V. Feretti, N. Pantalacci, J.-C. Ferrari et L. Sansonetti - Coup de froid

  

C’est dans les pires moments que les talents cachés sont les plus utiles. Une histoire qui souffle le chaud et le froid, racontée par Vincent Feretti, Nathan Pantalacci, Jean-Christophe Ferrari et Laurent Sansonetti.

 

 

Coup de froid

 

Nous sommes le 24 novembre 2036. Nous allons tous les quatre au Café de France sur la place Padoue. Nous nous installons à table et le robot serveur vient à notre rencontre. Nous commandons un apéritif, quatre cocktails « caméléon », des boissons qui changent de couleurs en fonction de la quantité restante de liquide. Le droïde s’en va. Par la baie vitrée, on aperçoit la statue d’Arrighi de Casanova, qui a été remplacée par un hologramme. Tout autour sont garées plusieurs magné-cars, des voitures qui lévitent au-dessus du sol grâce à un système d’aimants sur les routes. Un groupe d’adolescents passe devant nous sur leurs trottidrones. Le bâtiment de l’autre côté de la rue est en rénovation, des systèmes projettent une image de ce qu’il sera une fois les travaux finis.

Nous sirotons tranquillement nos boissons quand la télévision géante du restaurant s’allume.

« Tiens, vous avez vu à la télé ?, demande Jean-Christophe.

- Non, répond Vincent, que se passe-t-il ?

- Le gouvernement américain va lancer une bombe pour refroidir l’atmosphère afin de contrer le réchauffement climatique, déclare Nathan.

- Et ça va marcher ? demande Vincent, sceptique.

- Le président américain assure que ça va fonctionner. »

Le présentateur explique tout ce qui va se passer et dit que c’est la meilleure chose qu’ait faite l’humanité, depuis que l’homme est allé sur Mars.

« Regardez, ça commence ! »

On voit un objet gris s’élever dans le ciel à toute vitesse. Sur le bord de l’engin est écrit : « SpaceX ». Un compte à rebours commence, et tout le monde crie :

« Cinq, quatre, trois, deux, un,… »

L’image de la caméra se coupe, la télé n’affiche que de la neige. « Vous trouvez pas qu’il fait un peu froid ? », demande Vincent. Soudain, du givre recouvre la baie vitrée et nos boissons se transforment en glaçons. « Mais qu’est-ce que c’est que ça ? », demande Laurent, affolé.

À la télé le présentateur apparaît. Il a l’air terrorisé. Tout en bégayant, il dit : « Il y a eu un problème avec la bombe. Apparemment les scientifiques ont commis une erreur. La bombe a eu un effet beaucoup plus puissant que celui espéré. Elle a trop refroidi l’atmosphère, et un blizzard d’une violence inouïe approche. Cachez-vous vite dans un souterrain ou dans un lieu protégé, mettez-vous à l’abri, loin des fenêtres. Citoyens, bonne chance. »

La télé affiche un écran noir, et la panique s’installe chez les passants. Tout le monde crie, court, hurle, sans trop savoir quoi faire.

«  Les gars, faut trouver un endroit où se planquer, vite, dit Laurent.

- OK, attends, je réfléchis », répond Vincent.

Il réfléchit pendant une fraction de seconde puis il dit : « Dans la salle de gym du collège, elle a été refaite récemment, ça nous protégera. » Il a toujours été impressionnant Vincent, il réfléchit si vite, on n’a pas le temps de dire un mot qu’il a déjà trouvé une solution.

« Vous ne trouvez pas que les gens marchent très lentement quand même ? demande Laurent.

- Quoi ? répond Nathan, pourquoi est-ce que tu parles aussi vite ?

- Je parle normalement

- Non, tu parles hyper vite, on comprend rien.

- Ah, ouais, ça doit être ce truc que j’ai depuis que je suis petit, quand je vais plus vite ou plus lentement que tout le monde.

- Maintenant tu parles lentement ? On a d’autres choses à faire non ?

- C’est rien, t’inquiète pas, sauvons-nous !

- Et les autres personnes ?, demande Jean-Christophe

- Partez devant, je les avertis et je leur dit de venir avec nous », répond Laurent.

Nathan, Vincent et Jean-Christophe partent, et au bout de cinquante secondes, ils voient revenir Laurent.

« Qu’est-ce que tu fous ? T’avertis pas les gens ?, crie Vincent dans la tempête grandissante.

- C’est déjà fait, ils sont derrière nous, répond Laurent.

- Comment t’as fait ça ?

- Bah, je suis allé les voir, je leur ai dit de nous suivre et je suis revenu.

- Mais c’est impossible d’être aussi rapide.

- On parlera de ça après, pour le moment, on fonce au gymnase. »

On traverse le cours Paoli sous la neige, et on atteint enfin le collège. 

« Les gars je vais au Spar pour prendre à manger », dit Laurent.

Il part, puis il revient quinze minutes plus tard.

« C’est trop lourd, je n’arrive pas à tout porter.

- J’arrive pour t’aider », dit Nathan.

Ils arrivent au magasin abandonné par ses propriétaires, et Nathan prend une caisse, met toute la nourriture possible dedans et la soulève.

« Comment tu fais ça ? demande Laurent, ça doit peser plus de quatre-vingt kilos !

