D. Bosseur, L. Bursacchi et L.- M. Giudicelli - Retour vers l’ancien temps

 

Les catastrophes ne pourront jamais détruire l’enthousiasme et la force d’une horde d’enfants décidés. Une nouvelle de Dea Bosseur, Lucas Bursacchi et Lisa Maria Giudicelli

 

Retour vers l’ancien temps

 

Comme chaque matin, nous nous retrouvons sur la place Marie-Emilie à Baliri qui est maintenant devenu le quartier le plus réputé de la ville de Corte. Bien que ce soit le lieu le plus sec, il est de loin le plus innovant avec ses buildings de soixante étages ultra sécurisés qui possèdent une reconnaissance faciale et des serrures oculaires. Un pont de dépistage viral a été inauguré l’année dernière : un detectum scanne chaque personne voulant entrer dans le quartier Baliri et un tableau corporel montre le nombre de globules blancs et rouges, le taux de sucre, cholestérol et oxygène dans le sang, la tension artérielle, la présence d’une maladie par un code couleur : jaune, orange ou rouge selon sa gravité. Si la couleur est rouge, la personne concernée n’a pas le droit de passage et est envoyée dans l’aérôpital le plus proche, hôpital situé à deux cents mètres du sol. Et le quartier est alimenté par l’eau filtrée de la rivière du Tavignanu.

Après nous être réunis, nous nous dirigeons vers le bar « Chez DD » et commandons, comme à notre habitude, de l’évapeau à la barbe-à-papa et au chewing-gum. 

Nous dégustons tranquillement nos eaux évaporées quand soudain, deux bruits retentissent suivis d’un tremblement de terre. Tout le monde se met alors à courir dans tous les sens, ce qui provoque une panique générale. Dea, Lucas et moi, abasourdis par ce phénomène étrange, décidons de sortir du bar pour voir ce qu’il se passe. À peine avons-nous le temps d’attraper la poignée pour sortir, que quatre agents de sécurité ouvrent violemment la porte que nous nous prenons en pleine face. Deux des agents tentent de rassurer la foule tandis que les deux autres demandent au patron de verrouiller le bar avec son empreinte digitale. Légèrement assommés, nous observons la scène :

- Mais qu’est-ce qu’ils foutent ?! demande Dea.

- J’en sais rien, répond Lucas en haussant les épaules, attends. 

Lucas se lève et se dirige vers un agent, il discute un instant avec lui avant de revenir vers nous. 

- Alors ? dis-je.

- Il m’a dit que c’était juste un contrôle par rapport au tremblement de terre…

- Personnellement, je n’y crois pas, répond Dea.

- Moi non plus… c’est chelou… 

Dea réfléchit quelques instants : 

- J’ai une idée pour sortir ! 

Lucas et moi attendons qu’elle développe sa pensée. 

- Il y a une porte à l’arrière, continue-t-elle, vu qu’il y a sûrement d’autres agents autour du bâtiment, Lisa tu utiliseras tes illusions pour les occuper tandis que toi Lucas, tu sortiras en douce grâce à ton invisibilité.

Elle se tourne vers moi : 

- On verra plus tard pour sortir toutes les deux.

- D’accord, lui dis-je.

Nous nous dirigeons alors vers l’arrière du bâtiment, je crée une personne à l’extérieur du bar pendant que Lucas met sa capuche et devient invisible, Dea met ses lunettes pour ne pas le perdre de vue. Les agents à l’extérieur se jettent sur mon illusion tandis que Lucas inspecte les environs : 

- Euh… y’a plein d’ambulance-coptères mais elles n’ont pas activé leurs sirènes ni leurs gyrophares, dit-il.

- Oula, c’est bizarre ça, commente Dea.

Lucas dit d’une voix paniquée : 

- Euh les gars, y a le pont qui s’est effondré…

- Quoi ?! dis-je. 

Dea sort du bar et regarde la place qu’occupait le pont quelques minutes auparavant : 

- Il y a eu un éboulement, annonce-t-elle, c’est ça qui a causé la chute du pont.

Je sors à mon tour et, lorsque je vois le gros trou qu’a laissé le pont, un sentiment de tristesse vient s’emparer de moi. Ce pont que nous avons vu toute notre vie jusqu’à présent, là où nous faisions nos plus beaux plongeons, là où nous passions chaque matin depuis nos six ans… 

J’essaie de réfléchir à une solution malgré les souvenirs… reconstruire un pont du même genre nous prendrait trop de temps même si c’est ce qu’ils veulent sûrement faire, construire un pont en pierre me semble être la meilleure solution… Je me dirige alors vers Lucas et Dea, mais le départ des ambulance-coptères et l’arrivée des ingénieurs et des architectes me coupent dans mon élan. Les ingénieurs analysent les débris du pont tandis que les architectes évaluent les dégâts et commencent à imaginer les nouveaux plans du pont. J’entends le maître d’œuvre annoncer que, vu l’importance des dégâts et le fait qu’il ne soit pas impossible que d’autres éboulements surviennent, il vaut mieux renoncer au projet de reconstruction, évacuer tout le quartier et le laisser à l’abandon. 

