Histoires courtes en Alaska, au Japon et ailleurs - Dumè Taddei

  

Un chapelet d’historiettes. Une particularité : elles sont toutes vraies. Que Dominique Taddei sache que sa truculence régalera ses lecteurs.

  

   

  

Histoires courtes en Alaska, au Japon et ailleurs  

 

Dans les années soixante-dix, nous avions une rotation vers le Japon qui partait de Paris-Charles-de-Gaulle sur un Boeing 747 d’Air France. Les étapes de vol comprenaient deux escales, la première à Anchorage en Alaska, et la deuxième à Tokyo, puis le retour en passant à nouveau par Anchorage.

L’escale d’Anchorage était très spéciale, en ce sens que nous étions logés dans un motel appelé « Anchor Arms ». Il se composait de deux ailes complètement séparées, dans l’une les équipages d’Air France y logeaient et dans l’autre, ceux de la Lufthansa.

Cela occasionnait de nombreuses rencontres et souvent des excursions ensemble.

Ces rotations avaient cet avantage que n’étant effectuées que trois fois par semaine, nous restions en escale plus de trois jours, nous donnant l’occasion de visiter l’Alaska et le Japon.

L’autre détail intéressant était que nous disposions d’une kitchenette permettant aux équipages de faire la « popote » ensemble.

Le côté agréable était que l’équipage quittant le motel, préparait un petit-déjeuner copieux pour celui qui arrivait, le frigidaire à double porte (déjà) était rempli et chacun de nous profitait de cet instant de détente après un long vol de neuf heures ; le décalage horaire de dix heures n’arrangeait rien, notre organisme vivait à l’heure française (22h alors qu’il était midi à Anchorage).

Pour résister à ce changement d’heure, nous nous organisions pour aller faire des courses au Safeway, immense supermarché de la ville de 40 000 habitants*.

Il fallait donc attendre le soir pour dîner, ce qui faisait 20 heures en heure d’Anchorage, pour nous il était 6 heures du matin, heure française, inutile de vous dire que nous étions crevés.

Ce rythme de vie était épouvantable et nous disions que nous étions toujours en ESP, « État Second Permanent ».

Le lendemain nous partions la plupart du temps visiter le glacier de Portage, avec un arrêt dans un bar très sombre appelé le « Blue Bird », tous, nous signions le livre d’accueil et j’ai eu le plaisir d’y mettre mon nom avec Migliacciaru Corsica.

  

Défilé : Un quatorze juillet, les journées étant très longues, nous avions décidé de nous déguiser en Gaulois et, coiffés des casseroles, de passoires, armés de balai, de frottoirs, nous avions défilé sur la 5th Avenue d’Anchorage. La police ne tarda pas arriver et nous posa des questions. C’était inhabituel pour eux et bien vous ne me croirez pas, ils nous ont même escortés en faisant résonner leur sirène. Les Américains n’en revenaient pas.

  

 La vaisselle : Une autre fois, nous avions été invités chez un couple d’Américains, étant nombreux nous avions voulu aider la maîtresse de maison en lui lavant la vaisselle, mais elle avait une machine à laver la vaisselle !! (déjà !!)

No comments.

  

Hydravion : À une autre occasion nous sommes allés du côté de Big Lake, un soir ayant loué un camping-car, un des stewards nous avait préparé un « Coq au vin ». Un couple d’Américains ayant senti le parfum du plat s’approcha de notre tablée, nous les avions invités. L’Américain voulut nous remercier et nous proposa une balade le lendemain. Nous pensions à une grande barque, mais il arriva avec un hydravion !!

   

Une Corse : En excursion du côté de Willow Creek, on m’avait chargé d’aller acheter des bières dans une boutique du coin. L’Américain refusa de m’en vendre en disant que j’étais un « teenager » (non majeur). Comme je lui montrai ma carte d’identité, il me demanda d’où j’étais, je lui dit « Corsica » et là oh surprise ! Il me montra une maison et me dit qu’une Corse y habitait. Je m’y rendis, sonnai à la porte, une jeune femme m’ouvrit, je lui parlai en français d’abord, puis j’ajoutai que j’étais Corse, quelle émotion !!

