Niellu Leca - Lettre à mon ami Phil

 

Comment encourager un dé-missionnaire invertébré ? Un mollusque de canne-à-pets ? En lui envoyant une petite missive sol-rêve. Par Niellu Leca.

 

 

Lettre à mon ami Phil

qui ne trouve plus de goût à la vie depuis qu’il se l’est salée…

  

  

Il n’est jamais trop tard pour bien faire. Lève-toi et marche, a dit le Christ à tout hasard, et l’eau s’est changée en petits pains. Non ! rien n’est jamais perdu ! même les petits pains, pas perdus dans leur salle de l’hagard Saint Hasard. Tu peux changer ! tu peux : pour Salazar, changer à Pasteur et pas c’t’heure-là ou une autre, qu’est-ce que ça change ?...tout ! tout, justement. Suffit de s’y mettre… bon allez, mètre cinquante, si tu veux mais je n’irai pas plus loin. En toi il y a du beau, du bon et du beau n’est pas l’amer à boire : Moïse l’a bien ouvert en deux, l’amer rouge ; pourquoi pas toi ?... parce qu’il danse le long des golfes clairs ?...la belle affaire ! Parfaitement, se la faire, la belle et c’est bien plus agréable que de se taper la moche ou la tête contre les murs. Non, tu n’es pas tout à fait cuit, ressaisis-toi. Il n’y a pas de quoi en faire un fromage ! et quand bien même : un bien fait n’est jamais perdu pour tout le monde, disait le renard, ton renard ! Parce que le renard que les autres portent sur toi, on s’en fout. 

Tout est possible, t’est possible, tes possibles sont à portée de mains, les deux parce que, oui, deux mains est un autre jour, celui de cet avenir dont tu rêves et, tu le sais, l’avenir appartient à ceux qui se rêvent tôt. D’où la “Théorie des Rêves Pré-mon Histoire à dormir Deux Bouts“, un pour chaque main. 

Et pour que demain te sourie, bouge ! car on plait mobile, mon p’tit bonhomme et l’avenir est ailleurs : les augures romains entre deux vins ne disaient-ils pas “Allez à Jacta Est !“ parce qu’ils avaient  remarqué qu’à l’Ouest, rien de nouveau. Oui, l’avenir sur-mesure est tailleur à qui veut changer de look !  “Look y es-tu ?... Que fais-tu ?...“ Hein, que fais-tu ?...rien, tu fumes assis mais comme disait Billy “Si tu fumes assis Garrett, tu finiras par des cendres sous terre.“ Et c’est ce même Billy Euclide qui déclarait “Par un point pris hors d’une droite il passe une et une seule parallèle à cette droite.“ Tu entends ?...une seule ! et elle ne passera pas deux fois ta part à l’aile droite. Alors, réagis, ne la rate pas : le Néant te guette raidi, prêt à t’avaler plus tôt que tu ne crois car l’avaleur n’attend pas le nombre des années. 

          Oh, je t’entends déjà “L’acrylique est facile mais l’arrêt difficile. “ Eh bien, moi je dis : fallait pas commencer. Pas comme en C ni comme en D non plus, je suis d’accord, mais je ne commande pas, je suggère, honni mot s’il en est, mais tant pis : indien vaut mieux que deux thunes au rat, celui des champs ou des villes, je ne sais plus mais peu importe le rat con, pourvu qu’on ait l’ivresse. Alors bien sûr, tu peux passer outre jusqu’à devenir tonneau, tu ne risques rien : on disait déjà du temps de La Fontaine, je ne noierai plus de tonneau.

Tu ne me crois pas ?...et pourtant, Robinson a bien cru Zoé, un Vendredi, jour de poisson, de carpe et même de Carpe Diem pendant qu’il en est encore temps. C’est pourtant facile, pour se retrouver sur la même longueur d’ombre, il suffit d’un peu de co-errance. Errons, errons, petit pote, happons la vie avant qu’elle ne nous happe ! Une fois zappés, il sera trottoir, là où s’échouent les épaves que rejette l’amère société. Pas de quoi se marrer. Ou si l’on se marre c’est, yes, au chant de “Allons enfant de l’apathie, le jour des poires est arrivé ; le FISC et sa clique ennemie, jusqu’au trognon va t’éplucher, t’auras plus que la queue à ronger. Aux larmes, citoyens !“ Ces larmes amères mi-Shell mi-Total qui viennent jusque dans nos draps polluer nos îles et nos campagnes. Alarme citoyen ! Fini les roupillons ! Marche donc, marche donc, l’hydrocarbure  abreuve nos oisillons. Tsoin tsoin tsoin ! 

