L'édito

    

L'ÉDITO DE SEPTEMBRE

Appel d’air

 

Il était une fois, entre le ciel et l’eau, une île. Un navire de pierre ancré en pleine mer. Un rocher couvert de forêts, parcourus de torrents où l’eau des neiges, des sources et de la pluie s’en allait vers la mer, emportant les limons pailletés de granit, les éclats de schistes couleur de ciel de nuit, les bogues de châtaignes, les bulbes de cyclamens, les cendres des feux et l’humus des sous-bois.

Chaque village, chaque église, chaque chapelle perdue résonnait de louanges pour remercier le ciel d’avoir donné aux hommes ce petit monde qui était le monde entier et de suppliques pour  que jamais ne passent les temps où les voix des bergers se répondaient dans les vallées lointaines, où les damiers pastels des jardins en terrasse faisaient comme une couronne autour des villages, où les drapages des nuages accrochées aux montagnes semblaient ouvrir tous les matins sur le théâtre de leurs vies.

La beauté de leur monde était si grande, si écrasante et douce à la fois, que la seule façon qu’avaient trouvé les hommes pour vivre en harmonie avec lui, vibrer à l’unisson de ses paysages, était l’écriture et le chant. Chacun faisait courir sa plume, fredonnait, déclamait, récitait, chantait, murmurait pour raconter sa vie, ses craintes, ses espoirs. Et depuis toujours, dans le ciel de l’île de pierre, le vent de la mer aux effluves du lointain, la brise du soir parfumée de senteurs d’asphodèle, poussaient en ribambelles, en bouquets d’étincelles, les poèmes, les chants, les récits, les berceuses, les comptines…

Un jour de grand bouleversement, l’idée vint à l’esprit d’un amoureux des lettres d’ouvrir grand ses fenêtres et de laisser entrer chez lui la dentelle de mots et de musique qui passait dans le ciel. Un appel d’air à l’odeur de mousse et de ruisseaux où les paroles du vent, comme un troupeau qui retrouve l’abri, se déposèrent sur son bureau, ses tapis, ses chaises et ses fauteuils…

Ce fut pour lui un grand labeur de parcheminer ces ouvrages. Mais jamais il ne referma sa fenêtre. Et depuis, la nuit, quand souffle le vent, comme des lucioles, les écrits et les chants entrent dans son logis et tournent autour de lui…

  Pierre Lieutaud

  

  

L'ÉDITO D'AOÛT

Au bout des chemins de l’écriture, le plaisir de... (tout) lire

Juillet fut littéraire.

L’été, nous savons cela, nous lisons. Plus qu’en d’autres saisons. Cette année, les habitudes ont été sévèrement bousculées. Une monstrueuse anomalie, le "confinement", nous a fait lire plus qu’au printemps dernier.

Et puis il y eut cette singularité. Nous avons lu et écrit : une débauche de textes, un foutoir littéraire sans pareil. On n’y reviendra pas.

Juillet a été plus calme. La permanence est assurée, avec Le Nouveau Décaméron. Le robinet de la création littéraire "autrement", de la lecture "en ligne" d’œuvres originales toutes fraîchement sorties de nos imaginaires et de nos machines, est ouvert et ne devrait plus se fermer. Nous nous habituons doucement.

Mais ne sous-estimons rien, nous avons écrit, nous écrivons, nous écrirons encore ! Et lirons toujours.

Des poèmes, des récits, des contes, des nouvelles, aux innombrables références, ont rejoint Le Nouveau Décaméron, envoyés s’y faire lire. Des textes "bien mis" racontant, dépeignant tout : histoires ordinaires ou singulières, drames réels ou imaginaires, souvenirs, hantises, rêves, images de toutes les couleurs..., des allégories aussi.

Quand tout va bien, on demande rarement ce qu’il se passe en coulisses. Mais là... ?

Donner à lire ce qui dévoile un peu de soi est une entreprise audacieuse. Parce que rien ne s’écrit qu’on n’arrache à soi-même, dans la jouissance ou la douleur, ou l’une et l’autre. Parce que se livrer, c’est s’exposer aux réactions d’autrui. Elles peuvent être encourageantes ou funestes.

Mais il y a un ingrédient, la confiance en soi et en la communauté des lecteurs, qui autorise tous les culots. Nous les avons eus.