  

Indiens : Une autre histoire : nous étions loin d’Anchorage, en cherchant un objet dans un sac rangé dans le coffre de la voiture, nous avions posé les clefs de contact sur le sac. Quelqu’un ferma le coffre, la voiture fermée à clef, nous ne pouvions plus l’ouvrir. Obligés de nous rendre dans une boutique pour téléphoner à Avis à Anchorage. L’agent allait nous envoyer un hélicoptère pour nous dépanner. Passe alors un groupe d’Indiens, les « Native » comme on les appelait là-bas. Ils nous posent des questions et comprennent notre problème. L’un d’entre eux ramasse une grosse pierre et casse la vitre arrière. Ils repartent en nous disant « Indian way ». Méthode indienne…

   

Le Grizzly : En plein pique-nique, les côtelettes de porc grillaient sur le barbecue, nous étions assez nombreux, une quinzaine à peu près. Soudain un bruit de pas lourds dans les buissons, on ne se méfiait pas, nous pensions au vent. Drôle de vent, c’était un immense ours grizzly qui, sentant l’odeur de la viande, s’avançait vers nous. Ce fut la panique générale, une hôtesse japonaise courut dans l’eau et moi j’eus l’idée géniale de grimper sur un arbre. Heureusement pour nous un garde-forestier américain arriva et tira en l’air avec son Smith et Wesson, l’intrus pris ses jambes à son coup. Hélas notre barbecue était complètement dévasté. Le bougre  avait eu le temps  d’avaler quelques unes de nos côtes.

  

 

Le Bulldozer : Nous descendions du Denali Park, une autoroute était en cours de construction avec énormément de niveleuses et de Bulldozers. Et Oh ! Surprise une jeune femme assise sur un bull poussait la terre. Elle faisait cela pour payer ses études à l’Université d’Anchorage.

 

   

Les Morpions : Arrivés à Tokyo, logés au Takanawa Prince Hôtel ; un stew me téléphone et me dit : « J’ai attrapé des morpions. » Catastrophe : allez donc expliquer ça au médecin japonais d’Air France.

Moi : Allo Doctor, a steward has caught craps !

(Un steward a attrapé des morpions).

Le Docteur : « What do you mean by craps ? »

(Que veut dire craps ?)

Réponse : « It’s a little animal walking in the hair »

(C’est un petit animal qui marche dans les poils).

Réponse : « Is it a cat ? Is it a dog ? »

(Est-ce que c’est un chat, ou un chien ?)

C’était sans espoir, finalement nous sommes allés à la pharmacie américaine du Nikatsu Arcade, et la jeune japonaise ayant vite compris nous vendit une pommade. Ouf !!!

   

Le Bonsai : Très loin de Tokyo, un copilote voulait faire un cadeau à sa femme en lui achetant un petit arbre japonais, un « bonsaï ». Nous décidâmes d’aller au marché en dehors de Tokyo. Des bonsaïs il y en avait partout, le problème c’est que sorti de la ville personne ne parlait anglais et nous aucun mot de japonais. Notre copilote en vit un qui lui plaisait et en demanda le prix, le marchant nous écrivit des chiffres mais on y comprenait rien. Arriva alors un étudiant japonais parlant anglais, il nous dit le prix : l’équivalent de 10 000 dollars. Fichtre ! L’arbre avait deux cents ans. Le copilote en trouva un, un peu moins âgé.

  

Una sborgna giapunesa : À Tokyo, j’avais faim, le côté pratique des Japonais c’est qu’ils mettent les photos des plats dans une vitrine, vous  montrez la photo et l’affaire est réglée. Manque de pot, ce jour-là, le plat que je voulais était en rupture de stock. J’étais très embarrassé. Dépité, je ne voulais pas ressortir car j’étais crevé. Arriva alors le plat commandé par mon voisin, il avait l’air succulent. Je montrai du doigt le plat en question au patron. Et là mon voisin prit son assiette et la posa devant moi. J’avais beau refuser, je n’arrivais pas à lui faire comprendre que j’avais tout mon temps. Je fus obligé de m’incliner. Nous terminâmes nos plats et là connaissant quelques mots en japonais, je lui dis « Chotto Mate ! », ce qui veut dire « ne bougez pas ». Je sortis du restaurant et j’aperçus une boutique de casquette. Pour le remercier, je choisis une casquette Sherlock Holmes et lui en fis cadeau. Qu’est-ce que je n’avais pas fait ! Je rentrai le soir à l’hôtel complètement bourré. Le Saké avait coulé à flot. Un peu comme une pastissade dans un bar corse. Tout le monde voulait payer sa tournée.

