Doria Pazzoni - Le temps des au-revoir

  

Les au-revoir de Doria Pazzoni

 

Le temps des au-revoir

 

Ça fait trois semaines qu’on bosse ensemble sur le même sujet et je peux te dire que le temps court comme la trotteuse de la montre même s’il nous semble de le marquer au fer rouge et le garder en mémoire pour toujours afin que nos instants celui du groupe aient le parfum du souvenir et le goût du retour pour encore vivre des moments d’échanges et d’écritures pour se laisser guider vers la consigne et faire vivre à son tour des histoires d’enfances de voyages de retours sans se préoccuper du temps qui passe et encore moins des fautes d’orthographe suivant la règle même si celles-ci doivent se faire rares et laisser la place libre au texte qui nous est donné de lire avec beaucoup d’intérêt d’incertitude de jeu de mots d’autant qu’un écrit enrichit l’autre et compromet le temps des au-revoir pour se dire que dans la racine des mots se trouve le tout et je plussoie le maitre de cérémonie qui appelle le fantôme à déambuler se retrouver remonter et démonter les mécanismes pour suivre le fil de nos pensées avoir le doute auquel se raccrochent les maux de cœur s’aventurer sur des chemins de traverse laisser la plume courir je rigole mais taper sur le clavier comme on joue du piano pour raconter et partager à l’autre tisser des liens de sympathie se dire qu’on s’est fait balader le temps d’un samedi après-midi plus précisément le samedi six heures couvre-feu mais sans masque le casque sur les oreilles se connecter avec l’appareil qui marche ou refuse de fonctionner et on est à la merci de la machine l’époque du tout construire ou le béton coule à flot et l’humanité à sa perte mais c’était bien cela le temps d’un écrit se retrouver un jour par semaine laisser mûrir les mots les entendre sonner dans la bouche de l’autre raviver son imaginaire et fabriquer des images des odeurs du son des propos rieurs ou des troubles d’enfants promener son regard dans la croisée de l’autre se sentir embarqué l’espace d’un moment sur la grand-voile des souvenirs comme l’on promène son sac à main que l’on dépose sur le bureau ou sur le canapé vide pour l’occasion de la feuille blanche celle du vide qu’il faut combler pour ne pas sombrer dans le néant de la pensée sentir la fleur le matin la rosée le midi le printemps qui revient la sève les couleurs la beauté de la nature qui révèle les secrets et secoue la mémoire des milliers de saisons qui défilent et défient le temps du renouveau d’un départ qui n’en finirait de partir d’un adieu ô mon Dieu c’est déjà l’heure des au-revoir et pourtant je ne peux supporter de te sentir t’éloigner de moi et je ne me laisserai pas guider sur le chemin de la mélancolie que je connais très bien ce qui me permet de pouvoir y échapper et consigner sur l’aile de mes désirs la marque de fabrique d’un livre où l’on suivrait le personnage sur la route du temps des vies au menton de la gloire aux monuments de nos pleurs à la sueur de nos fronts aux mains d’écailles de lourdes besognes s’atteler à la tâche avec un plaisir jubilatoire et physique et se laisser bercer par des mots bascule à cheval à vélo en voyage aux sourires aux glaces à la fraise la framboise des bois l’insouciance de l’adolescence la fraîcheur le nid le compte à rebours des ans qui reviennent toujours un à la suite sourire aux lèvres légère et créative mature aussi au vécu multiple et poétique où les mots chantent et l’émotion atteint son paroxysme le summum du ressenti et la cascade après l’acmé sur un tapis d’écrivains d’écritures de panneaux de flèches de sens et non-sens du fil et de la route du chemin de l’empreinte du toujours des visions et sensations du toucher du visé du coulé coulerais de la surface aux profondeurs un sens inné de l’aventure une réception de la balle dans le camp des idées du qu’en dira-t-on qu’avec lui avec elle ou un autre soi-même dans la direction des aiguilles de la montre qui s’emballe et avance sans la moindre possibilité d’un retour au grand jour se faufiler à cheval sur la minute et conquérir l’espace remplir le tout agrémenter le jour et rejoindre la nuit pour un sommeil de rêves et l’écharpe à l’oreille et le réveil et les toujours et encore des images qui défilent sous les yeux d’un regard invisible d’une ombre à la pénombre du chiffre aux mots des rires aux jeux des ouvertures des passages aux passagers des tableaux de maîtres ou inconnu des champs de bataille de Napo à Zorba en passant par Lucien ou bien Germain ou Valentin peut-être même Augustin de Routsi à Porticcio jusqu’Ajaccio en passant par Les Vies du Japon à Mimile au calendrier à la place de la révolution jusqu’à l’Opéra et l’hôtel Helliot de Palestre au boulevard des Calissons de la ville aux mélanges d’orient Occident à la Cigale du collège au CES de la pomme rouge du jardin des copains de Nice d’une heure du marbre au pont de la jupe groseille à la place du 26 décembre de l’audace ou le roi mage manchot court de la rue des vieilles filles à la porte de la capitale jusqu’à la confession et des gars de la marine tout ce beau monde s’est côtoyé avec une sensation d’histoires connues malgré les divergences et la diversité d’esprit qui nous a guidé dans un voyage où la critique tient lieu d’avance de reconnaissance du texte et de celui qui l’a écrit avec un certain plaisir de partage ou de connaissance même s’ils arrivaient tard et que parfois l’impossibilité de le lire avant la présentation du zoom nous rendait muet et parfois gênant comme s’il n’avait aucun sens et que c’est pour cela que l’on a abandonné sa lecture alors que pas du tout c’est un concours de circonstances qui a fait tout cela et qu’il faut se dire que le