Les enfants de Pandora - Jean-Louis Pieraggi

  

En ces temps de remise en question, Jean-Louis Pieraggi, offre un court roman scientifique pour éveiller les consciences des jeunes et aussi… des plus grands ! (première partie)

   

  

Les enfants de Pandora

 

« La Terre n’appartient pas à l’homme, c’est l’homme qui appartient à la Terre. » 
Proverbe amérindien

  

Tout se passait comme les savants l’avaient prévu. Tout s’était soudain dégradé : le réchauffement climatique, une extinction massive des espèces, des incendies géants qui dévastaient les forêts et des épidémies de plus en plus fréquentes.

La Terre devenait une planète inhospitalière.

Pourtant, les plus grands climatologues et les biologistes les plus reconnus avaient tous tiré la sonnette d’alarme mais presque personne n’avait entendu leurs alertes.

Bien sûr, nous avions écouté, distraitement, poliment, mais nous n’avions pas réussi à changer nos habitudes, nous avions continué comme si rien ne pouvait s’arrêter. Nous avions même augmenté nos extractions, notre consommation, nos pollutions, jusqu’à la limite, jusqu’au point de rupture, jusqu’à l’effondrement.

Cependant, tout n’était pas perdu, par endroit la vie résistait encore…

 

   

« Ceux qui perdent la capacité de rêver sont perdus »
Proverbe aborigène

 

 

Rencontre

 

C’était une magnifique journée de début de printemps, ensoleillée, trop chaude pour un mois d’avril, et qui invitait à la promenade plutôt qu’aux révisions.

Stella, étudiante en biologie, voyait par la fenêtre de sa chambre la mer toute proche qui scintillait. Elle pouvait presque sentir son odeur.

Malheureusement, à cause de l’épidémie, elle était confinée chez elle.

La jeune fille referma ses livres, son ordinateur et sortit sur la terrasse pour contempler la nature environnante.

Stella habitait un petit village corse qui regardait la mer, adossé à la montagne et entouré d’un des plus beaux maquis de Méditerranée. Toutefois, bien que la machja* soit adaptée aux périodes de sécheresse et aux chaleurs caniculaires, cette végétation, typique de l’Île de Beauté, dépérissait et perdait peu à peu de son incroyable diversité.

Partout dans le monde, des millions de personnes étaient infectées par le virus et la nature, elle aussi, était gravement malade. Stella le voyait, le percevait et en souffrait.

Elle se sentait souvent désemparée et démunie pour lutter contre ce phénomène qui la dépassait.

Une sensation de tristesse et de colère mêlées s’insinua dans son esprit. Alors, dans un élan presque vital, Stella s’installa sur son vélo home-trainer, sans s’échauffer réellement. Elle démarra puis accéléra son rythme de pédalage, encore et encore, jusqu’à ce que ses jambes soient douloureuses et son rythme cardiaque fasse affluer son sang violemment dans tous ses muscles.

Pour le moment, c’était la seule manière qu’elle avait trouvée de lutter contre son anxiété. Son corps répondait à cette douleur psychologique par un besoin primitif d’activité physique intense.

Stella avait réussi temporairement à écarter ses émotions négatives. Elle s’arrêta, rangea son vélo, prit une douche et s’installa sur son lit pour écouter un peu de musique, afin de se détendre complètement.

Au bout de quelques minutes, elle s’endormit…

 

Stella, debout face à l’horizon, s’apprêtait à nager en pleine mer.  Elle passa un peu d’eau sur son visage, se laissa glisser et ondula sur quelques mètres avant de revenir à la surface.

Stella faisait totalement corps avec la mer.

Alors qu’elle nageait toujours vers le large, elle s’inquiéta d’être aussi loin du rivage. Elle s’apprêtait à revenir plus près des côtes quand elle ressentit une étrange vibration le long de sa colonne vertébrale.

Le temps de s’interroger sur la nature de cette sensation, un dauphin fit soudain irruption dans son champ de vision, prit un virage à quelques mètres d’elle et disparut aussitôt.

Passée la première surprise, Stella se dit que c’était sûrement un jeune qui avait quitté son groupe et qui curieux, était venu à sa rencontre. Elle continua à nager mais le dauphin revint rapidement. Cette fois, il était accompagné de deux autres congénères.

Groupés et synchronisés, les dauphins firent de nouveau un virage et repartirent dans la même direction que la première fois.

Après un moment d’hésitation, Stella décida de changer de cap et de nager dans leur sens.

Elle arriva rapidement en vue d’un groupe d’une douzaine de dauphins qui nageaient au ralenti.