   

Paul Bocuse : À Osaka : Les navigants d’Air France avaient pour habitude de faire des achats au Japon, surtout des chaînes HI-FI, des appareils photos, des caméras, des radios et des télévisons.

Pour cela, ils se rendaient chez un commerçant japonais qui s’appelait Maéda. Seulement voilà, à Osaka, le magasin en question était très difficile à trouver, il fallait traverser des petits quartiers japonais avec des ponts, des ruelles, bref ce n’était pas facile. Un jour m’y rendant avec un copain, j’aperçus le célèbre cuisinier français Paul Bocuse, complètement perdu dans le quartier en question. J’interpellai Mr Bocuse en lui disant : « Vous cherchez Maeda ! ». Il poussa un « ouf ! » de soulagement et nous suivit. Il acheta son Nikkon F et rentra avec nous à l’hôtel.

Un an plus tard, nous allions fêter le bac de mon fils, et ma mère étant à Lyon voulut célébrer le succès de Georges. Elle choisit Bocuse.

Arrivé devant le restaurant, je me disais que je n’avais aucune chance de voir Mr Bocuse, car il était rarement là, et bien non, il était debout devant la grande porte de son restaurant observant les clients. Je m’avançai vers lui et je lui dit : « Bonsoir Mr Bocuse, vous cherchez Maeda ! ». Je ne vous raconte pas la suite. Tous les autres clients se demandaient qui étaient ces VIP !! ??

Les amuses-gueules étaient tellement succulents que ma cousine Irène dit : « Avà ùn aghju più fami » (Maintenant je n’ai plus faim).

   

  

Ailleurs

Le viol : À New York, une heure avant le ramassage pour aller à l’aéroport de JFK, j’étais pressé et je devais me rendre dans ma chambre pour prendre une douche, mettre mon uniforme et fermer ma valise. Voyant les portes de l’ascenseur se fermer, je m’y précipitai pour ne pas avoir à attendre l’ascenseur suivant. À l’intérieur se trouvait une femme. Mon entrée soudaine dans l’ascenseur lui fit peur et elle se mit à crier : « He wants to rape me » (il veut me violer). J’avais beau essayer de la calmer, elle criait encore plus fort, par réflexe, je bloquais la porte en position « exit », de sorte que des employés de l’hôtel arrivèrent en courant. Heureusement pour moi, l’un d’eux connaissant l’excentrique, la sortit de l’ascenseur et la jeta dehors. Il me fit un clin d’œil et je pus rejoindre ma chambre. Mais rien que d’y penser j’en tremble encore.

  

 La police : À New York, nous avions pour habitude de nous rendre sur les quais pour acheter toutes sortes de marchandises dans les magasins des quais réservés aux équipages des bateaux.

Il y avait foule qui circulait dans les rues. Soudain un cri : « Lay down ! Lay Down ! Lay Down ! » (Couchez-vous ! Couchez-vous !) Même si vous ne comprenez pas, en voyant tout le monde se jeter par terre, vous faites la même chose ! Allongé, j’entendis quelques coups de feu. Deux hommes étaient en train de fuir. Atteints aux jambes, ils s’écroulèrent. God Bless America !

  

Hôtesse allemande : Toujours sur les quais Ouest de New York, j’étais dans un magasin nommé « Romano », pour y acheter des Ray Ban et des draps. Soudain j’eus un trou de mémoire, je ne me souvenais plus comment on disait « drap house » en anglais (fitted sheet). Parlant à voix haute : « Put…. Comment dit-on ….. ? » Quatre hôtesses allemandes de la Lufthansa étaient à côté de moi, l’une d’elles m’entendit, elle s’adressa à moi avec un très fort accent marseillais. « Tu as besoin de quelque chooose ? » Je fus très surpris et elle, en voyant ma tête, éclata de rire. Nous nous sommes revus, elle vint à Paris avec une copine et avec un ami corse et nous allâmes dîner. Très belle soirée.

