Jean-Louis Pieraggi - "Jonathan Livingston le goéland" de Richard Bach

  

Une lecture salvatrice… Un récit personnel de Jean-Louis Pieraggi

 

 

Jonathan Livingston le goéland de Richard Bach

 

J’avais un peu plus de vingt ans et je venais juste de revenir de plus de vingt mois passés dans les îles de Tahiti et ses atolls. Ces bouts de terre, parfois entièrement vierges de toute présence humaine, dispersés sur des milliers de kilomètres dans le Pacifique Sud, avaient modifié ma perception du monde. Durant cette période bénie, je vécus comme dans un rêve, à tel point que j’en oubliai presque la modernité et la dure réalité. Le retour à la « civilisation » fut difficile, triste et brutal. 

En décalage avec une société que je trouvais absurde, je doutais de moi et de ma place dans la communauté. J’avais perdu mon enthousiasme et je glissais, lentement, vers la dépression. Une bouée de sauvetage sous la forme d’un livre, lancée par un ami, me sauva.

En vérité, je n’eus pas tout de suite le livre entre les mains, plutôt son titre, prononcé régulièrement par cet ami qui se moquait gentiment de mon inadaptation sociale : « Oh Jonathan Livingston le goéland, tu atterris un peu ? »

Finalement, désespéré par mon manque de répartie littéraire, Louis m’offrit ce livre. Ce fut une vraie révélation.

Écrit par Richard Bach, le récit m’avait semblé au premier abord un peu naïf. Mais Jonathan Livingston, le goéland est, en fait, un conte philosophique qui contient des messages profonds et universels. Par certains aspects, on peut le comparer au Petit prince. D’ailleurs, comme Antoine de Saint-Exupéry, l’auteur était aussi un aviateur.

Dans ce conte, un jeune goéland rebelle se sent totalement inadapté aux codes du clan. En marge de sa société, il entreprend alors un long voyage grâce auquel il découvre sa véritable nature. 

Une histoire de quête de liberté et d’absolu qui résonna comme par magie avec ma propre histoire. Elle me fit aussi prendre conscience de l’universalité d’un mal-être que je pensais unique : ce sentiment de ne pas être né ni au bon endroit ni au bon moment. Je découvris que ce n’était pas une malédiction mais, au contraire, une invitation à devenir celui que j’étais véritablement. Je réalisai subitement qu’il ne servait à rien de vouloir à tout prix s’adapter à une société alors que la vie regorgeait de formidables potentialités qui n’attendaient qu’à être exploitées. Pour Jonathan, c’était l’art du vol ; pour moi, ce fut un autre élément.

J’avais ramené dans mes bagages polynésiens, la passion de la mer. Dès lors, je consacrai mon temps à la plongée. Certes, le chemin ne fut pas toujours simple ni facile mais, désormais, grâce à ce livre, un nouvel horizon illuminait mon quotidien. Je m’étais reconnecté à deux moteurs essentiels : l’imagination couplée à l’action. Je devins moniteur de plongée, je voyageais dans de nombreux pays, je fis la rencontre de personnes fantastiques et d’animaux marins bouleversants.

Aujourd’hui, plus de trente années se sont écoulées et la passion de la mer m’anime encore. Naturellement, elle est toujours ma principale source d’inspiration. Quelquefois, grâce à je-ne-sais quel miracle, j’oublie complètement les contraintes et les limites du milieu. J’évolue dans ce fluide qui m’enveloppe et me constitue avec la sensation, pendant ce bref instant, que je réalise le rêve de Jonathan le goéland : être libre et ne faire qu’un avec son élément.

 

 

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