Paule Tomi - L'avenir devant soi

 

Une déambulation dans le dédale des ruelles à l’âge de tous les possibles, un récit de Paule Tomi.

 

L’avenir devant soi

 

Ma mère m’avait accompagnée pour mon premier séjour à Palestre Ville, afin de m’aider à effectuer les formalités d’inscription à la Faculté des Espoirs. 

Nous avons dormi à l’Hôtel des Étrangers qui était décoré dans un style provençal. J’ai ainsi pu découvrir la Rue du Bon café qui reliait le cours principal aux boulevards périphériques. Dans cette rue je reviendrai souvent par la suite, pour profiter de son calme et de ses cafés au charme suranné.

Au matin, nous avons emprunté le Boulevard des Calissons, pour nous rendre à la Faculté, avec mon dossier minutieusement rempli. L’hôtel du Roi des Calisson était une bâtisse imposante qui me faisait rêver. Voilà un endroit où j’aurais bien aimé habiter, idéalement situé, entre la vieille ville et les universités. 

J’avais effectué en parallèle une demande de logement à la Cité Universitaire des Collinettes. On s’y rendait en traversant le périphérique et en suivant le Cours Orlof, avec le café du même nom qui était à l’angle de la rue. On longeait le Parc aux Fleurs. La ville était plaisante, avec des maisons basses. J’aimais tout particulièrement le quartier où j’allais loger, mais aussi le chemin qui y menait et encore, le dédale des vieilles rues du centre-ville. 

Quand j’irai à la faculté des Espoirs, je rencontrerai d’autres jeunes gens, dans les cafés alentours et notamment au café de la pétanque, où quelques étudiants désœuvrés côtoyaient de vieux provinciaux, attirés par les jeux de cartes et le terrain de pétanque devant le bar. C’était un endroit où l’on tuait le temps en faisant des rencontres. 

C’est dans cette ville que je ferai les expériences amoureuses de ma jeunesse. Mon premier amour me fit partager sa passion du cinéma. Nous dinions d’une salade et nous allions au multiplexe qui était une découverte pour moi. Je le laissais souvent choisir les films et je ne le regrettais pas. Je lui dois quelques belles découvertes. 

De mes premières années d’études, me reste aussi le goût des repas partagés au restaurant, en amoureux, ou entre amis. 

Le Cours Les-plus-beaux était bordé par les terrasses des cafés où l’on pouvait prendre l’apéritif, en regardant les passants déambuler. 

Pour trouver les restaurants, il fallait s’enfoncer un peu plus dans les petites rues. Nous allions à la Cigale, un bistrot provençal qui proposait de la viande au feu de bois, avec de délicieuses pommes fondantes au four. Mais j’avais une attirance pour les restaurants exotiques, avec la découverte de la cuisine asiatique. Je me souviens surtout du Palanquin qui nous offrait, en plus de ses plats doux-amers, une succulente omelette sucrée en dessert, aérienne comme un nuage ensoleillé. 

Il y avait aussi, dans la Rue de la Danse, un petit endroit pittoresque, « Chez Tan ». Un couple faisait marcher l’affaire. Lui qui avait parcouru le monde, assurait le service. Elle qui, me semble-t-il, était vietnamienne, était aux fourneaux, pour proposer une cuisine variée, mélange d’Orient et d’Occident.

L’après-midi, je partais seule me perdre dans les ruelles de la vieille ville, au gré des vitrines des magasins. 

Le week-end, les étals des marchés me régalaient de leurs couleurs et j’y respirais à plein nez les odeurs de fleurs et de produits locaux. 

Avec mon second amour, c’est le monde de la nuit, des rencontres nocturnes que je découvris à ses côtés. Nous explorions les bars de nuit autour du Cours Les-plus-beaux, ou alors, nous nous éloignions pour nous encanailler dans les cités voisines. 

Dans cette ville, loin de mes parents, j’ai grandi et la Faculté des Espoirs est devenue l’Usine à formater. J’ai eu mes diplômes et puis j’ai dû refaire le chemin en sens inverse et retourner chez moi pour y trouver du travail.

Il me semblait que j’abandonnais la vraie vie et que plus jamais je ne retrouverais rien d’équivalent.

Palestre Ville reste dans ma mémoire attachée à cette période de ma vie, mais j’ai continué à apprendre et à prendre de nouvelles directions. Ce centre-ville entouré de ces petits boulevards périphériques me semble maintenant bien étriqué. Le Roi des Calissons n’est plus que le producteur de bonbons qui collent aux dents.

 

Ce texte fait partie du compagnonnage mis en place entre Le Nouveau Décaméron 2021 et l’atelier d’écriture Racines de Ciel, animé par l’écrivaine Isabelle Miller, dans le cadre des activités littéraires du festival Racines de Ciel.

Le thème choisi cette année était « Commémorations publiques, souvenirs privés » articulé autour de plusieurs propositions successives.

La quatrième proposition à laquelle le présent texte souscrit était : 

« Palais de mémoire ». Sur le plan d’une ville que vous connaissez bien, rebaptisez les rues, les places, les monuments selon votre géographie intérieure, puis tracez un itinéraire comme pour une visite guidée.  

 

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