  

Enregistrement bagages : En 1998, j’étais à la retraite, je m’étais rendu à Dayton Ohio où se tenait la réunion des vétérans du 57th Bomb Wing qui avait été basé à Migliacciaru.

À la fin de la réunion, je devais me rendre à New York pour rentrer en Corse. Mon ami Fred Lawrence, avait eu l’idée de louer une voiture et nous traversâmes toute la Pennsylvanie. Nous allions voir un de ses amis, John Sutay historien du groupe, habitant Trumbull dans le Connecticut. John était devenu aveugle ; son accueil fut très chaleureux. Le soir, il me fit entrer dans une pièce et me demanda de parcourir tous les dossiers qu’il avait accumulés depuis cinquante ans. Il me demanda de choisir et de prendre ce que je voulais, me précisant que n’ayant pas d’enfant, tout serait jeté à la poubelle. N’osant pas répondre de suite, je lui ai dit que je lui donnerai une réponse le lendemain. C’est ce que je fis. Je pris tout ! Je me retrouvais avec six cartons entassés dans la voiture de location. Je quittai Fred et je me dirigeai vers Kennedy pour prendre mon avion.

  

Photo : John et moi 

Oui mais voilà, comment allait se passer l’enregistrement de tous ces cartons ? La chance ! L’hôtesse à l’enregistrement me connaissait, elle fut très étonnée lorsqu’elle me vit après tant d’années d’absence. Elle enregistra tous mes cartons jusqu’à Bastia, le lendemain soir très tard, je retrouvai mes six cartons intacts sur le tapis de livraison des bagages de Bastia Poretta.

Pour remercier John, je l’invitai en Corse et malgré son handicap, j’avais organisé son voyage afin qu’il ne rencontre aucune difficulté lors de son séjour en Corse. Dieu qu’il était heureux de revenir en Corse. Malheureusement, la veille de son départ, son frère me téléphona pour m’annoncer le décès de John. Qu’il repose en paix.

    

    

Happy Birthday : Ce 4 novembre 1978, nous fêtions  mon quarantième anniversaire  dans une immense suite de l’hôtel Shamrock de Houston au Texas. Tout l’équipage était là, au menu nous avions des grillades d’entrecôtes américaines et des pommes de terre au four. Pendant la cuisson, une fumée intense envahit la suite, nous ouvrîmes donc les fenêtres pour aérer la pièce. Tous attablés nous allions commencer le repas, lorsque surgirent deux pompiers américains armés de haches, casqués, vêtements ignifugés. Tout le monde demeura figé, après quelques instants de stupeur et réalisant qu’il n’y avait pas de flammes, l’un des pompiers apercevant le gâteau d’anniversaire bleu avec le chiffre 40, nous dit « Happy Birthday ». Le système d’alarme incendie avait bien fonctionné. Ce fut un instant magique et inoubliable. Quel beau cadeau !

 

Trottoir d’en face : C’était le jour de la très célèbre fête irlandaise de Saint Patrick à New York, nous étions à contre-sens, de sorte qu’on emmerdait tout le monde. Un policier de très grande taille vint vers nous et nous demanda de changer de trottoir. Mon ami Jean Roos me dit : « On va bientôt tourner à droite, ce flic nous casse les bonbons ». Le policier le regarda droit dans les yeux, et lui répondit en français « Tu vois cette matraque, je vais vraiment te casser les bonbons !». À voir nos têtes il partit d’un fou-rire et c’est ainsi que nous apprîmes qu’il avait été affecté pendant dix ans à Versailles.

    

Les sachets de glaçons : Arrivés à New York en plein mois de décembre, un froid de canard, le pot équipage était prêt. Zut ! il nous manquait les glaçons et la machine de l’étage ne marchait pas. Je fus donc désigné pour aller acheter deux gros sachets de glaçon chez l’épicier « Delicatessen », juste en face de l’hôtel.

En sortant de chez l’épicier, je glissai sur le verglas et mes deux sachets explosèrent sous le regard désabusé d’un policier New Yorkais à cheval, le pauvre il en avait tellement vu ! Il me regarda et me dit : « Vous avez vraiment besoin de glaçons par ce temps ? » Je haussai les épaules et retournai chez l’épicier pour en acheter deux autres. À ma sortie, je lui fis un petit signe, il me le rendit. Nous avons pu boire notre scotch-coca avec des glaçons.

