Anne Benedetti - Mes graals à moi

 

Petite réflexion en forme d’escapade à la recherche de graals – qui ne sont peut-être pas si loin, quand on y regarde de près. Par Anne Benedetti.

 

 

Mes graals à moi

 

   

Graal : nom curieusement composé de la double voyelle « a ». Souvent précédé de l’adjectif saint en référence à la figure christique. Par extension, désigne une chose précieuse à conquérir.

 

Voilà ce que m’évoque le mot graal… Car j’ai l’habitude d’interroger les mots, et pour peu que j’entende ou lise un mot ou une expression pas très usuels ou un peu galvaudés, j’en cherche le sens dans ma tête et je me demande si je serais capable d’en donner une définition précise, à un enfant par exemple.

Est-ce une réminiscence de mes années d’étudiante ? ou le fait d’avoir seriné à mes enfants chaque fois qu’ils avaient un sujet de rédaction, puis de dissertation, puis d’examen qu’ils devaient interroger le sujet. « Interrogez le sujet et cherchez les mots-clefs », ai-je répété pendant des années comme un perroquet.

Cela pourrait bien être les restes d’une méthode de travail, qui se serait muée en un réflexe pavlovien pour appréhender les choses et le monde.

Mais je pousse le bouchon plus loin encore, car si la définition que je me donne à moi-même me semble nébuleuse ou trop vague, je m’en vais chercher plus avant sur un dictionnaire en ligne ! 

Je me rends compte en la décrivant que je suis dans une démarche scolaire, d’aucuns diraient scolaire à l’excès, mais qui a le mérite d’être active. Et surtout qu’elle découle d’une authentique curiosité, une sorte de quête au final, inspirée par l’amour des mots. 

Je pense en effet que chaque mot mérite d’avoir sa chance, d’être exposé et de vivre.  Alors je veux pouvoir utiliser les mots, le plus de mots, et les utiliser avec pertinence le jour où l’occasion se présente. Et je m’y emploie de mon mieux… je les use, je les mélange et je m’amuse à jouer de leurs nuances, comme d’autres le feraient avec un pinceau, un instrument de musique ou une recette de cuisine. J’aime à décliner les myriades de possibilités qu’offrent les mots, comme le peintre ses couleurs, le musicien ses notes ou le chef ses ingrédients.

Et il m’arrive aussi, pour le plaisir, de jouer au jeu des correspondances avec les mots et de rechercher l’univers sensoriel ou intellectuel auquel ils renvoient.

 

Alors peut-être que les mots sont mon graal à moi : ils sont précieux, il faut les conquérir, ils vous enrichissent et vous donnent une forme de pouvoir ...

 

Tiens, si je jouais au jeu des correspondances avec le mot graal, à quoi me renverrait-il ?  Immédiatement au Sacré Graal de Terry Gilliam et à un des épisodes de la quadrilogie des Indiana Jons, le 3 me semble-t-il, où l’anthropologue-aventurier incarné par Harrison Ford doit retrouver le saint-Graal et s’y emploie dans une course-poursuite frénétique et périlleuse, pour le soustraire aux méchants qui en feraient mauvais usage.

Mais ce Graal-là décidément, ne m’inspire rien …

Non mon graal à moi, au-delà de l’amour des mots, serait plutôt les interactions humaines et les sentiments qui animent les gens. 

Ceux que j’éprouve, ceux que j’inspire, ceux des autres et pourquoi et pourquoi pas, et comment ...

Franchement, y-a-t-il une quête plus sacrée, plus passionnante et plus inaccessible en ce bas monde que la compréhension de l’autre, et à travers elle, la connaissance de soi-même, ce grand et insondable mystère ? 

Je n’ai pas encore trouvé mieux.

Je crois profondément que les gens, les plus apparemment ordinaires, peuvent vous enrichir et parfois vous éclairer. Il suffit de porter sur eux un regard d’intérêt sincère pour découvrir les trésors qui les habitent. Peut-être, y-a-t-il dans le tas, quelques coquilles vides, peut-être… mais plus je vieillis, et moins j’ai de certitudes sur ce point.

Car je constate, de façon empirique, que pour peu qu’on regarde un individu, qu’on le regarde vraiment sans le juger, il y a bien des chances qu’il se montre à la hauteur de votre intérêt et révèle sa part de lumière. C’est un cercle vertueux. On pourrait appeler ce phénomène « le théorème de la bienveillance ».

Loin de moi, l’idée d’une philosophie à la Rousseau sur l’homme naturellement bon ou une influence religieuse qui me ferait aimer mon prochain a priori... Absolument pas.

Et cela ne signifie pas pour autant que je sois en permanence dans ces dispositions d’esprit, prête ou encline à porter ce regard d’intérêt bienveillant. 

Comme la patience n’est pas ma vertu première, je vois bien que souvent mes congénères m’exaspèrent. Au supermarché ou à la pharmacie, sur la route, au travail, au quotidien et en général, au masculin, au féminin, au singulier et au pluriel !

Mais je ne suis pas misanthrope loin s’en faut, et cela ne m’empêche pas de bien les aimer quand même.  Et pour peu que je sois d’humeur curieuse, ils m’intéressent.

Leurs moteurs, leurs préoccupations, leurs fêlures, leurs contradictions, leurs insuffisances, leurs trahisons, leur humanité en un mot, me passionnent.

 

Finalement mon graal c’est peut-être les autres ...

 

Pas pour les aider à la manière d’un thérapeute, ni les soigner ou les réparer comme pourrait le faire un médecin ou un chirurgien, même pas pour m’en faire des amis … Juste pour les regarder, les écouter et apprendre sur eux, d’eux, sur la vie, sur moi-même. 

Comme des semblables, des égaux, des frères d’armes toujours, des frères d’âmes quelques rares fois, de passage sur cette terre et aux prises avec l’existence. Face à laquelle ils font comme moi, de leur mieux, avec les mêmes difficultés et les mêmes errances. Et avec lesquels, je connecte mon humanité, l’espace d’une brève rencontre. 

Mon entourage, mes amis, les miens bien sûr pour une connexion sur la durée, mais aussi l’inconnu dans la file d’attente, le voisin bougon qui cherche à éviter la corvée du bonjour, l’adolescent timide que je croise dans l’ascenseur.... 

Ce qui ne signifie pas que je n’ai pas été l’adolescente mutique ou que je ne suis pas la voisine antipathique de certains. C’est peut-être le cas. 

Ce que je veux dire, c’est que la matière première est là, à portée de main, pour des rapprochements au quotidien. Car les gens ont soif d’interactions humaines, même s’ils n’en ont pas forcement conscience, et échangent volontiers s’ils sentent que la démarche est gratuite.

 

Alors pourquoi ne pas essayer ? 

Vous serez sans doute étonnés de la richesse que vous trouverez dans cet exercice, pas si inaccessible que ça, mais qui demande bien sûr des efforts, comme tout bon graal qui se respecte !

 

 

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