Poèmes #2 - Jacky Casanova

Jacky Casanova écrit tous les jours des poèmes, qu’il offre par brassées…

  

  

 À mon enfant   

 

Ce ventre arrondi par un morceau d’étoile

Porte, je le sens, ce qui manque à ma vie

Une histoire où l’amour tout à coup se dévoile

Alors que je croyais avoir tout conquis.

 

Je l’effleure, pour bien chercher en moi

Ces instants à nul autre pareil

Ou par petit coup, il m’envoie

Ces signes qui me gardent en éveil.

 

Je l’écoute aussi, en y posant ma main.

Entendre raisonner le bruit de son cœur

Donne à ces moments l’éternel refrain

D’une chanson ou peur rime avec bonheur.

 

Je lui parle, sans prononcer un mot.

Il m’entend, mais bien sûr il m’entend

Et ces instants resteront les plus beaux

Ensemble nous gravons, tous ses rêves d’enfants.

 

 

À toi, ma fille

 

Tu es née au chagrin d’un hiver finissant

Quand le printemps jette ses premiers bourgeons

Tu es née de l’amour de papa, de maman

Et a construit ta vie autour de ces saisons

 

Aujourd’hui la chanson du bonheur cabochon

Hier l’inquiétude de ces journées si ternes

Demain, le regard tourné vers l’horizon

Pour y chercher la paix qu’éclaire une lanterne.

 

Un peu comme ce fleuve né des neiges éternelles

Tu as sifflé au soleil, dans tes tendres années

Puis, en grandissant, les berges sentinelles

Ont subi tes colères sans jamais s’éroder.

 

Dès qu’il arrive en bas et embrasse la mer

Il mélange sa vie à celle de tous les autres

Se sert de ses tumultes et oublie d’être amer

En découvrant l’amour, il peut enfin dire notre

 

Il n’est pas utile d’attendre d’être vieux

Pour calmer ses ardeurs, moquer ses soucis

Espérer l’éden, faire confiance à Dieu

Te rapproche de ton âme, et tu t’accomplis

 

Tu vis la passion des choses qu’on construit

En regardant derrière ce que tu as pu détruire

Aujourd’hui, vois, rien n’est aux orties

Et caresse l’erreur, elle ne peut te nuire.

 

La plénitude, tu sais, est toujours en danger

Il faut seulement juste s’en souvenir

Se rapprocher du ciel et ne pas oublier

Que la vie se goûte avec un peu de miel.

 

Va, encore, sur le chemin de ces belles années

Aidée par Éros ou bien par Cupidon

Tu garderas ton cœur auprès du feu sacré

Et tu le chériras, car il n’est que passion.

 

 

Ignorer ses vieux

  

Ignorer ses vieux, c’est ignorer l’histoire

Des choses qui se gardent, de celles à oublier

Des raisons cachées au fond de leurs mémoires

Et des paris perdus pour avoir tant chanté

 

Ignorer ses vieux, c’est se tromper soi-même

En criant au destin de la fraternité

Et pleurer la misère des hommes qui s’aiment

En regardant ailleurs pour vite s’oublier

 

Ignorer ses vieux et les voir s’éloigner

Au détour d’un chemin menant à l’abandon

Construire une vie sans jamais pardonner

Et les uns puis les autres en mal d’affection

 

Ignorer ses vieux, la jeunesse triomphante

En bombant le torse de tout savoir sur tout

Avance vers le mur de la détresse aimante

Pour se perdre à jamais dans le monde des fous.

 

 

Le temps

 

Il déroule simplement

Sans pause ni mystère

Il est toujours passant

Et jamais n’accélère

 

Personne ne le voit

Tout le monde le ressent

Et l’on reste aux abois

En le comptant par ans

 

Revenir en arrière

Pourquoi le ferait-il

Sans regarder derrière

On dit de lui qu’il file

 

L’homme en vieillissant

Voudrait qu’il s’arrête

Et pleure celui d’avant

Avec des larmes discrètes

 

Cours rattrape le

Si tu le peux encore

Car perdu il s’écoule

Et ce jusqu’à la mort

 

  

Nostalgie

 

Cette maison, là-bas, cachée par les ronces

Dont le toit effondré semble  pleurer l’absence

Ces pierres entassées comme un coup de semonce

Au temps qui passe, dont on craint l’impatience

 

Ces arbres plantés par des mains aimantes

Et on en devine les caresses et les soins

Leurs troncs noueux, ce passé qui nous hante

Tant on a du mal à regarder si loin.

 

Ces chemins fermés que nous avons quittés

Doucement, doucement sans vraiment le vouloir

Pourra-t-on un jour de nouveau emprunter

Toutes ces voies, imprégnées de savoir

 

Cette eau perdue jusqu’au jour du déluge

Dont on oublie le chant doux et apaisant

Ces buissons colorés, ils sont le refuge

Des oiseaux attirés par leurs fruits alléchants

 

Les hommes aveuglés par tout ce qui brille

Ont choisi de brûler ce qui les nourrissait

Et toutes ces beautés aujourd’hui s‘éparpillent

On oubliera demain qu’hier elles existaient.

 

 

Le jour d’après

  

Sans même le chercher, nous nous sommes éloignés

Des chemins que nos vieux avaient tracés pour nous

En regardant ailleurs pourquoi donc s’aveugler

Ce qui touche les autres ne peut nous rendre fous

 

Construisant notre vie sur de l’empressement

À réussir bien mieux que nos pauvres parents

Nous avons parcouru et parfois défriché

Des terrains inédits jusqu’alors oubliés

 

Tout nous semblait acquis y compris l’interdit

La soif d’entreprendre, le plaisir d’exister

Le besoin de défendre ce que nous avions conquis

Nous poussèrent doucement jusqu’a presque tomber

 

Maintes fois la nature par ses troubles brutaux

Nous montra le destin que nous avions choisi

Mais toujours l’oubli comme aux jours les plus beaux

Repoussa la crainte, faibles hommes éblouis

 

Le temps a passé semant les différences

Poussant les uns vers tous ces gouffres ouverts

Par l’argent qui soudain était la référence

De quelques installés au diable vauvert

 

La grande peur ne pouvait plus attendre

Elle arriva, comme ça, quand les peuples endormis

Par tous ces fifrelins donnés juste pour vendre

Rien que des oripeaux pour calmer nos envies

 

Elle bouscula le monde prêt à tout céder

Aussi bien les acquis de ses glorieux combats

Que le droit de penser et bien sûr d’exprimer

Leurs droits à redire nous ne ferons pas ça

 

Enfin, le soleil se leva le premier jour d’après

Hésitant et pantois les gens se saluaient

En ignorant encore que rien ne changerait

Alors qu’ils avaient vu la mort de tellement près 

 

 

Pour retrouver un autre écrit de l’auteur :

Poèmes

  

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