  

Le Precint de New York (commissariat de police). Nous sommes au coffee shop de l’hôtel, en grande discussion avec une hôtesse, elle ne voit pas le voleur qui lui prend son sac. Gros drame lorsqu’elle réalise que son sac a disparu. Elle pleure, elle cherche partout, elle avait une grosse somme d’argent car elle devait acheter des cadeaux. Nous décidons d’aller porter plainte. Nous partons tous les deux vers le commissariat le plus proche. Nous tombons sur un jeune inspecteur, il écoute patiemment la déclaration de la jeune hôtesse mais cette dernière, répète toujours les mêmes mots, il faut attraper le voleur. Je vois qu’il ne peut pas faire grand-chose. Soudain, il regarde l’hôtesse droit dans les yeux et lui montre un paquet d’enveloppes. L’une d’entre elles était tachée de sang. Il l’ouvre et lui montre le doigt d’une femme à qui l’on venait de voler une bague en diamant. Nous nous sommes levés et nous sommes partis. Le voleur court toujours.

     

Le réveil : Le vol Dakar-Buenos Aires décollait très tôt, le réveil se faisait vers trois heures du matin pour un décollage à 05h00. Souvent le vol avait du retard, alors le standardiste sénégalais, nous appelait pour nous dire : « Allo Bwana ! tu peux dormir, l’avion il a du retard. »

 

Tourner en rond : C’était un vol de nuit Marseille-Alger en Breguet-deux-ponts. J’étais de garde. Je parcours la cabine et un colonel parachutiste m’interpelle en me disant : « Jeune homme ce vol n’est pas normal, nous tournons en rond, je vois la lune à gauche puis elle passe à droite. »

J’accuse réception à ses dires et je rentre dans le cockpit, nos trois techniques s’étaient assoupis. Je réveille le CDB surnommé « la Cigogne », je lui parle du colonel. Il me dit : « Dis-lui que nous cherchons un bateau ». Je lui réponds : « À cette altitude, il ne va pas te croire ». « Alors fais le venir ! ». J’ignore ce que la Cigogne lui a raconté, mais notre Colonel avait l’air satisfait de la réponse.

  

Le cercueil : J’obtins un repos bien mérité après plusieurs heures de vol, je décidai d’aller en Corse. Le seul avion disponible était un Breguet-deux-ponts effectuant Paris-Lyon -Marseille de nuit. Fatigué, je m’endormis sur une longue caisse, à l’arrivée je constatai que c’était un cercueil.

  

Ah ! L’amour : Roulage à Marseille-Marignane pour un décollage vers Ajaccio, notre hôtesse savait que son fiancé rodait tout près de la piste. C’était un officier de cavalerie basé non loin de Marseille, il était donc venu faire le beau avec son cheval. Pour saluer son jules, l’hôtesse eut la bonne idée d’ouvrir la porte arrière du Breguet en plein point fixe**. La porte s’arracha et s’envola comme un cerf volant. Le CDB, Mr Fenot, arriva comme un fou, alors que je constatais les dégâts. Il pensa que c’était moi. Je reçus un sacré savon mais lorsque que nous vîmes la pâleur du visage de l’hôtesse nous comprîmes tous de suite. 12 heures de retard pour une telle connerie.

Par la suite Mr Fenot, n’eut pas de chance, volant en planeur, un avion d’aéroclub le heurta et coupa le planeur en deux. C’était un homme d’une extrême gentillesse.

  

Les toilettes : Sur un vol Alger-Marseille, un passager ne sachant pas comment ouvrir la cuvette des toilettes se percha sur le lavabo pour délivrer la grande commission, le cri de l’hôtesse nous fit découvrir cette agréable surprise oh combien parfumée. Le pauvre bougre ! Mais comment avait il pu prendre cette position dans un endroit si étroit. C’est une question que je me suis toujours posée. Un sacré acrobate en tous les cas.

  

   

Rase-motte : en Breguet-deux-ponts, les pilotes avaient pour habitude de passer à très basse altitude dans les gorges du Lancone après le décollage de Poretta, voici une simulation de vol. Du cockpit, on voyait passer les voitures au-dessus de nous.  

