La femme aux livres - Florian Galinat

Une promenade nocturne dans le monde des livres qui veillent avec nous. Premier cadeau proposé par Florian Galinat (à suivre…).

  

LA FEMME AUX LIVRES  

La nuit a éteint la lumière dans un cri de silence. Le sommeil m’a échappé me laissant seule dans les plumes de mon lit à regarder le plafond noir. Sans déranger l’homme endormi, je me lève pour emprunter le chemin du couloir. Afin de garder la poésie de l’instant, mon soleil de nuit sera cette bougie endormie.

Ils sont tous là, enrobant dans leurs couvertures les mystères de leurs intimités de papier. Les livres fermés ont toujours froid. La bougie fait danser les auteurs entre eux au rythme des titres et des éditions. Les livres sont des fragiles fenêtres. Certaines s’ouvrent sur des forêts d’automne lorsque d’autres invitent le vent fleuri d’un linge de printemps.

Je me retrouve dans les souterrains de la rue Montgomery au bar du Masque Noir avec Mardou Fox et ce vieux Jack, titubant d’espoir sur un air de Jerri Winters. Je m’échappe avec Henri Vincenot à la rencontre du Pape des escargots dans la campagne bourguignonne. Je suis quelques chemins oubliés et découvre de vieilles vignes non vendangées. Je respire l’humidité des dimanches gris, la poussière de bois des granges vulnérables, les lichens noirs de la pierre des maisons de vacances. Au loin résonne un poème de Lisbonne, c’est Fernando Pessoa et « sa fugace tabatière hors de sa poche est tombée ».

Le froid du sommeil vient me couvrir. Je dois fermer la fenêtre mais avant je me plonge dans l’hylogénie de Mircea Eliade pour sortir de l’eau du baptême de l’Homme nouveau. Ma bougie en robe de perle, nage une dernière fois dans l’eau de la nuit. Je reprends le chemin du couloir pour rejoindre l’homme endormi.

        

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