[Écrire pour Santini] Le voilier – Anthony Sanchez

  

Jean-Pierre Santini, l’écrivain-éditeur est emprisonné depuis le 10 octobre sous le régime de la détention « préventive ». Contre l’arbitraire et pour servir de chambre d’écho à l’émotion partagée par de très nombreux auteurs de Corse ou d’ailleurs, Le Nouveau Décaméron ouvre ses colonnes.

   

   

Le voilier

Aux voiles déterminées, gonflées grâce à une brise thermique réchauffée par les rais du soleil au zénith, à la carène surélevée, à son corps embrassant la surface de l’eau comme deux amants, le majestueux voilier, vent arrière, fendait les flots et gîtait à corps perdu dans l’immensité — sa fougue resplendissait dans ses mouvements sans contrainte ; puis, en fin de journée, les rides de la mer se muèrent, par endroits, en vallées par la force du vent. En quête de souveraineté, le navire, lui, toujours en lutte, bravait la mer à en perdre la raison. L’équipage — un seul homme au corps meurtri —, harnaché, domptait ce monstre en bois interagissant avec la violence de la nature ; ses mains gantées s’affairaient. Régulièrement, des giclées d’écume caressaient le pont à chaque saut prévisible : les vagues creuses offraient un terrain de jeu supplémentaire à cette embarcation que l’astre flamboyant magnifiait en créant des reflets hypnotiques, visibles de la côte.

Non loin de là, par delà l’horizon, de multiples voiles accrochées à des mâts pointus propulsaient aussi des coques aux drisses tendues, dans la même direction. Le même scénario impressionnait les plaisanciers et apaisait les tourments de l’homme au corps chétif.

Non que celui-ci refusât cette force indomptable, mais l’endurance, la force, la témérité, tout l’obligeait à accepter ce grand frais à la puissance démesurée ; sur l’île, les branches des arbres remuaient, les girouettes tournoyaient…

Malgré cette mer déchaînée aux mâchoires arrogantes se refermant avec rage sur cet intrus à la façon d’un requin vindicatif, le voilier, enhardi, profitait de son impétuosité et de son ingéniosité, en écrivant un chapitre du livre de sa vie, dont le titre ne pouvait être que « Libertà ».   

   

  

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