Thierry Becouarn -  Le coureur des ajoncs

 

Thierry Becouarn nous transporte dans un paysage insulaire grouillant d’une faune effervescente, et magique…

 

 

Le coureur des ajoncs

 

Il parcourait la lande à grandes foulées régulières, le souffle long et profond indiquant une pratique bien rodée.

Les lézards et autres minuscules animaux détalaient ventre à terre surpris de sa survenue aussi rapide quimpromptue.

Le coucou plus prudent cessait son cri rigolo à distance respectable, les lapins loreille à laffut du moindre bruit se dressaient sur leurs pattes arrières dès qu’il arrivait à portée douïe et détalaient en tout sens dans un sauve-qui-peut général et comique.

Dans la nuée, les chasseurs ne sintéressaient pas à ce nouveau venu mais appréciaient en connaisseurs le remue-ménage quil occasionnait, toujours à laffut dune proie rendue imprudente par la panique.

Les grands oiseaux marins lignoraient magnifiquement, planant en grand cercles concentriques avec toute la grâce quon leur connait, superbes dinsolence on les aurait dits utiliser la jolie brise autant pour épancher leur soif de voler librement que pour repérer les bancs montant en surface.

Courant vers un ailleurs connu de lui seul, dans un but bien abscons du point de vue des lapins, il goûtait le savant mélange de parfums lourds comme des épices, bruyères, ajoncs, trèfles, se mélangeaient à liode des algues et aux vents salés du grand large.

À chaque enjambée, il se repaissait de la splendeur et de la puissante évocation de l’île, qui jamais ne changeait et pourtant qui était différente dinstant en instant, on eût dit un tableau vivant quun dieu aurait remanié sempiternellement de son pinceau invisible.

On eût dit quil courait à remonter le long fleuve du changement vers le punctus et son Créateur, vers la fin des temps de lautre côté du bord du monde, là où beauté et amour ne sont plus des options mais la raison à toutes choses.

La magie de l’île ne sexplique pas car elle nest pas laffaire de la raison et ne franchit pas les lèvres, fille ainée de l’émotion elle se ressent au tréfonds de l’être et sa présence est un prodige.

 

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