temps manque parfois entre les sommeils ratés les gueules de travers les projets à venir et ceux à faire les partitions à déchiffrer et la langue corse orale à enseigner plus les imprévus et les p’tits trucs que je cacherais puisqu’on ne peut tout dire et qu’il est bon de visiter son jardin secret et tracer la voie sans ponctuation et avancer de Gloria à l’occasion de Madeleine à Zia Catalina jusqu’à la fille de la maison des parents au pain au chocolat à cet homme qui marche de tout son long jusqu’à la bête curieuse enchainée de Dominique à Marcelle en passant par le chêne et le roseau du lièvre et de la tortue du PDG qui n’est pas seulement un érudit mais un Corse d’origine et de cœur professeur d’université spécialiste du XVIIIe siècle du si vieux à sa tête des palaces aux faubourgs de l’ordi au whisky ou La Fontaine au bordel des femmes à la mémoire de la fatigue des explorateurs à Venaco des robes aux résistants ainsi que grand-père et père aimants de Joseph Mondoloni à la plaque des nuages sombres au plafond bas où elle reposait alors ses mains fines sur les touches de l’angoisse aux fougues sauvages ou de l’église Saint Apollon sous x un fils sans prénom confié à la DASS du tsunami familial ou enfin clerc de François G à Maître B en passant par Mireille G Alexandre Olivier Chantal Benjamin Béatrice M à Juan-les-Pins du Chouchou au Codec on chuchote on parle à l’oreille et d’île-Rousse au repas festif au vin de José et Marie-Pierre des réticences aux doutes des objections aux lassitudes des idées noires au temps perturbé des filles à la vie normale des habitudes aux choses du 8 août au printemps travailler en ce jour pluvieux des dimanches aux cousines des enfants aux parents de Lily à ce qui compte des trois étages aux soixante-trois marches on réfléchit du Monop à la Marge du gâteau aux trésors des animations aux hommages du commun à la période et aussi imaginer une promenade dans le village du concours au dessin d’animaux d’actualité de matières du petit poisson deviendra grand de la patience à l’impatience de la médiathèque au Jazz et Muséum de Jean-Marc à Samy des propositions à Jacques de la radio à Camille des bandes des quatre à  Pablo Neruda de l’Espagne au Chili des Philippines à Vivaldi de Milanie Antoine Julien Cyril du courrier postal à la lenteur de la fuite du temps à l’amer regret de la mémoire qui trahit incontournable maladroitement comme l’archet et dansant sur l’écran du petit garçon aux crépitements de la guitare aux bien-pensants des grands au visage de flammes à l’harmonica du jardin à l’effroi de l’arbuste au savoir des pauvres gens des sœurs au Madame des siècles à tout heure du petit homme aux grandes choses de la force du mental des commémorations à la ville des prodiges à la gloire de la guerre des victoires à la défaite du génie au champ de bataille de Sainte-Hélène à l’empereur le tout assis sur un lit de canons des jours avec et des jours sans des va-et-vient des pinceaux de mousse blanche de têtes hautes d’esprit de conquête de galons de bateaux de plumes de jeux de jambes de passion de mocassins de voix d’or à Tino Rossi aux inflammations de colère de la mamma Laetitia Ramolino de gilets de cravates de chants de bringues de danses d’île natale de grand destin d’oubli de mémoire de Julie de la pointeuse aux départs de juillet à Pépère des gros bisous au  bientôt des embrassades de la rue St Charles, d’Abel Gance de Toulon à l’Ajaccienne des emphases aux lieux de mémoire d’escapades d’exposition de portes grand ouvertes d’imaginaire de fascination du temps des adieux du fini des au-revoir et des silences qui en disent long des fins sans fin à non-recevoir des au-revoir qui suivent le fil du dernier jour à l’heure des accolades des derniers mots que l’on se cause et l’on se dit pour avoir la sensation d’être debout à la bobine de l’aiguille et enfiler les minutes au cadran du j’existe et des au-revoir qui sont des adieux à venir un nom de plus sur la liste des connus qui s’allonge pour un simple merci du si grand du savoir et la joie de guider le groupe pour des ultimes encouragements à écrire des histoires que l’on aime se raconter pour revivre les au-revoir sur le dos des années ce n’est qu’un au-revoir sans regret la fleur aux dents les merci les encore et toujours les au-revoir de fin de route le carnet fermé en attente d’un retour et le commencement d’une nouvelle histoire au croisement des routes des abreuvoirs aux lavoirs aux y voir pour y croire à la foire des oies sauvages et petit pois foireux dans le bois des jolies fleurs des au-revoir et des pensées semées de joie et de clarté s’ouvrir au monde et ne pas le regretter chemin faisant il est l’heure de se dire au-revoir à bientôt au plus vite de se voir au revoir à plus plus au revoir de se voir comme un vol de colombes qui déposent leurs écrits pour décrire le monde au revoir et Dieu merci au revoir et à plus plus de se lire de s’entendre de se voir de s’écrire Isabelle la Belle au revoir à plus plus…

  

 

Ce texte fait partie du compagnonnage mis en place entre Le Nouveau Décaméron 2021 et l’atelier d’écriture Racines de Ciel, animé par l’écrivaine Isabelle Miller, dans le cadre des activités littéraires du festival Racines de Ciel

Le thème choisi cette année était « Commémorations publiques, souvenirs privés » articulé autour de plusieurs propositions successives.

La cinquième et dernière proposition à laquelle le présent texte souscrit était : 

Pour la dernière séance, il s’agissait de se dire « au revoir », en une seule phrase mais qui soit la plus longue possible – et quitter l’atelier sans quitter l’écriture…

  

Avis aux lecteurs

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