Jean-Michel Mancini - « Nous étions en transe… »

 

Témoignage de Jean-Michel Mancini

 

 

« Nous étions en transe… »

 

[Jean-Michel Mancini répond aux questions d’Alexandre Oppecini]

 

« Je ne suis pas fan de foot… Le seul match auquel j’avais assisté était Bastia-Nancy… La finale était un événement à ne manquer sous aucun prétexte ! J’étais à l’époque comme beaucoup de jeunes (j’avais 21 ans en 1992) passionné par le sport automobile, mais avec mes amis nous avons décidé de rater des spéciales du Tour de Corse pour assister à l’événement, le match Bastia-OM.

Comme je l’ai dit précédemment je n’étais pas un grand passionné de foot… Mais là c’était un événement tellement important qu’il ne fallait le rater pour rien au monde. Avec mes amis, nous avons réussi à avoir des places en tribune nord… La fameuse tribune celle sur laquelle tout le monde rêvait d’assister à la finale…

Effectivement, nous avons entendu parler et vu les images de la construction plus que rapide de cette tribune, et d’ailleurs ce fameux 5 mai en arrivant au stade nous avons été impressionné par sa hauteur… en passant sous la tribune pour aller nous installer nous avons même constaté que certains des piliers reposaient sur des planches de bois ou des agglos…

Cette journée du 5 mai restera à jamais gravée dans mon esprit, je me rappelle de chaque instant, chaque minute…

Le matin de ce 5 mai nous sommes partis avec des amis poursuivre le Tour de Corse, nous sommes dans un premier temps montés à Ajaccio (nous sommes tous originaires et habitions tous à Ghisunaccia). Bien que passionnés de rallye, toute la journée nous avions quand même en tête cette fameuse finale. Nous avions d’ailleurs décoré notre voiture aux couleurs du Sporting Club de Bastia. Après avoir regardé les premières spéciales du côté d’Ajaccio nous avons pris la route pour rejoindre Bastia… Nous étions cinq dans une Renault super cinq. Comme je le disais précédemment nous avons été impressionné par la taille de cette tribune, malgré le fait que nous ayons vu que certains des piliers reposaient sur des planches en bois ou des agglos, nous ne pouvions pas imaginer une seule minute que la tribune allait s’effondrer.

Lors de notre arrivée à Furiani, nous nous sommes tous les cinq sentis portés par les klaxons et les drapeaux et nous sommes installés sur la tribune aux environs de 17 heures

Avec mes amis, nous nous sommes installés tout en haut de la tribune sur la dernière rangée, nous étions en transe.

Pendant les heures qui ont précédé la tragédie, nous avons tous chanté et agité nos drapeaux. Le Sporting Club de Bastia avait déjà gagné ! Il était impossible avec l’ambiance qui régnait à Furiani qu’il en soit autrement ! À plusieurs reprises nous sommes descendus de la tribune pour aller chercher à boire ou à manger à la buvette et à chaque fois nous passions sous cette fameuse tribune en regardant tout en haut.

À l’heure du drame, c’est le chaos…. La chute m’a semblé durer une éternité, dans un fracas énorme avec des cris, des pleurs, des hurlements… et puis le silence et une odeur de mort… Ces moments-là sont marqués à jamais dans ma mémoire… Et je ne peux pas y repenser sans avoir les larmes aux yeux et la chair de poule… Tous mes amis ont été blessés plus ou moins gravement. Étant pompier volontaire, j’ai passé la nuit à aider les secours, Nous nous servions des parties en bois de la tribune pour porter les blessés allongés vers les ambulances… Après plusieurs allers-retours vers la Polyclinique de Furiani, l’hôpital de Bastia et l’aéroport de Poretta, j’ai pu joindre mes parents par téléphone. Ils étaient morts d’inquiétude. À présent, je peux dire qu’il y a un avant et un après Furiani. J’ai eu la chance de ne pas être blessé gravement physiquement (entorse des cervicales, tassement lombaire…) mais cette catastrophe m’a blessé psychologiquement et émotionnellement à jamais.

Les jours qui ont suivi la tragédie ont été pénibles mais ce qui était encore plus pénible ce sont les nuits sans dormir à revoir sans cesse le film de la catastrophe… Par chance aucun de mes amis n’est mort dans la tragédie. Ceux qui ont été blessés ont étés soignés à Bastia et à Marseille.

Des séquelles physiques oui, mais peu importantes bien que les douleurs soient toujours présente à ce jour. Par contre, les séquelles psychologiques sont irréversibles, et rien ne sera plus jamais comme avant le 5 mai 1992

J’ai tenu à assister au procès, le verdict a pour moi été trop clément avec tous les responsables de ce drame… »

 

Question

"Pas de match le 5 mai", quel est votre sentiment ?

« C’est une évidence… et je pense sincèrement que si ce drame avait eu lieu au Parc des princes ou ailleurs en France, les autorités compétentes n’auraient pas attendu 30 ans pour sacraliser cette date… »

 

Question

Des dizaines d'années après, comment cette tragédie a-t-elle impacté votre vie ? Avez-vous fait votre deuil ?

« J’y pense quotidiennement… rien n’a plus été comme avant le 5 mai 1992… j’ai continué à avancer, fondé une famille mais cette tragédie m’a marqué à jamais. »

 

Question

Pour conclure, souhaitez-vous partager avec nous un hommage à un proche ? Aux victimes ? Un sentiment ? Un souvenir ?

« Une pensée particulière à toutes les victimes de la catastrophe de Furiani et à leurs proches. »

  

 

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