Stella percevait quelque chose d’anormal dans leur attitude, elle se rapprocha encore et les dauphins se regroupèrent autour d’elle.

Ils l’accompagnèrent jusqu’au centre de leur banc où des femelles nageaient avec leurs petits, et c’est là que Stella comprit.

Un très jeune dauphin, certainement un nouveau-né, s’était pris dans un énorme sac en plastique. Ses nageoires étaient encerclées par le sac qui créait une résistance et le jeune dauphin n’arrivait plus à nager. Il semblait épuisé et affolé.

Stella s’approcha lentement de lui. Le jeune dauphin la fixait, et, dans ses yeux, Stella percevait toute la détresse du monde. Elle posa la main sur lui et sentit sa peau d’une infinie douceur. Elle manipula avec précaution l’encolure de plastique pour libérer le jeune cétacé de ce piège horrible. Finalement, elle réussit à tout retirer et le dégager. Le jeune dauphin était libre. Il accéléra tout excité de retrouver la plénitude de ses mouvements. Il resta quelques secondes collé à sa mère, puis retourna observer Stella.

Il était sauvé ! Une vague de bonheur la submergea et la fit pleurer malgré elle. Les larmes coulaient et se mélangeaient à la mer.

Stella aperçut la côte qui était maintenant très éloignée. Elle savait qu’elle allait devoir nager longtemps pour revenir sur la plage. Alors, avec regret, elle reprit la direction du rivage.

Subitement, les dauphins réapparurent sous elle. Ils fusaient et se retournaient pour l’observer. Ils se déplaçaient en faisant des figures, vrillaient sur eux-mêmes, ondulaient de concert. Ces acrobates de la mer accomplissaient un véritable spectacle vivant, comme un cadeau, juste pour elle.

Stella nageait avec eux et virevoltait dans une sorte de danse merveilleuse.

Lorsque les dauphins disparurent soudainement, elle n’était plus qu’à quelques mètres du rivage. Elle n’en revenait pas, il lui semblait que son retour avait duré une seule minute.

Elle scruta l’horizon, aperçut les nageoires dorsales des dauphins qui s’éloignaient vers le large. Ils nageaient groupés, solidaires, libres.

La jeune femme ne s’était jamais sentie aussi vivante et n’avait jamais éprouvé cette sensation d’ivresse joyeuse aussi intensément. Tout cela était comme irréel…

Stella se réveilla avec le soleil couchant qui inondait sa chambre.

Une fois revenue à elle, la jeune femme se précipita sur son ordinateur et lança une recherche sur internet.

Elle connaissait des histoires de sauvetages de plongeurs, de surfeurs ou de nageurs par des dauphins mais jamais l’inverse. Elle voulait savoir si des histoires identiques étaient déjà arrivées dans la réalité.

À son grand étonnement, plusieurs cas étaient répertoriés, mais le plus surprenant, c’était que tous ces évènements s’étaient déroulés récemment.

 

 

« La nature entière est un sage instruit »
Proverbe oriental

 

Symbiose

 

Comme tous les lundis matins, le cours « Biologie des écosystèmes* » était assuré par le professeur San Marco.

Mais, confinement oblige, la leçon se déroulait par visioconférence. Monsieur San Marco était un professeur assez âgé mais tout le monde le trouvait sympathique. Stella savait que son professeur était reconnu pour ses travaux sur le phénomène des symbioses* dans la nature. Cette étrange coopération entre deux espèces différentes était très répandue chez les animaux et les végétaux. Parmi les symbioses les plus connues et étudiées, Stella connaissait particulièrement bien celle entre les récifs coralliens et une micro algue, appelée zooxanthelle*. Grâce à cette algue à l’intérieur de leur organisme et à sa photosynthèse*, le corail bénéficie d’un apport en carbone. En échange, les polypes* du corail apportent des nutriments* qu’ils prélèvent dans le plancton. Cette symbiose a permis aux coraux de devenir le plus grand organisme vivant sur terre : la Grande Barrière de corail.

Cependant, bien qu’ils soient apparus il y a plusieurs centaines de millions d’années, 1/3 des récifs de la planète disparaissent depuis 50 ans à cause du réchauffement climatique et de l’acidification des océans.

Heureusement pour le moral de Stella, ce n’était pas le thème du cours du professeur San Marco.

Ce matin-là, il allait introduire une nouvelle découverte à la connaissance de ses étudiants.

