Écrire pour Santini – Cher Jean-Pierre Santini – Marina Fondacci

   

Jean-Pierre Santini, l’écrivain-éditeur est libre depuis le 10 décembre après avoir été emprisonné sous le régime de la détention « préventive » deux mois durant. Nombreux sont ceux qui lui ont écrit durant cette période pour le soutenir et s’élever contre l’arbitraire. Le Nouveau Décaméron publie les derniers textes reçus…

 

Cher Jean-Pierre Santini,

 

Je ne vous connais pas, pourtant vous êtes entré chez moi au cours du mois d'octobre 2020, vous vous êtes invité à ma table et vous êtes imposé dans mes conversations, vous avez occupé ma pensée.

Curieusement, cette soudaine familiarité, nous la devons à une chose détestable et puissante, une chose sans âme et sans le moindre discernement d’humanité… quelqu'un qui vient, sournoisement mais si sûrement, vous saisir au petit matin, toujours à la même heure,  dans les mêmes habits.  Quelqu'un qui vient, drapé d'une vilaine légitimité,  pour attacher vos mains.

C'est ce qui vous est arrivé.

On est venu vous prendre, et voilà que des milliers de Corses, même ceux que vous ne connaissiez pas, vous ont laissé entrer chez eux.

C'est si simple et si silencieux… un serrement de cœur… ce petit signe incontestable de notre fraternité, un serrement de cœur qui porte votre nom.

Votre déportation est bouleversante et nous laisse perplexe et choqués, elle nous confirme froidement que oui, la répression, assujettie et aveugle, continue en l'an 2020 d’obéir à son maître orgueilleux pour nous rappeler que nous ne pouvons pas avoir à son égard le moindre désaccord,  la moindre contestation, ni le moindre désamour…

Il vous garde à présent, enfermé dans ses bras glacés alors même que vous n'avez jamais aimé qu'il vous enlace, vous pressant contre lui, menaçant et aveuglé de dépit.

Évadez-vous ! Fermez les yeux comme une femme conquise de force à qui on prend mais qui ne donne rien, évadez-vous en songeant fort à d'autres bras ! Ces bras tendres et fidèles qui rêvent de vous tenir à nouveau, à ces mains qui se tendent pour vous faire signe d'amitié, à ces poings qui se lèvent pour nommer votre captivité.

Évadez-vous en songeant au parfum de nos maquis sauvages, celui qui court et arpente délicieusement nos petits murs de vieilles pierres, celui qui descend par les petits chemins jusqu'à la mer… Oui, respirez le fort en pensée, afin qu'il domine et comme une victoire finisse par chasser l'odeur injuste de tous ces jours et toutes ces nuits loin de chez vous. Laissez donc l'immortelle et la menthe sauvage des rivières gagner votre cellule, y tresser des bouquets invisibles aux yeux de vos geôliers.

Évadez-vous en songeant au soleil, le nôtre, celui qui a ce don si merveilleux d’ubiquité que le leur n'aura jamais. Celui qui peut réchauffer à la fois le sable nonchalant et la forêt robuste, celui qui se couche, rouge, vif, ému par autant de beauté sous la paume de ses mains et sous ses doigts de feu .

Évadez-vous en meublant le silence de nos pensées, et parlant à ceux qui vous écrivent, en cherchant au fond de vous l'enfant, l'adolescent, l'homme enfin qui ne pourra jamais être des leurs et qui tous ces temps-ci est tellement des nôtres !

Posez votre regard sur chaque minuscule angle de vue qui puisse vous laisser voir un instant tout ce qui fait votre différence, votre richesse.

Ouvrez chacune des fenêtres qui puissent vous laisser entrevoir un retour, peu importe que leurs volets soient clos, vous les enjamberez pour courir à nouveau et plus intensément qu'avant tandis que notre langue chantera votre nom, comme un refrain rythmé et entêtant,  une rime dans nos consciences.

À PRESTU.

   

 

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