Dans le lacis de nos entreprises, nous avons tracé nos chemins, hésitants ou résolus, taillant à la serpe ce qui nous entravait. Ou glissions le long de pentes douces, sûrs de notre direction.

Nous avons côtoyé les cistes et le lavandin, la fourbe salsepareille, le genévrier pétrifié et des arbres tordus par les tempêtes. Ou, abordant les riches prairies et les champs d’arbres lourds des fruits de saison, nous lévitions.

Egratignés par les ronces, blessés par les pierres, nauséeux au croisement d’animaux morts, nous nous sommes tus. Ou parcourant les vignes alignées sur les coteaux et ployant sous le poids des grappes de raisins mûrs, inspirés, nous nous enivrions déjà.

Nous avons manqué pleurer sur nos malheurs, ri de nos pitreries, dansé sur des sols de circonstance, bu des eaux, des alcools, des cafés et n'avons jamais renoncé. Éreintés ou confiants et soulagés, nous avons cru discerner au loin, dans les brumes d’un mirage, les tapis des fleurs du printemps.

Nous nous sommes accrochés. Avons résisté à notre inclination pour le repos et la fête, tenté de suivre d'éphémères chimères. Voire, nous nous sommes ménagé des pauses sommaires mais stimulantes.

Les éléments n'ont jamais été définitivement cléments, ni les voies sans embûches. Mais la météo et des topographies nous ont aidés.

Nous avons expérimenté, ouvertes sur l'azur, les mers et l'horizon, d'autres voies. D’anciennes aussi.

Nous n’avons rien esquivé. Il n’y avait parfois pas lieu d’éluder.

Nous avons réfléchi, imaginé, inventé, écrit, raturé, effacé, lu à voix haute, puis, recommencé. Ou écrit d'un trait sans y revenir. Nous avons failli ne plus y croire, puis eu des éclairs de "génie". Et dans la fièvre malicieuse de l’écriture, les doutes se sont dissous. En avons-nous eu vraiment ?

Libérés, ou à regret, parce qu’une aventure s’achevait, nous avons posté notre "papier". La Revue l’a publié.

Les mots ont un pouvoir faramineux. Celui de tout faire advenir.

Tous, nous avons agréablement dérivé au gré de nos lectures et cru – dur comme fer – à une communauté des cœurs et des esprits.

Yves Rebouillat
pour le comité éditorial.

  

L'ÉDITO DE JUILLET

Et tout le reste est littérature…

Voilà la première livraison de la revue Le Nouveau Décaméron. Elle va s’étaler sur quelques jours pour permettre à chaque lecteur de butiner à son aise, comme il le faisait au moment du Décaméron20/2.0, pendant les mois de confinement. Lundi, mercredi et vendredi…

Une première salve d’honneur aujourd’hui pour saluer, comme thème du mois, cette « Permission de sortie », longtemps espérée et pourtant toujours si fragile… chacun croise les doigts pour ne pas être reconfiné bientôt (sauf peut-être les auteurs du décaméron ? j’en doute…).

Une occasion de renouer avec l’espoir, bien sûr, mais aussi d’appeler à la vigilance : rien ne serait pire que d’oublier les moments terribles, les gens blessés, ceux partis, ceux enfin qui délaissèrent les leurs pour porter secours aux autres « L’oubli » sera d’ailleurs le thème du mois de juillet.

Alors écrire pour Le Nouveau Décaméron ? Oui, bien sûr ! Plus que jamais… et lire comme on l’entend : avec ou sans modération. L’ivresse des mots, des écrits, des livres n’est pas mauvaise pour la santé…

Bien au contraire ! Qui permet de panser les plaies de l’âme ? Qui permet d’ouvrir les yeux et de comprendre ? Qui permet de connaître et de penser ? Qui offre rire et larmes en quelques instants, à volonté et selon son humeur ? Qui fait voyager assis dans un fauteuil, sans bilan carbone désastreux ?

Qui transmet d’une génération à l’autre avec la générosité d’un ami de cœur ? Et qui offre des amis « à jamais », loin des likes et des rencontres sans lendemain ?

Qui vit sans limite, ni de lieu, ni d’espace, et brave le temps qui passe ? Qui est universel par essence quels que soient sa langue, son pays, ses thèmes et ses inspirations ?

Sa Majesté… la littérature.

(Et tout le reste n’est que… propos de comptoir.)

Bernard Biancarelli
Directeur éditorial
Éditions Albiana

  

  

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