Louis Reynier - Vert Paradis

Vert paradis

 

Mais le vert paradis des amours enfantines,
Linnocent paradis, plein de plaisirs furtifs,
Est-il déjà plus loin que lInde et que la Chine ?

Charles Baudelaire

 

Ah, Marie ! Je men souviens comme si c’était hier de ce premier baiser que nous échangeâmes dans la cour de récréation, derrière le platane. Nous étions au cours moyen, dans la classe de Mme Rossi. En rentrant de l’école, ce jour-là, javais déclaré solennellement à mes parents : « Marie est la femme de ma vie, je finirai mes jours avec elle ! ». Dans la cour de récréation, nous nous tenions toujours la main. Nous avions prévu de nous marier dès notre majorité, nous avions choisi les prénoms de nos enfants.

Mais le destin nous sépara. Brutalement. Papa fut muté sur le continent, toute ma famille déménagea. Te quitter fut une déchirure ! Mon premier chagrin damour. Nous nous sommes écrit pendant quelques mois, fréquemment au début, puis nos lettres sespacèrent. La vie sépare ceux qui saiment, tout doucement sans faire de bruit comme le dit la chanson. Je les ai encore, tes lettres, Marie, dans un carton, nous les relirons ensemble.

Plus tard, je suis revenu. Nous nous sommes quelquefois recroisés, mais nous avions nos vies, nos conjoints, nos enfants. Les promesses de lenfance avaient été oubliées. Chaque fois que je tapercevais, je repensais à ce baiser, derrière le platane, à nos projets, à nos serments.

Mais aujourdhui, je suis heureux de te retrouver. Ici. Nous sommes libres, Marie. Libres de nous aimer jusqu’à la fin de nos jours. Nous allons être heureux ensemble dans cet EHPAD, Marie.

 

 

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