Le professeur apparut sur son écran d’ordinateur et prit la parole :

« Bonjour à tous, bienvenue dans ce cours de biologie en ligne. J’ai choisi d’aborder avec vous un thème important en ces temps de confinement.

Souvenez- vous, je vous avais déjà parlé de la symbiose qui existe entre les arbres et des champignons microscopiques, les mycorhizes*. On sait que ces champignons améliorent les apports en eau et en sels minéraux du sol aux racines des arbres, dont ils sont les hôtes. En échange, ils reçoivent des nutriments et des acides aminés qui sont fournis par la photosynthèse de l’arbre. »

Il marqua une pause pour attirer l’attention de ses élèves : « Des travaux scientifiques récents démontrent que ce sont les mycorhizes qui garantissent les échanges nutritifs entre tous les arbres de la forêt. Toutes les espèces et tous les individus sont reliés par un immense réseau sous-terrain. En fait, ce que démontrent ces nouveaux travaux scientifiques, c’est que, contrairement à ce que nous pensions, ce n’est pas la compétition qui domine dans une forêt mais la coopération. »

Le professeur resta un moment silencieux, puis il ajouta :

« Une forêt semble fonctionner comme un super organisme unifié, où chaque élément serait solidaire de l’ensemble ».

C’était incroyable, cette découverte bouleversait la compréhension du fonctionnement de la nature. On avait longtemps classé les êtres vivants dans des compartiments distincts : les animaux des végétaux, la prédation de la symbiose, la sélection naturelle de la coopération. Finalement, tout cela était relié, imbriqué, interdépendant. Stella était stupéfaite, émerveillée. Cette nouvelle perspective ouvrait non seulement des champs infinis de recherches mais elle changeait aussi notre rapport à la nature et aux autres êtres vivants.

La suite du cours permit aux étudiants d’approfondir les détails techniques des multiples expériences faites pour prouver cette découverte. Cependant, Stella était envahie par une intuition. Finalement, elle décida d’en parler au professeur San Marco à la fin de la visioconférence.

Stella attendit un peu fébrilement que son professeur ait fini de répondre aux questions des autres étudiants :

« Monsieur San Marco, je voudrais vous faire part d’une réflexion que vous allez, peut-être, trouver farfelue.

- Certainement pas Stella, les découvertes scientifiques sont remplies d’idées qui paraissaient, au départ, un peu folles et qui par la suite deviennent des vérités partagées par tout le monde ».

Stella respira profondément et se lança :

« Professeur, si tous les arbres et les autres êtres vivants d’une forêt sont interconnectés par un réseau invisible, alors, les autres écosystèmes que nous connaissons devraient avoir un fonctionnement identique. Ils pourraient ainsi former un seul écosystème reliant la totalité des êtres vivants de la planète ! »

Elle fit une courte pause et finit par dire :

« Pourquoi, Professeur, la biosphère ne serait-elle pas un seul organisme vivant unifié ? »

Stella avait repris les mêmes mots que son professeur mais elle avait poussé le raisonnement plus loin, beaucoup plus loin. Le scientifique resta un long moment silencieux et ce silence laissait penser que son élève avait touché une notion très sensible pour lui :

« C’est un concept qui existe, Stella, mais il est resté longtemps peu connu. Il n’a jamais été encouragé par la communauté savante, trop complexe, trop multidisciplinaire, trop  philosophique.

- Peut-être trop révolutionnaire, Professeur !

- Tu as sûrement raison. Moi-même, j’ai été critiqué quand, au début de ma carrière, je me suis rapproché de cette thèse. À cette époque, nous étions peu nombreux et isolés. On passait pour de doux rêveurs, alors on s’est peu à peu découragés et on a continué chacun de notre côté à mener des travaux plus  classiques.

- Mais aujourd’hui tout est bouleversé professeur ! L’urgence de l’effondrement de la biodiversité* doit redonner un nouveau souffle aux travaux scientifiques, n’est-ce pas ? ».

Le professeur semblait résigné.

«  On n’a plus le choix professeur, conclut Stella, il faut convaincre tout le monde, et pas seulement les scientifiques et les hommes politiques, tout le monde ! »

Elle salua son professeur qui se déconnecta du cours en ligne. Tout au long de la journée d’autres enseignants se succédèrent sur la plateforme internet de visioconférence.

Cependant, Stella était préoccupée par l’enchainement des évènements : l’épidémie qui touchait toute la planète, son rêve étrange et aujourd’hui, cette découverte scientifique qui transformait sa compréhension de la nature. La jeune femme sentait, au fond d’elle, qu’il se passait quelque chose de nouveau. Cela ne pouvait pas être une coïncidence.

