[ Écrire pour JP Santini ] Dominique Taddei - Monsieur Santini

      

Jean-Pierre Santini, l’écrivain-éditeur est emprisonné depuis le 10 octobre sous le régime de la détention « préventive ». Contre l’arbitraire et pour servir de chambre d’écho à l’émotion partagée par de très nombreux auteurs de Corse ou d’ailleurs, Le Nouveau Décaméron ouvre ses colonnes.

  

  

M Santini,

Je suis outré par la décision de justice prise par le juge qui vous a incarcéré alors que nous savons tous que vous n'avez rien d'un révolutionnaire prônant la haine et la vengeance.  Je ne suis pas un écrivain, simplement un chercheur en histoires qui se sont déroulées en Corse. 

Alors pour vous faire oublier un court instant ces longues journées dures et difficiles à vivre, voici quelques anecdotes qui j'espère, vous feront sourire. 

Je vous souhaite beaucoup de courage. 

Dominique Taddei 

  

  

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Il s'agit d'un jeune officier de marine américain qui était basé sur une vedette lance-torpille ancrée dans le vieux port de Bastia au printemps 1944. Ce jeune officier était descendu à terre, comme on dit dans la marine. En rentrant le soir tard pour rejoindre son bateau, une jeune bastiaise cachée dans un couloir d'immeuble lui avait fait signe. Intrigué il s'avança vers elle et il comprit très vite quelles étaient les intentions de la jeune femme. Aventure que tout marin ou tout homme solitaire espère connaître. Il se trouva très vite dans une position d'abordage, lorsque soudain il aperçut une tache de sang sur son pantalon d'uniforme d'été (blanc). Le pauvre bougre crut à une tentative d'assassinat. Il prit ses jambes à son cou et n'étant pas loin du vieux port, il se précipita sur sa vedette. Par chance, le marin infirmier était présent et dès qu'il baissa le pantalon, ils réalisèrent qu'il s'était coupé le pénis avec un poil de la belle meurtrière. Gros soulagement et gros éclats de rire, l'homme était sauvé. L'histoire ne s'arrêta pas là. Pendant la guerre tout soldat blessé mérite récompense, alors l'officier de bord apprenant la mésaventure de son officier en second le proposa pour une médaille appelée aux États-Unis "Purple Heart".  Et c'est ainsi que grâce à un fait d'arme dangereux survenu à Bastia, un jeune officier reçut une décoration.

  

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Encore un soldat américain se baladant dans la région de Solenzara, il rencontra un berger corse et entama une discussion avec lui. Comme notre GI's était un fermier, il fut très surpris de voir le berger souffler dans la jambe de l'agneau pour soulever la peau. Il pensa qu'il pourrait faire la même chose avec ses veaux américains. 

    

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Des jeunes soldats américains sont montés en Dodge dans un village de montagne pour acheter un jambon corse comme ils l'avaient fait la semaine précédente. Seulement voilà le Corse n'avait plus de jambon, alors il sortit de la maison et commença un chjama è rispondi avec son voisin qui était supposé en avoir un. Les Américains le voyant hurler crurent à un cri de guerre. Ils s'enfuirent comme des voleurs.

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Des jeunes Corses de Chiatra avaient imaginé un système sans faille pour chaparder les lampes torches accrochées sur les tableaux de bord des jeeps américaines. Pendant que les GI's buvaient des verres de Cap Corse et de pastis, les jeunes prenaient les lampes, dévissaient le culot, sortaient les piles et remettaient les lampes à leur place d'origine. Ils ouvraient le capot dévissaient le DELCO, le refermaient et se cachaient dans les fourrés jusqu'à la sortie des soldats. Ces derniers plus ou moins bourrés essayant de démarrer le moteur en vain, ouvraient le capot et allumaient la lampe pour trouver la panne ; comme elle ne s'allumait pas, excédés ils la balançaient dans les fourrés, il n'y avait plus qu'à la ramasser. 

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Deux jeunes officiers américains vont partir en permission à Rome, ils vont acheter des lires italiennes au bureau de change de Cervioni. En redescendant vers le terrain d'aviation d'Alesani, ils loupent un virage et ont un accident assez sérieux. Ils sont éjectés de la jeep. Le premier se réveille, son visage était ensanglanté et c'est là qu'il voit une Corse âgée d'une cinquantaine d'année lui essuyer le visage avec son mouchoir blanc. Son mari essayait de soulager son copain qui était sérieusement blessé. Heureusement pour eux l'accident avait eu lieu tout près de l'hôpital militaire américain de Cervioni. Une ambulance arriva et embarqua les deux blessés. Celui qui m'a raconté cette histoire m'avait décrit la scène. Lorsque les portes de l'ambulance se sont fermées, il avait vu le mari corse mettre son bras sur l'épaule de sa femme pendant qu'elle agitait son mouchoir taché de sang.

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Toujours à Cervione, un Military Police était tombé amoureux d'une jeune fille de Cervioni, il voulait absolument l'épouser mais elle ne voulut rien entendre. Le pauvre soldat partit bien triste mais elle avait consenti à lui donner une photo d'elle. 

Revenu aux États-Unis, le MP avait ouvert un bar et avait accroché à un mur la photo de la jeune Corse. 

Une année, deux Corses entrent dans le bar et l'un d'entre eux dit : « Mì, mì, mì, si diciaria à Zezeppa ! » Le MP se précipita en criant :  « Yes! Yes ! Zezeppa from Cervioni ! ». 

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À Chiatra, l’officier pilote, basé à Alesani, qui avait participé à la lutte contre les moustiques en Corse était tombé amoureux d’une jeune fille de Chiatra, elle non plus n’avait voulu rien entendre. L’Américain en prit son parti. Pourtant début avril 1945, date du départ des Américains de Corse, le village de Chiatra vit arriver deux bimoteurs C-47 ou DC 3 le survolant, puis quelques instants plus tard des sacs furent largués avec des friandises et des cadeaux. Une manière de dire : « Ce n’est qu’un au revoir ». 

 

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Une histoire mais pas américaine : je suis un ancien chef de cabine d’Air France, nous étions en escale à Tokyo, un jeune steward avait attrapé des morpions à Téhéran, il m’appela à l’aide et je m’arrangeai pour téléphoner au médecin japonais des équipages d’Air France. Voici le dialogue :

Moi : - Good morning doctor, one of my steward has caught some crabs (morpions) 

Le docteur : - What is Crabs ? 

Moi : (embarrassé) - It’s a little animal walking in the hair (c’est un petit animal marchant dans les poils).

Le docteur : - Is it a cat ? A dog ?  

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Une formation de bombardiers rejoignant la Corse avait subi de lourdes pertes, c’était le silence total, le moral était à zéro. Aux États-Unis, il y avait une émission radio qui faisait parler un croquemort qui était un acteur de cinéma très connu.  

Alors un jeune copilote prit le micro et imita la voix inquiétante du croquemort prononçant les dernières paroles de l’émission : « We all shall die !! » (« Nous allons tous mourir ! »), déclenchant l’hilarité générale.

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Une vedette lance-torpille sortit du port de Bastia pour se rendre en mission sur la côte italienne. Arrivée non loin de l’objectif, les canons ennemis firent feu de toute part. Un obus éclata non loin de la vedette occasionnant une lueur éblouissante. Un jeune bleu pris de panique cria : « Did you see the light ? » (Avez-vous vu la lumière ?) Alors un vieux briscard lui répondit : « Yes we saw the Light Alléluia ! » ! (Oui nous avons vu la lumière, Alléluia !)

  

  

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