Édito de janvier 2022

 

Le pas de côté

La langue française fourmille de ces expressions toutes faites qui nous aident à avancer au plus vite dans nos discussions. En une phrase, le propos est clarifié, presque clos. « Faire un pas de côté » s’est imposé à nous en cette fin d’année 2021. 

« Faire un pas de côté », c’est avant tout faire preuve de sagesse. Temporiser pour voir venir. S’écarter du flux qui bouscule, se mettre en retrait le temps que l’hystérie cesse, se décaler pour avoir un meilleur point de vue. C’est aussi parfois se préparer à changer chemin.  Étudier les options qui s’offrent à nous. 

Ce n’est pas s’arrêter, ni céder à la peur ou à la fatigue. Ce n’est pas hésiter. On peut faire un pas de côté tout en continuant à jouer notre rôle social, à accomplir nos devoirs.

Celui-ci se décide à attraper un pinceau, celle-là à écrire « quelque chose », ça leur est devenu important. C’est une façon de « faire un pas de côté ». L’un retrouve ses enfants, son amour auxquels il ne consacrait plus de temps, l’autre retrouve les désirs d’aventures, des temps de l’adolescence où tous les possibles étaient « à portée de main » (une autre belle expression à retenir…). 

Nous croisons parfois des personnes qui nous marquent par cet art qu’ils ont à savoir faire le pas de côté. Parfois d’en avoir fait la valeur cardinale de leur existence.

Philippe Castellin en fut un. Denis Moretti un autre. Le premier, grand poète philosophe délaissa une carrière prometteuse de professeur, pour laquelle il possédait sans doute tous talents nécessaires, afin de devenir pêcheur de corail. On pense à Rimbaud, tout à coup… un maitre en la matière. Faire de sa vie un poème, mieux que les écrire !

Le second soignait ses patients avec… une patience infinie qu’il savait puiser au fond d’une humanité sans borne. Une humanité inquiète de l’autre. Cette inquiétude de l’autre sans laquelle il n’est pas d’humanité… Il pratiquait aussi le « pas de côté », quotidiennement, avec un simple appareil photo. Il prenait le temps de voir l’autre et trouvait toujours ce moment où la grâce illumine chacun de nous, de façon subreptice, inattendue et subtile. Il s’était fait oublier… pour que l’autre soit là, pleinement. Fait oublier, pas absenté… 

Tous deux sont partis. « De l’autre côté »…

Écrire, s’essayer à la littérature qu’est-ce donc d’autre que de s’essayer à « faire un pas de côté » ? 

Il faut du temps, du recul, de la réflexion et il faut avoir envie de connaître la vie. 

Nombreux sont les auteurs qui depuis bientôt deux ans s’essayent à cela dans le cadre du Décaméron...  Qu’ils sachent qu’ils ont été vus et compris et que s’il y a bien quelque chose qui ne fut pas vain, c’est leur tentative d’offrir leur « point de vue »… leur bel vedere. 

Pourquoi ne pas leur dire merci en ce début d’année 2022 ? Merci de nous avoir ouvert vos yeux… nous y avons vu votre âme. 

Merci de continuer.

Bernard Biancarelli

Thème 1 : Promenade dans le musée personnel. 

Qu’y trouve-t-on ? Des lieux, des personnes, des moments… Toujours sous le signe de la beauté remarquable, de l’exemple.

 

Recommandations aux auteurs :

Les auteurs proposent les textes « définitifs », sans mise en page particulière (sauf cas d’espèce). Les textes proposés sont originaux (édition inédite « papier » ou sur le net) et libres de droits. Ils comptent entre 15 et 20 pages maximum. Les textes sont à envoyer à l'adresse suivante : nouveaudecameron@albiana.fr

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