 

 

« Cambia di celu, cambierai di stella »
Proverbe corse

 

Restonica

 

À la fin de la semaine, Stella eut de nouveau un cours avec le professeur San Marco. Celui-ci lui demanda de patienter avant de se déconnecter:

« Stella, vous avez, je crois, de la famille qui tient une auberge de montagne dans la Restonica ?

- Oui, Monsieur San Marco, vous comptez y aller prochainement ? 

- À vrai dire, je voudrais vous proposer de m’accompagner cet été quand nous ne serons plus en confinement. J’aimerais me rendre au dessus du lac de Capitellu pour effectuer des prélèvements sur les racines de plusieurs arbres qui poussent à cette altitude ».

C’était la première fois que le vieux professeur sortait de son rôle strict d’enseignant. Stella se sentit soudain investie d’une mission nouvelle.

« Je vous accompagnerai avec plaisir professeur ! J’appelle tout de suite ma tante pour vous réserver une chambre car il risque d’y avoir des touristes en pleine saison ».

Dès que le professeur eût mis fin à leur visioconférence, l’étudiante téléphona à l’auberge. C’est Orso, son cousin, qui décrocha. Il avait quelques années de plus qu’elle, et bien qu’ils se soient un peu éloignés pendant leur adolescence, ils restaient toujours très proches.

« O cuginu, và bè ? Je vais venir te voir dès qu’on cessera d’être confiné. Je dois aller en montagne pour mes études, tu m’accompagneras ? »

Orso était un vrai amoureux des cimes. Il pratiquait toutes sortes d’activités de pleine nature, la chasse, le trail, l’escalade, tout lui était facile pourvu que cela se passe en montagne.

Sa famille et ses amis pensaient qu’il avait renoncé à ses études et s’était engagé dans une carrière de pompier pour rester à proximité de ses sommets.  D’ailleurs, Stella se moquait gentiment de lui en lui disant qu’il n’était plus le même, loin de son biotope*.

« Salute o cugina, si je ne suis pas de garde, avec plaisir.

- Tu peux prévenir ta mère que nous serons deux. J’espère qu’il y aura encore de la place à l’auberge ? 

- Tu plaisantes Stella, chez nous il y aura toujours de la place pour toi ! ».

Elle reconnaissait bien là la nature dévouée de son cousin. Ce n’était pas un hasard si Orso était devenu pompier.

 

***

 

Enfin l’épidémie recula, les examens des étudiants furent annulés ou reportés. Le confinement s’arrêta et les activités quotidiennes qui avaient été si bouleversées pendant la crise sanitaire reprirent peu à peu leur cours.

Cependant, quelque chose avait changé. Les gens avaient depuis la fin de l’épidémie, pris conscience de l’importance des rapports humains. Aujourd’hui, ils prenaient plus de temps pour se réunir et partager des choses simples. Prendre soin de soi et des autres avait été vital pendant la crise et tout le monde le garda en mémoire.

Stella et le professeur San Marco s’étaient donné rendez-vous le premier week-end de juillet.

« Belle journée pour partir en montagne ! », dit le vieux professeur en guise de bonjour.

En effet, les prévisions étaient toutes identiques : à part quelques nuages sur les sommets, « il allait faire beau ! »

Cependant, Stella avait tout de même prévu un « fond de sac » adapté aux randonnées en altitude : veste imperméable, polaire, tee-shirt de rechange, trousse de 1er secours et un duvet si jamais ils devaient dormir en refuge.

Retrouver enfin, le plaisir d’être dans la nature pendant de longues heures. Elle se sentait excitée par cette randonnée en montagne qui prenait des airs d’expédition scientifique. En fait, c’était son rêve de petite fille. Stella avait choisi d’étudier la biologie, non pas pour travailler dans un laboratoire, mais pour parcourir le monde et étudier les mystères de la nature sur le terrain. Ce rêve-là commençait à prendre forme dans la réalité.

Après une demi-heure de route et une demi-heure de piste, ils arrivèrent à l’auberge. Le temps de garer la voiture, la tante de Stella vint à leur rencontre.

Dès le premier contact, on pouvait ressentir la gentillesse qui émanait d’elle. Ce qui la caractérisait le mieux c’était la bienveillance. Mattea était veuve depuis de nombreuses années et gardait dans son regard un léger voile de tristesse qui n’arrivait pas, toutefois, à ternir l’éclat de sa bonté. Elle embrassa sa nièce et la contempla.

