Dominique Taddei - Histoires courtes en Corse (3)

 

Histoires courtes de Corse n°3

 

 

Rentrée mouvementée

  

Nous étions quatre ou cinq matelots dont j’étais le plus gradé. Sans permission, nous avions été en ville voir un film. Arrivés tard dans la nuit, nous sommes glissés furtivement par le trou de la haie pour rejoindre le dortoir. C’est alors qu’a surgi un Enseigne de vaisseau nouvellement arrivé à la base et de garde à l’aubette. Il crie : « Halte-là les Corses ! Suivez moi ! »

Le pauvre, il n’a pas vu venir le coup, le ciel lui est tombé sur la tête ! Un de nos compagnons de sortie, paniquant et peu enclin à obéir lui assène un direct du droit en plein visage. Notre jeune officier tombe raide, knocked out. Catastrophe ! Assommer un officier ! C’était à coup sûr la prison pour tout le monde.

Heureusement pour nous, un Capitaine de frégate qui n’aimait pas beaucoup cet officier témoigna que nous jouions à la belote avec lui au carré des officiers mariniers. Quant à la victime, elle se balada longtemps dans la base avec un œil au beurre noir et ne recommença jamais plus son jeu de cache-cache en pleine nuit. 

 

 

AWOL 

 

Dans le jargon militaire américain ces quatre lettres signifient « Absent without leave », sortie sans permission. Voici une histoire de permission ratée.

Dans les années 60, à la B.A.N d’Asprettu nous étions une trentaine en tout, officiers, officiers mariniers, quartier-maîtres et matelots.

Chaque week-end, la base était complètement désertée. À l’exception d’éléments absolument nécessaires, les autres partaient rejoindre leur famille. Seulement voilà, pour ne pas mettre mal à l’aise le responsable des permissions, chacun avait sa petite idée pour sortir sans « perm ». Ce jour-là avec un copain nous avions pensé nous planquer dans le camion-poubelle. Après tout ce n’était qu’une balade de deux kilomètres pour rejoindre la route nationale Ajaccio Bastia. Arrivé à l’aubette, le Capitaine d’armes (un sacco*) voyant arriver le camion demanda à la sentinelle, s’il elle n’avait rien à signaler. Elle répondit « Personne devant ! Personne derrière ! »

Le mot « derrière » nous fut fatal, nous passâmes notre permission en prison… Heureusement, Noël Viaccara était cuistot de service et pour nous consoler nous eûmes droit à des entrecôtes et des pommes de terre frites pendant tout le week-end. 

 

 

* Un sacco est un fusiller marin. 

  

 

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