peine d’en souffrir

Les mots sont la beauté, de même que le poison

D’une âme tourmentée n’ayant rien à offrir.

 

Tu veux que l’on te lise, tu ne sais pas pourquoi

Alors que tu te drapes derrière tes certitudes

Il y a un inconfort et là tu le perçois

À croire se travestir avec ces attitudes.

 

Laisse donc aller ta plume, tremble s’il le faut

Frissonne en attendant un instant de repos

Continue cependant de regarder en haut

Puis parle en acceptant d’entendre ton vibrato.

 

 

 

 

 

Zahira

 

 

 

Elle se lève tôt, il fait encore nuit noire

Avance doucement guidée par la mémoire

Évitant ses enfants, couchés là sur le sol

Qu’elle devra réveiller pour partir à l’école.

 

Chaque jour, ces gestes l’enchaînent,

A cette vie d’avant, devenue d’aujourd’hui

Elle n’a jamais rêvé, cette enfant africaine

D’un demain différent qui aurait ébloui.

 

Zahira, ailleurs, serait une jeune fille

Regardant les étoiles, y cherchant le bonheur,

S’habillant pour sortir avec des bas résille

Cachant le plaisir tout au fond de son cœur.

 

Elle pourrait, aussi, être une princesse,

Pour des parents heureux de ce cadeau du ciel

Offert à un monde touché d’allégresse,

Donnant aux enfants une place essentielle.

 

Oh Zahira ! je pleure ta jeunesse vendue,

Sur le banc des choses qu’on doit faire,

Assurant ainsi, à une famille secourue

Les moyens d’un avenir prospère.

 

Oh Zahira ! je pleure, je pleure

Mais puis je au-delà t’apporter,

Autre chose  que la peur,

De ceux qui ne veulent partager.

 

 

 

 

 

Pauvre peuple soumis

 

 

On te dit volontiers, porteur de tant d’outrage

Incapable d’accepter les règles de ce monde

Alors que tes élus, faisant preuve de courage

Chasse pour ton bien, au loin la bête immonde

 

L’argent qui pervertit le cœur de tous les hommes

Ne doit pas te toucher et gâcher le bonheur

De tes sens éveillés, aux dorures, à l’arôme

Et aux chants des sirènes, des perfides seigneurs.

 

Tu dois vivre, écouter, obéir sans te plaindre

Engager tes enfants sur le chemin paisible

Des choses que l’on dit, juste pour contraindre

À ne tendre la main qu’aux fantasmes accessibles

 

Tu dois jeter tes rêves au fin fond de l’oubli

Ils y retrouveront ceux de ces peuples soumis

À qui quoiqu’on en dise, il est encore permis

De se taire et d’œuvrer pour l’ordre établi

 

Il faut cependant que tu regardes bien

Combien par ta faute nous en sommes ici

Toi a qui d’autres en se jetant aux chiens

Ont permis de changer juste en disant, voici !

 

Tu ronchonnes, tu dis et aussi tu écris

Tout en te gardant de changer quelque chose

Et par là même, bien sûr tu souscris

En faisant  autrement à ce que dit ta prose

 

            

           

 

 

Il est des infirmières

 

 

Il est des mains si douces

Qu‘elles calment vos pleurs

Brunes, blondes, ou rousses

Et si proches du cœur.

 

Il est de ces sourires

Après ces nuits passées

Dans le silence, à souffrir

Et mille questions posées.

 

Il est de ces présences

Juste par un regard

Qu’on ressent les absences

Quand la nuit vous empare.

 

Il est des mots si tendres

À écouter chanter

Des paroles pour détendre

Cette âme fatiguée.

 

Il est de ces fées blanches

Pour vous regarder vivre

De dimanche en dimanche

Enfin, elles vous délivrent

   

  

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