[ Écrire pour JP Santini ] Alexia Angeli - J'accuse

 

 Jean-Pierre Santini, l’écrivain-éditeur est emprisonné depuis le 9 octobre sous le régime de la détention « préventive ». Contre l’arbitraire et pour servir de chambre d’écho à l’émotion partagée par de très nombreux auteurs de Corse ou d’ailleurs, Le Nouveau Décaméron à ouvert ses colonnes.

 

 

J’accuse

  

J’accuse ce pays du diable, ce territoire de France qui se revendique celui des droits de l’Homme.

J’accuse cette iniquité, cette soi-disant terre des Lumières de deux poids, deux mesures qui place sous liberté surveillée ses illuminés se réjouissant de l’abominable crime d’un enseignant et qui n’hésite pas à emprisonner son Voltaire.

J’accuse l’État français de dénigrer notre peuple corse par son mutisme quant au sinistre sort qu’est réservé à son fervent défenseur de 76 ans, à la santé fragile, en grève de la faim depuis 21 jours, injustement emprisonné entre les quatre murs gris de  Fresnes.

J’accuse les hautes sphères et tous ses acolytes qui prônent fièrement la liberté d’expression tout en condamnant un homme de lettres, un éditeur, un ancien instituteur qui a tant fait pour promouvoir la culture sur son île et en dehors à une mort absurde et imminente.

J’accuse cette insulte, cet outrage fait à notre île à travers son écrivain, son poète en dénigrant nos racines et notre histoire.

J’accuse le traitement réservé en 2020 à cette pupille de la nation dont le père Jean-Dominique Santini, est mort pour la France.

J’accuse cette ignominie de la serrure qui retient un esprit voyageur et ses compagnons de route loin de leur terre et des leurs.

J’accuse de trainer dans la boue un humaniste, un altruiste, un pacifiste choisi trop facilement par l’État français comme bouc-émissaire de son délabrement  pendant qu’une poignée de terroristes courent toujours dans les banlieues.

J’accuse ce manque de discernement concernant un homme dont la seule arme des mots n’a jamais fait couler que son encre.

J’accuse cette médiocrité, cette ignorance, cette inhumanité, cette injustice !...

Réveille-toi, pauvre France ! Toi qui apprécie la sauvagerie de nos paysages et qui baigne chaque été dans nos eaux. N’oublie pas que cette tranquillité est due à quelques hommes courageux, parmi lesquels des pionniers, amoureux de leur terre comme Jean-Pierre Santini ont toujours prôné intelligemment la paix. La Corse n’est pas que ton lieu de villégiature. Elle possède une identité et des valeurs que tu sembles avoir perdues...

Le 18 juin 44, alors qu’il s’apprêtait à devenir père, Jean-Dominique  Santini, lui, ne les a pas oubliées. Sur l’île d’Elbe, posté à l’ombre d’un figuier, parmi son bataillon composé de ses fidèles compagnons les goums, il s’est définitivement  endormi sur son rêve de paternité. Pour ta liberté et l’amour de ta patrie, il a fermé une dernière fois ses yeux sur sa Corse. À travers son unique héritier, est-ce vraiment l’exemple que tu veux laisser à nos enfants ? À son fils ?

J’accuse aujourd’hui cette inégalité, cet excès de zèle, cette privation despotique de liberté, ce manque déplorable de fraternité qui anime tes couleurs. France, comment oses-tu ?

Honte à toi ! J’Accuse ! J’accuse ! J’accuse !

   

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