Jean-Pierre Fleury - Singe, nos excuses

Jean-Pierre Fleury revient sur le « débat d’Oxford ». Évêques et singes se disputent l’antériorité. Aujourd’hui, les politiciens emboîtent le pas aux premiers… comme si rien n’évoluait, jamais !

 

   

Singe, nos excuses

  

Le 30 juin 1860, au siège la British Association for the Advancement of Sciences, commence ce que l’Histoire retiendra sous le nom de "débat d’Oxford", cela va barder sous les lambris de la glorieuse institution. Deux orateurs s’affrontent, Thomas H. Huxley scientifique, étonnant tenant de l’évolutionnisme (pour l’époque) et Samuel Wilberforce évêque et défenseur du créationnisme. L’homme d’église ouvre le débat par un monologue destiné à ridiculiser les révélations faites par Darwin dans L’Origine des Espèces et finit par demander à Huxley, avec toute la condescendance dont peut être capable un notable victorien, s’il pense descendre du singe plutôt par son grand-père ou plutôt par sa grand-mère. Le scientifique rétorque en faisant de la science puis s’humanise en laissant sous-entendre qu’il préférerait avoir un singe comme ancêtre plutôt qu’un évêque...

Après deux jours de débats du même acabit, la joute finit par tourner en faveur du darwinisme. Madame l’évêque d'Oxford, troublée dans ses convictions, s’aventure à contrarier son époux (c’est sans doute pour cela que les évêques français font vœux de célibat) en osant cette réflexion : « Certes nous descendons du singe mais faisons en sorte que le peuple ne l'apprenne pas ».

Depuis les choses ont évolué, (une preuve de plus que Darwin avait raison) les esprits éclairés (vous qui me lisez) auraient plutôt tendance à affirmer : certes nous descendons du singe mais faisons en sorte que le singe ne l'apprenne pas, il risquerait de se vexer. Et présentons-lui nos excuses pour toutes les turpitudes que notre humanité vaniteuse lui a fait subir.

Toumaï, Lucy, Erectus, Sapiens, pendant 350 000 générations, les pithèques ont fait la chaîne (en égarant au passage quelques chaînons) et ont fini par se dresser sur leurs pattes (…leurs jambes) arrière prouvant ainsi, si besoin était, que la théorie de Darwin tient debout.

La conclusion est à Pascal Picq, paléoanthropologue : « Nous ne descendons pas des singes, nous sommes des singes »... des singes nus, ajoute Desmond Morris.

That is the end. Le débat d’Oxford est clos.

Et pourtant de nos jours, plus de 50% des Américains croient que l’homme a été créé tel qu’il existe aujourd’hui. Donald Trump, Mike Pence, son vice-président (le vice est partout) et plusieurs de ses ministres sont donc persuadés être identiques à leurs aïeux contemporains du Jardin d’Éden, de la pomme et du serpent. En un mot, ils avouent ne pas avoir évolué depuis la création du premier homme au sixième jour de la Genèse… Ceci explique peut -être cela !

   

  

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