- Tu parles, c’est léger, je peux même en prendre une deuxième. »

Il prend une deuxième caisse remplie de provisions, et les deux amis se dirigent vers le collège, où Vincent et Jean-Christophe les attendent.

« Le portail est bloqué ! On peut pas rentrer !, crie Jean-Christophe

- Attends, laisse-moi faire », dit Nathan.

Il pose les deux cageots pleins de vivres et donne un coup dans le portail, ce qui casse le verrou, et ouvre la barrière.

« Comment tu fais ça ?, demande Jean-Christophe stupéfait.

- Je tape fort dans le portail et il s’ouvre, répond Nathan.

- Mais ce n’est pas normal que ça casse.

- Il doit juste être abîmé.

- Mais ils l’ont remplacé il y a un mois !

- Je ne sais pas alors, pas grave, allons nous réfugier. »

Nous courons dans la cour et nous descendons les escaliers à toute vitesse, et nous nous retrouvons devant la porte du gymnase. Vincent essaie de l’ouvrir, mais la porte ne bronche pas.

« Laisse-moi faire, je vais l’ouvrir à ma manière, dit Nathan

- T’es fou ? Si on la casse le froid va s’engouffrer et on va finir comme des glaçons, répond Vincent. Il faudrait trouver un moyen de l’ouvrir sans l’abîmer.

- Une seconde, j’ai une idée, déclare Jean-Christophe. Est-ce que quelqu’un a une épingle ou un truc du genre ? »

Dans la foule qui nous accompagnait depuis maintenant un bon moment, une jeune fille lève la main. Jean-Christophe se dirige vers elle et cette dernière lui donne une petite épingle à cheveux. Jean-Christophe l’insère dans la serrure et commence à la tourner dans tous les sens, et au bout d’une minute, on entend un léger « clic » et la porte s’ouvre.

« Où est-ce que tu as appris à faire ça ? demande Laurent.

- Je sais plus comment je l’ai appris, mais c’est vachement utile, lui répond Jean-Christophe.

- Les gars, désolé de vous déranger, mais je viens de recevoir une alerte sur mon téléphone qui dit que la partie la plus violente de la tempête sera là dans dix minutes », dépêchons-nous, crie Nathan.

On rentre tous dans le gymnase, et il y fait aussi froid que dehors.

« Le chauffage est en panne, on va crever de froid, crie un inconnu paniqué.

- Attendez, emmenez-moi au système du chauffage, je vais le réparer. »

Il est incroyable ce Jean-Christophe, il sait toujours tout réparer. La moindre chose en panne, il la répare en quelques secondes.

« Mais on n’aura jamais le temps de faire l’aller-retour en dix minutes, s’exclame Vincent.

- T’inquiète pas, je m’en charge, dit Laurent. Jean-Christophe, monte sur mon dos !

- J’ai des choses plus importantes à faire non ?, répond ce dernier.

- Fais-moi confiance. »

Jean-Christophe monte sur son dos et Laurent part à la vitesse de l’éclair. Quand ils arrivent à destination, Jean-Christophe descend, les yeux exorbités, le cœur battant à cent à l’heure.

« C’était quoi ça ? demande-t-il, terrifié, je suis jamais allé aussi vite de ma vie.

- C’est rien, t’inquiète pas, c’est normal.

- Tu me fais plus jamais ça, OK ?

- OK. »

Avec un tournevis qu’il a toujours dans son sac (c’est bizarre mais il dit que ça sert toujours), il démonte et remonte le système de chauffage en un rien de temps. Une fois les réparations finies, il dit : « C’est bon, ça marche, mais il faut se dépêcher, il ne nous reste que deux minutes. » Jean-Christophe remonte sur le dos de Laurent et un autre tour de Formule 1 plus tard, ils rejoignent les autres au gymnase et s’enferment en mettant une des caisses devant la porte, avec l’aide de Nathan.

Des heures ont passé. Nous nous sommes relayés avec nos téléphones pour écouter la radio et savoir si on pouvait sortir. Cela fait déjà un jour que nous sommes confinés dans la salle de gym quand soudain Vincent, qui écoutait la radio dit, heureux : « Les gars, venez écouter ça ! ».

À la radio, un homme parle, et dit que le problème climatique a été résolu grâce à une autre bombe, qui a eu l’effet inverse, ramenant le climat à la normale.

Nathan débloque la porte, et nous sortons tous sous un beau soleil, au milieu des flaques de neige fondue. On rentre tous chez nous, dans l’espoir qu’il n’y aura plus de telle catastrophe dans le futur, et que l’on réfléchira plus longtemps sur des choses décisives pour l’humanité.

  

 

 Corte au temps des hordes

En attendant le second tome du roman d’Anouk Langaney qui arrivera bientôt (Le Temps des hordes – Soupçons), les élèves de troisième du Collège Pasquale Paoli de Corte se sont mis au travail. Ils ont imaginé, chacun de leur côté ou en petits groupes, leur propre suite en répondant à ces questions : « À quoi ressemblera ton lieu de vie en 2036… quelle catastrophe pourrait s’y produire ? Comment t’en sortir (avec le super-pouvoir de ton choix !?). À toi d’écrire ». 

22 nouvelles ont été écrites dans le cadre du projet littéraire Corte au temps des hordes, dont celle-ci, par des élèves de la 3e Verte.

Avec la complicité de Stéphanie Fede Vincensini et d’Anouk Langaney.

Pour lire les autres textes c’est ICI

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