          Mais tout vient tapin à qui sait la tendre, me diras-tu. Soit, mais à l’âge qu’il est, comme tu dis, ça n’est pas toujours évident, hormis au réveil, tôt le matin, à la fraiche… même en cette saison où la météo prévoit des arrivederci (ben oui : une arrivédèrcho, des arrivederci. A noter qu’à “arrivederci“, certains préfèrent “ciao“ ; cela ne peut se défendre : un ciao, des ciaï, ça ne veut rien dire et une arrivédèrcho des ciaï, encore moins. D’autant que ce mot est la contraction d’un proverbe des Indiens de la région du Saint Laurent qui, à la saison des grandes migrations annonçant l’été, avaient coutume de dire : « Arrive Eider…chaud ! »). Mais trêve de philologie ! car, c’est là un des nœuds du problème : Phil, au logis, lézarde. Et on en revient à l’incontournable : “ Lézard ! lève-toi et marche !“  Et le lézard de répondre : “Ça saur à rien : le hareng sort sans avoir besoin de marcher.“ Et moi je dis : encore une fin de non-recevoir. Et non re-se voir tel qu’on est, est contraire au principe fondamental “Γνώθι σαυτόν“ (Gnothi sèauton) que certains traduisent abusivement par “Conne ?...et toi, toi-même !“ quand d’autres, tout autant dans l’erreur, prétendent que cette maxime est celle des chrono-cuisiniers qui, attribuant un plat à chaque saison, aiment à claironner “Gnocchi ?.. c’est l’automne.“ 

Mais je m’égare, sans lézard. Revenons à nos boutons… lesquels, On… Off… ?... On, bien sûr ! Parce qu’On’doit pas s’arrêter en route pour ne pas s’empâter en croute ni s’encrouter en soute. Et, crois-moi, elle est nocive cette soute, caustique même ! Et ne me dis pas « En soute ou en caustique, rien à cirer ! », on a toujours quelque chose à cirer : un meuble, une paire de belles bottes, de re-belles bottes et dix de der. A condition d’avoir l’atout, c’est vrai, je te l’accorde mais c’est là tout ou rien et même si rien n’est jamais perdu à quoi bon le retrouver : il ne sert pas même à courir si l’on ne part pas à point. Oui mon gars, à point c’est permis, précisément, parce que c’est le contraire de rien puisqu’un point c’est tout ! “ Et pourquoi courir, me diras-tu, pour aller où ?“... pour aller de l’avant. Ne dit-on pas avant-coureur ?... c’est bien un signe, non ?...

            Et après l’Avent ?... ben, c’est Noël ! La Crèche, le bœuf et l’ânesse (Ici, petite parenthèse historique. C’était en effet une ânesse qui accompagnait le bœuf, mais en ces temps reculés, la société était particulièrement misogyne et hormis Marie, tous les figurants devaient être de sexe masculin. L’ânesse devint donc un âne. Mais, certains théologiens, gardiens jaloux de la Vérité et soucieux de respecter la parité, suggérèrent à leur Grand Maître Zar de rendre hommage à l’animal chaque vingt-quatre décembre à minuit afin qu’il laissât quelque trace dans l’Histoire. Or, le Grand Maître était sourd comme l’impôt et il déclara “ À ces date et heure, nous ordonnons de célébrer chaque année la messe de minuit.“ Ainsi parla Zar à tout c’tas de pinailleurs. C’est ainsi que l’ânesse de minuit disparut de la liturgie et de la Crèche.) 

Mais revenons à nos santons et à leurs bras chargés de cadeaux et de victuailles. (Ici, autre parenthèse historique. Des alentours s’étaient rassemblés meuniers, paysans, pêcheurs, bergers et tous de dire et répéter : “Mais… que sent-on ici ?...que sent-on ?...“ C’est donc tout naturellement qu’ils restèrent dans l’Histoire sous le nom de “les sent-on“ que la tradition orale populaire, peu soucieuse de l’hortografe, transforma en “santon“.) Et, à propos, que sentait-on ?...Tout bêtement, une odeur d’étable où le bœuf et l’ânesse flatulaient à tout vent et à qui mieux-mieux, persuadés que tout flatuleur vivant aux dépens de celui qu’il dégoûte, leur avenir serait ainsi assuré. Comme l’atmosphère devenait irrespirable, on demanda aux Rois mages, Melchior, Balthazar et Gudnaphara de Tarsis d’y remédier. C’est  Gudnaphara qui suggéra alors de faire brûler l’encens qu’il avait apporté. “Pour quoi faire ?...“ demandèrent les deux autres. “ Parce qu’avec l’encens, l’odeur des gaz part“, répondit-il. Il ne se doutait pas que la postérité ne se souviendrait de lui que sous le surnom de Gaz-part, en effet plus facile à retenir que Phudnaga…euh, non… Tarnagouph… Gnaphisgudar… bref !... Gaspard.

Où en étais-je ?... ah oui, chargés de victuailles pour fêter ça. La méga-teuf, quoi ! On fume du saumon, on se farcit des dindes, la bouche de Noël on se la reims au champagne et on finit la bourriche cuîtrée… si ce ne sont pas de bonnes raisons de se bouger le culte, c’est à désespérer du Paradis et de ses seins !... 

Mais, trêve de confiseurs, j’en reviens au sujet initial de cette lettre : n’attends pas Noël et le Messie pour te le bouger car selon le calendrier républicain, le Messie dort jusqu’en juillet. Bouscule-toi toi-même dès aussitôt si tu ne veux pas qu’un autre le fasse à ta place. 

Et jusque-là, je ne me tairai pas car qui ne dit mot qu’on sent bien qu’il s’en fout comme un lapin quand bien même celui-ci justifie les moyens.    

  

 

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