Elle avait toujours eu beaucoup d’affection pour Stella et était fière des qualités humaines qu’elle observait chez sa nièce. C’étaient des valeurs importantes dans leur famille : la force d’âme et le goût de l’entraide. Stella était encore jeune, mais elle montrait déjà dans son parcours que l’éducation familiale avait porté ses fruits.

« Coucou Stella, ça me fait plaisir de te voir après tout ce temps. Bienvenue monsieur, vous êtes ici chez vous ! »

- Je te présente Monsieur San Marco,  mon professeur de biologie, enchaîna Stella.

- Venez monsieur San Marco, je vais vous montrer votre chambre. Et toi Stella, je suppose que tu prends la même que d’habitude, c’est ça ? »

En guise de réponse, Stella sourit à sa tante. Depuis qu’elle était enfant, elle avait toujours voulu dormir dans la même chambre dans l’auberge. C’était une pièce depuis laquelle on pouvait entendre le bruit de la rivière qui coulait en contrebas. Elle avait passé de longs moments à lire ou à dessiner sur ce lit. À chaque fois, c’était comme si le temps extérieur suspendait son cours et qu’un  temps intérieur  suivait celui de la rivière. Un temps différent, intime et créatif.

Par dessus tout, Stella aimait être ici pour s’aventurer dans les montagnes. Elle avait, des centaines de fois, suivi les sentiers des bergers. Quelquefois, elle avait poursuivi ses aventures jusqu’aux lacs d’altitude. Durant ces journées d’explorations, tous ses efforts se faisaient dans l’insouciance et l’émerveillement. Le soir venu, quand la jeune femme retrouvait, enfin, « sa chambre à la rivière », elle savourait ces moments précieux de quiétude.

C’était l’heure du diner et Mattea insista pour que le professeur San Marco se joigne au repas familial. Elle avait préparé ses fameux cannelloni et sa recette avait une telle réputation que le vieux professeur n’aurait manqué de les déguster pour rien au monde.

Le savant mangeait avec appétit quand Mattea demanda :

« Excusez ma curiosité professeur, mais qu’allez-vous faire au juste, là-haut, demain ? 

- Pas grand-chose, juste quelques petits prélèvements sur des ectomycorhizes*. » Devant l’étonnement de Mattea, le professeur ajouta :

« Ce sont des champignons qui coopèrent avec les arbres. Je pense que les aulnes d’altitude ont pu développer une collaboration particulière », ajouta le vieux scientifique

Stella glissa malicieusement à l’adresse de sa tante :

« Je me souviens qu’enfant, tu me racontais des histoires fantastiques où il était question d’arbres très particuliers, un peu magiques. Et bien nous allons les chercher. »

Mattea resta silencieuse un long moment comme plongée dans ses pensées. Soudain, elle rompit le silence :

« Croyez-vous que les végétaux ou les animaux pourraient communiquer avec les humains, professeur ? »

Le savant prit le temps de bien peser ses mots avant de répondre :

« Ce qui est scientifiquement prouvé, c’est que les végétaux, comme les animaux, communiquent. Mais peut-on conclure qu’il soit possible de dialoguer avec d’autres espèces, rien n’est moins sûr.

- Moi je ne le crois pas, Professeur, j’en suis sûre », répliqua Mattea avec un éclat étrange dans son regard.

 

 

 

GLOSSAIRE

 

Acides aminés : éléments de base qui constituent les protéines.

Aulne : arbuste caractéristique des bords de l’eau.

Biodiversité : variété des formes de vie.

Biosphère : ensemble des écosystèmes de la planète où la vie est présente.

Biotope : espace de vie pour un ensemble de végétaux et d’animaux.

Écosystèmes : système formé par un environnement et par l’ensemble des espèces qui y vivent.

Ectomycorhizes : association entre la racine d’une plante et une colonie de champignons.

Machja : le maquis en langue corse.

Mycorhizes : association entre des champignons microscopiques et les racines des plantes.

Nutriments : substances indispensables trouvées dans les aliments.

Photosynthèse : conversion, par les végétaux, de l’énergie lumineuse provenant du soleil en énergie chimique.

Polypes : petit animal du corail. Le corail est constitué d’une colonie de polypes.

Symbiose : association étroite en deux organismes différents.

Zooxanthelle : algue microscopique vivant à l’intérieur d’autres organismes.

 

Noms de lieux

 

Restonica : fleuve qui coule sur la commune de Corté

Capitellu : lac glaciaire de la haute vallée de la Restonica

 

  

 

  

   

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Pour lire la suite du roman : Les enfants de Pandora (2e partie) 

    

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