Cher auteur - Les éditions Albiana

Les éditions Albiana répondent à la lettre de Yves Rebouillat à propos du Décameron20/2.0

  

  

Cher auteur,

Sans doute me permettras-tu de te tutoyer et de répondre à ta lettre « ouverte », car si nous ne nous connaissons pas, bien des choses nous unissent désormais.

Tu me permettras aussi, à travers toi, de répondre à tous ceux qui ont participé à ce projet, car il en a « happé » plus d’un – auteurs et lecteurs.

Dire qu’il nous a happés nous-aussi n’est pas dévoiler un grand secret.

Par quoi avons-nous été happés ? Quel est-il ce vertige qui nous a saisis (et de quelle façon !) ? Un besoin de sauver quelque chose, de soi et pour les siens, quand tout s’effondre et que la peur tétanise…  Un désir de retrouver le temps – celui qui nous fait nous sentir ici et vivants… Une volonté de se toucher, de se ressentir, de s’émouvoir… Le sentiment de devoir s’échapper parfois, de fuir ou de résister, de crier ou de rire… ?

Ah oui, bien sûr, tu vas me dire que tout cela n’est que littérature… Oui, c’est même la définition la plus intéressante : il y a autant de littérature et d’auteurs (j’allais dire d’écrivains, mais n’allons pas trop vite en besogne) qu’il y a d’intentions abouties et de lecteurs. De ce tourbillon de mots, parfois hésitants, parfois mal agencés, de ce magma originel naîtra le mieux bâti, le mieux dit… mais déjà ! combien de prouesses et combien de sentiments profonds partagés. Combien de fois avons-nous été émus en lisant un vers, une phrase, un poème entier, un récit brut ou une nouvelle polie et repolie, brillante ? Nous ne sommes pas les seuls, je peux te le dire…

Car le vertige, nous le savons, au bout d’un petit mois de diffusion, a aussi saisi les lecteurs. Nous n’en sommes pas peu fiers. Non seulement vous autres auteurs avez été nombreux – plus d’une centaine quand même ! –, prolifiques – plus de trois cent propositions à cette heure – mais en plus vous avez été lus – quelques dizaines de milliers de lectures aux compteurs du Décaméron20/2.0...

Le projet a été interprété par chacun et nous ne sommes pas surpris que tu aie été hésitant face aux choix. La liberté donnée, essentielle en ces temps de contrainte subie, était totale. Elle était la condition du respect des univers de chacun et des voies choisies pour les exprimer. Le monde de demain devra sans doute être celui-ci. Plus de liberté, plus de choix, plus de liens, plus d’amour et d’affection, plus de respect, plus d’humanité.

Les thèmes ont été donnés pour que la difficulté ressentie parfois à faire le premier pas soit surmontée. Tu t’en es affranchi avec brio et bien sûr, tu t’en es aperçu, aucun des thèmes n’était exclusif, chacun d’entre eux retentissait d’une façon ou d’une autre en chacun. Nous, sur cette île, sommes sensibles à ce qui nous entoure et ce qui nous pétrit : l’île, la mer, le besoin de se retrouver et le besoin de connaître les autres. Mais après tout, nous diras-tu, ce sont aussi des thèmes universels.

Nous n’avons certainement pas joué un chauvinisme étriqué. Et nous avons été honoré de voir que la littérature, celle qui est produite ici ou ailleurs, circulait à son aise et qu’elle se fichait des frontières : Italie, Angleterre, Québec, Pays Basque, Allemagne, Espagne, Bulgarie, Roumanie et sans doute d’autres ont été d’une façon ou d’une autre solidaires du projet. Des projets transfrontaliers sont même en vue (mais chut, on ne parle pas de ce qui n’existe pas encore, cela porte malheur).

Tu parlais dans ta lettre de nos noms. Comme toutes les dénominations, ils signalent des intentions. Albiana, pour un village corse nommé parmi douze par Ptolémée dans sa géographie, probablement situé non loin de Zonza que tu évoquais dans ta nouvelle. La Méditerranée, c’est notre mère. Et tu as bien raison de parler de ses rejetons, nos cousins, nos frères.

Tu parlais de la fin du projet. Non, il ne faut pas. Ta lettre serait comme une lettre d’adieu et ce ne peut être le cas. Nous n’arrêtons pas ! En fait, nous devons faire deux choses très importantes.

Premièrement, nous devons simplement nous (re)mettre au travail. Faire un livre – ce que beaucoup ignorent – nécessite beaucoup d’investissement. Celui-ci en exigera plus encore qu’aucun autre. Il s’annonce monumental (cent auteurs, tu imagines ?).  Il faut bâtir une table des matières cohérente, qui ne trahisse pas le projet, qui donne envie de lire (de voyager, de rêver, de se rappeler,…), travailler sur les textes sélectionnés, revenir vers les auteurs (une centaine de fois ?). Bref, cela risque d’être particulièrement exigeant.

Dans le même temps, nous travaillons déjà à la suite. Un projet qui, nous l’espérons, sera tout aussi convaincant. Nous en parlerons très rapidement, bien sûr. Avant même la fin de la publication des textes reçus. T’ai-je dit qu’il en restait presque soixante-dix à mettre en ligne ? Oui, tu pourras lire encore régulièrement de très beaux textes qui sont ici, dans nos ordinateurs et qui verront le jour bientôt.

Nous les publierons par lots le lundi, le mercredi et le vendredi. Chacun aura ainsi une visibilité en première page plus grande (deux ou trois jours en haut de page au lieu d’un seul actuellement). Et le rythme de publication plus calme permettra aux lecteurs de revenir vers le sommaire et retrouver des textes oubliés… De lire et relire leurs auteurs préférés, choisir par thème ou par titre le texte qui conviendra à leur moment et à leur humeur.

Le tien, celui qui est arrivé hier seulement, aura sa place naturellement, car tu ne le sais peut-être pas, tu as déjà des lecteurs qui attendent, silencieux, de te lire… C’est le cas pour tous ceux qui ont déjà été publiés.

Enfin, nous pourrons certainement dire à l’unisson, nous tous, lecteurs, auteurs et éditeur que ce mois d’avril 2020 fut tout le contraire d’un confinement délétère, fait peurs, de défaites et de mortifications, il fut le mois où la littérature sauva l’honneur…

Merci à toi et à tous d’avoir relevé le défi !

 

Albiana

 

(Albiana c’est une équipe où chacun intervient dans son domaine, il y a Céline, Valérie, Claude, Marie-Claire, Guy, Pablo et Bernard – et Lina qui nous a prêté un peu de son précieux temps).

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