 

Chaleur : Au roulage à Marseille dans un Bréguet-deux-ponts, un vieil Algérien a chaud, il décide d’ouvrir l’issue de secours pour avoir un peu d’air. Le bruit sec du hublot tombant sur l’aile nous alerta, sinon nous aurions décollé sans hublot. Heureusement ces avions n’étaient pas pressurisés.

Le chat et le perroquet. Sur un vol en B 747, une passagère laisse s’échapper son perroquet, une autre son chat, ce fut une sacrée course pour rattraper les deux.

Pas la bonne destination : Un passager yougoslave écoute l’hôtesse informant les passagers de la suite du vol : « Nous arriverons à New York dans 8h30 de vol ». Il allait à Zagreb...

 

Small World

Photo : Patrick Deroulède

1) Sur un vol Paris-Genève en DC 4, nous transportions des mannequins hommes pour les chemises américaines « Arrow ». Le vol était très orageux et les Douglas DC4 n’avaient pas de radar. Le commandant de bord, Mr Chemel,  avait dû prendre de l’altitude pour éviter des cumulonimbus***.

Faisant le service avec Régine Verdu, je tombai dans les pommes par manque d’oxygène. Régine se précipita dans le cockpit pour prévenir Mr Chemel qui aussitôt entama une descente. Allongé dans l’allée, un passager me giflait pour me réveiller. C’était Patrick Déroulède, un ancien pilote d’aéronaval qui avait suivi ses cours de pilotage à la B.A.N d’Asprettu en 1961 et moi j’avais effectué mon service à Asprettu. Il avait quitté l’aviation pour devenir mannequin.

 

2) Sur un vol Paris-Pointe-à-Pitre en Boeing 747 : Faisant un tour en cabine, j’entends une discussion entre deux passagers, un Corse et un Antillais.

Le Corse : avec un fort accent corse : « L’équipe de Bastia est la meilleure équipe d’Europe. »

Moi (avec un accent pointu très prononcé) : « Monsieur vous parlez du Sporting club de Bastia, cette équipe de brutes, qui ne savent que frapper et tricher ? »

L’homme faillit tourner de l’œil.

Le Corse : « Vous avez de la chance d’avoir un uniforme, sinon ça barderait. »

Moi : « O Mae ùn ti ni fà, so corsu anch’eu ! » (Mon gars ne t’en fais pas je suis corse moi aussi).

Gros éclats de rire et tout le monde est rassuré.

À l’arrivée, le Corse nous invite sur le paquebot « Mermoz ». Il était chargé de réparer la chambre froide du bateau en rade à la Guadeloupe.

Le lendemain tout l’équipage se retrouve invité dans la grande salle à manger de première classe, l’accueil est très chaleureux. Je suis assis à côté de l’un des officiers mécaniciens du « Mermoz ». Je lui demande s’il nous est possible de visiter les machines.

Après le café et les digestifs, nous voilà descendant dans le labyrinthe des machines. D’immenses moteurs diesels rutilants nous impressionnent. Soudain une voix : « Oh Dumé !!! » Je me retourne et je reconnais Antoine Fabiani, un copain du service militaire de la B.A. N d’Asprettu.  Quelle surprise et quel plaisir de le revoir ici !

  

  

A paura ! (la peur)

Sur un Marseille-Dakar en Boeing 747 : le poste du CCP (Chef de cabine principal) est à la porte de gauche. Nous n’allons pas tarder à décoller. Je suis assis juste en face de trois passagers, un homme assez baraqué, sa femme et leur fille.

L’homme dit à sa femme : « Aghj’ a paura » (j’ai peur).

Je reste immobile devant eux, et lorsque le commandant de bord met les gaz pour décoller, je fais un signe de croix et je fais semblant de prier. L’homme en face est blême.

Au moment où le train d’atterrissage rentre dans son compartiment et se bloque, je regarde l’homme fixement dans les yeux et je lui dis : « O Cagagliò ! » (espèce de trouillard !).

Vous auriez vu la tête de notre Corse.

Il était professeur d’histoire-géographie au lycée de Dakar.

   

 *Aujourd’hui 300 000.

** Point fixe : essai des moteurs à plein régime.

*** Nuages d’orages.

  

  

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