[ Écrire pour JP Santini ] Jeanne Simeoni - À JP Santini

     

Jean-Pierre Santini, l’écrivain-éditeur est emprisonné depuis le 10 octobre sous le régime de la détention « préventive ». Contre l’arbitraire et pour servir de chambre d’écho à l’émotion partagée par de très nombreux auteurs de Corse ou d’ailleurs, Le Nouveau Décaméron ouvre ses colonnes.

    

    

À JP SANTINI,

  

«Tirons notre courage de notre désespoir même » (Sénèque).

    

« J’étais un homme libre ! », murmura-t-il.

   

Sa main, un instant suspendue aux absences du temps, quêtait dans le silence l’appel des souvenirs. Elle retombait tremblante sur son front tourmenté, explorait lentement le cours de ses rides où perlait par endroit l’humeur d’un effort intense. Les stigmates de la vie en parcouraient son lit….

Alors…….soudainement transposé dans le décor pastoral de son enfance, les braises du fucone enluminaient son visage. Mû par cette chaleur, grisé par le climat étrange des solitudes de lendemains d’orages, l’ombre de ses mains réveillait le passé. Elles animaient soudainement le décor en libérant la vague obsessionnelle de ses pensées et le roman de sa vie aux pages écornées s’offrait à l’écoute.

L’enfant remontait aux sources de l’Histoire, l’imprimait dans sa mémoire, en ignorant encore qu’elle hanterait sans trêve son imaginaire.

Le voile se déchirait……………………le songe ouvrait sa brèche…………….

U Niolu, C’était le royaume des nuages et des mouflons. Les seigneurs des cimes franchissaient les cols, répandant l’âcre odeur fauve de leur souffle éperdu. Aux vapeurs ombrageuses des naseaux répondaient un frisson farouche ondoyant sous le cuir de leur peau.

L’horloge du salon égrenait lentement la remontée du temps et, en cet instant occulte, martelait en sourdine la marche des troupeaux de transhumance, au grondement sourd, dont l’apparition épique s’accomplissait dans un nuage immatériel.

Petru-Ghjuvan en un geste noble levait son bâton…..

Les ombres floues, noyées dans les vapeurs éparses, hélées par l’impérieuse sente ancestrale, sombraient dans le défilé rocheux de la Scala di Santa Regina pour se perdre par-delà les monts, vers les landes languissantes de Balagne.

Nulle entrave, nuls fers, nulle chaîne, dans le regard de celui qui lit dans les étoiles.

  

  

  

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