Le parapluie de Zi Petru Santu - Jean Alesandri

Jean Alesandri puise dans les souvenirs qui se transmettaient fidèlement d’une génération à l’autre pour rappeler la vivacité de la sagesse populaire, toujours couplée à un humour bon enfant…

  

  

Le parapluie de Zi Petru Santu

 

   

Petru Santu est né en 1846 à Spelunca, un hameau de la commune de Pastricciola dans le Cruzzini. Il a toujours vécu là jusqu'à son décès en 1938.

À partir d'un certain âge, ou plutôt d'un âge certain, les villageois s'adressèrent à lui en l'appelant « Zi Petru Santu », Oncle Petru Santu ; une marque de respect car il était considéré comme l'un des sages de la commune.

Mais il avait aussi, comme dans tous les villages de Corse à l'époque, un « cugnome », un surnom. Il était surnommé « Giandarmone », le grand gendarme. Cela venait de sa haute taille. Il mesurait en  effet un mètre quatre-vingt-douze. Mais aussi de sa barbe et ses cheveux roux. Le type masculin pastricciolais se caractérisait plus généralement par des cheveux noirs et une taille plutôt petite, les hommes mesurant un mètre soixante-dix étant considérés comme grands.

Ce n'était pas le cas des gendarmes basés à la gendarmerie d'Azzana. Presque tous venus du Continent, ils étaient grands et costauds. Sans doute avaient-ils une taille et un poids de recrutement  réglementaires, et beaucoup étaient blonds. D'où l'origine de ce « cugnome ».

Petru Santu avait appris à lire et écrire, chose assez  peu courante dans nos villages à l'époque et il occupait la fonction de facteur de la commune.

Mais la paye était maigre et sa famille nombreuse, une épouse et huit enfants. Aussi avait-il une activité complémentaire. Il était apiculteur et possédait quatre-vingt ruches faites de panneaux d'écorce de chêne liège. Cela permettait une activité de troc, essentiellement alimentaire.

Il se déplaçait à pied, portant toujours sur lui, en bandoulière, un grand parapluie. On  voit rarement   aujourd'hui ces grands parapluies, mais à l'époque beaucoup de gens de la terre en possédaient un.

Un jour qu'il rentrait tranquillement chez lui, il croise un groupe de jeunes gens du village. L'un d'eux, sans doute pour faire le malin et amuser la galerie, l'apostrophe, d'une voix un peu moqueuse :

     — O Zi Petru Santu ! O Zi Petru Santu ! U mi pristettu u vostru paracqua ?

Un peu interloqué, Zi Petru Santu s'arrête, le regarde un court instant et lui répond d'une voix à la fois ironique et affectueuse :

     — Ùn possu micca, u me zitellu !

     — È parchì ?

     — Parchì ? Parchì s'ellu ùn piove micca, ùn hai bisognu. È s'ellu piove, mi ci vole !

L'évidence !

Le jeune garçon resta sans voix tandis que ses copains se moquaient de lui, l'air de dire « Bien fait pour toi ».

Petru Santu reprit tranquillement son chemin.

Logique et sagesse paysannes !

Puisse ce temps de confinement nous en faire retrouver un petit peu.

  

  

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