Je cours à toute vitesse vers Lucas et Dea : 

- Les gars ! Ils veulent abandonner le quartier !

- Quoi ?! répondent-ils en chœur. 

- J’ai entendu le maître d’œuvre dire que ça allait être impossible de reconstruire un pont aussi fragile vu qu’on ne sait pas si d’autres éboulements vont se produire ou pas… 

- Mais on ne peut pas abandonner le quartier ! déclare Lucas. 

- J’ai peut-être une idée, dis-je, on peut construire un pont en pierre, il sera beaucoup plus résistant aux chocs.

- Ah ouais, c’est super comme idée, reconnaît Dea en m’adressant un petit sourire.

- Oui mais on n’est que trois et puis, on est juste des ados ! fait remarquer Lucas.

- C’est vrai, mais on peut aider quelques ingénieurs et architectes, dis-je en les regardant malicieusement. 

Nous nous dirigeons alors vers le chantier et nous demandons à nous entretenir avec le maître d’œuvre. L’homme que j’avais entendu tout à l’heure s’avance vers nous : 

- Oui c’est moi. Je peux vous aider ?

Je jette un coup d’œil à Lucas et Dea avant de lui répondre : 

- Oui, nous avons une idée pour reconstruire le pont.

Le maître d’œuvre explose de rire : 

- Vous ? Trois enfants ? Vous allez faire notre métier ? 

- Déjà nous ne sommes pas des enfants, répond Dea.

- Et puis en plus, cette idée nous permettrait de ne pas abandonner le quartier, renchérit Lucas.

Le maître d’œuvre discute avec un autre architecte et un ingénieur puis réfléchit quelques instants : « On vous écoute. »

Je prends la parole : 

- Nous savons que ce n’est pas très High-Tech mais ça a toujours fait ses preuves. Nous pensons que la meilleure chose à faire est de construire un pont en pierre comme il y avait il y a quinze ans de ça.

L’ingénieur intervient sans consulter le maître d’œuvre : 

- Je trouve que c’est une excellente idée ! Nous nous y mettons dès ce soir.

- On peut vous aider si vous voulez, on a quelques particularités, répond Lucas en rigolant, et comme ça on ira plus vite. 

Les trois hommes se regardent et le maître d’œuvre s’exprime : « C’est d’accord. »

Le soir venu, nous commençons les travaux, Lucas et Dea aident les ingénieurs et les architectes pour la forme et la composition du pont tandis que j’aide les entrepreneurs à le construire grâce à ma télékinésie. 

Le lendemain matin, tous les travaux sont terminés et nous allons pouvoir procéder à l’inauguration du nouveau pont. 

Tous les participants à la reconstruction sont présents. Le maire prend la parole et lors de son discours félicite tous les partenaires et se tourne vers nous pour nous adresser ses remerciements : 

- Je remercie aussi Lisa, Lucas et Dea qui ont eu la splendide idée de revenir dans le passé pour nous offrir un pont digne de ce nom. Ils ont également aidé à la construction de ce dernier et ont fait un super travail ! Je vous demande à tous de les applaudir !

Toutes les personnes présentes à l’évènement nous applaudissent et le maire se dirige vers nous avec trois médailles : 

- Voici des décorations créées spécialement pour vous, pour votre aide à la ville et plus particulièrement au quartier Baliri. Je vous décore des médailles du génie civil ! La ville est bien chanceuse de compter parmi ses habitants des jeunes gens qui s’impliquent autant et qui ont su éviter la perte d’un quartier symbolique comme celui-ci.

Le quartier reprend donc sa vie, le pont porte à présent nos noms, la vie redevient paisible, comme si rien ne s’était passé.

 

 

Corte au temps des hordes

En attendant le second tome du roman d’Anouk Langaney qui arrivera bientôt (Le Temps des hordes – Soupçons), les élèves de troisième du Collège Pasquale Paoli de Corte se sont mis au travail. Ils ont imaginé, chacun de leur côté ou en petits groupes, leur propre suite en répondant à ces questions : « À quoi ressemblera ton lieu de vie en 2036… quelle catastrophe pourrait s’y produire ? Comment t’en sortir (avec le super-pouvoir de ton choix !?). À toi d’écrire ». 

22 nouvelles ont été écrites dans le cadre du projet littéraire Corte au temps des hordes, dont celle-ci, par des élèves de la 3e Verte.

Avec la complicité de Stéphanie Fede Vincensini et d’Anouk Langaney.

Pour lire les autres textes c’est ICI

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