Le mobilier en Corse au temps des Bonaparte

26,5 x 24 cm - 224 pages

9782824108995
34,00 €
TTC

Pionnier, l’ouvrage offre au lecteur une première mais fondamentale approche, richement illustrée, de l’intimité des intérieurs corses du XIXe siècle.

Description

Deux empereurs successifs, deux révolutions, trois républiques et une monarchie ont parfois ruiné, parfois enrichi les familles insulaires au gré de leurs adhésions politiques plus ou moins heureuses. Le statut social de celles-ci, illustré en honneurs et titres s’est aussi exprimé par l’accumulation de biens immobiliers, terres et demeures,... mais aussi par l’acquisition de mobilier, souvent de prestige, tout au moins de qualité.

L’exposition temporaire de la Maison Bonaparte (2018), propose de visiter ces témoins du passé conservés dans les demeures patriciennes de l’île. L’ouvrage, constitué de contributions de spécialistes insulaires, continentaux et internationaux (historiens, historiens de l’Art, conservateurs, ébénistes, etc.), ouvre des pistes de recherches originales : modèles, fabrication, réseaux commerciaux, histoires particulières, etc.

En outre il propose pour la première fois l’inventaire complet détaillé et historicisé du mobilier de la Maison Bonaparte, et un catalogue des œuvres réunies pour l’exposition.

Pionnier, l’ouvrage offre au lecteur une première mais fondamentale approche, richement illustrée, de l’intimité des intérieurs corses du XIXe siècle.

 

Extrait de la préface

Contexte

Sous le Directoire (1795-1799), le destin de la France et celui des États italiens sont étroitement mêlés : non seulement par la première campagne d’Italie, mais également par la proclamation des Républiques sœurs qui importent dans la Péninsule le modèle politique français.

Le jeune général Bonaparte a un rôle essentiel dans ces événements. Le décor de sa maison natale, à Ajaccio, va se faire l’écho de cette confrontation ; mais sa famille, au moins depuis son père Charles Bonaparte, s’est toujours intéressée tant au goût français qu’au goût italien. C’est ainsi qu’entre dans la maison une poudreuse estampillée Durand, maître en 1761.

Dès lors, on ne s’étonnera pas de voir Joseph Fesch, oncle de Napoléon, envoyer en décembre 1797 depuis l’Italie vers Ajaccio un beau mobilier milanais, attribué jusqu’à ce jour à Giuseppe Maggiolini, l’ébéniste de l’impératrice Marie-Thérèse, mais que Giuseppe Beretti (dans ce catalogue) donne à Giovanni-Battista Maroni. Pendant ce temps, sa sœur Letizia achète au marchand Laplane de Marseille des meubles pour son salon qui lui parviennent le 22 septembre 1798.

Le xviiie siècle, siècle d’or de la Corse puisqu’il comprend à la fois les révolutions de Corse (1729-1769), le gouvernement de Paoli et l’ascension de Bonaparte, offre donc un cadre historique extrêmement divers, susceptible de mettre en œuvre la circulation de modèles tant italiens que français, sinon anglais. De la sorte, la provenance du mobilier illustre le positionnement d’une classe sociale dans les enjeux internationaux du moment, non seulement dans ses engagements politiques, mais également dans son choix du modèle culturel le plus évident. Les acquisitions de Charles, de Letizia puis de Fesch en sont les exemples.

En effet, dans la seule famille Bonaparte on trouve l’archidiacre Lucien qui regrettait les Génois ; Charles qui, après avoir été paoliste, dépensait de fortes sommes lors de ses séjours parisiens ; Fesch déjà fasciné par l’art italien ; Letizia qui se remémorait les beaux intérieurs de ses amis marseillais ; tandis que Joseph, Élisa et Napoléon semblent eux avoir adhéré complètement au néo-classicisme.

Car le xviie, siècle de fer des Génois, et le xixe siècle après 1815-1820, tout comme les styles Restauration et Second Empire n’offrent pas les courants multiples, sinon opposés du xviiie siècle. Ce dernier, siècle d’or de la Corse, est aussi celui de l’ascension des Bonaparte dans une partie de la Méditerranée où s’affrontent la république de Gênes, les Habsbourg de Vienne, les Bourbon de France, de Madrid et de Naples, les Anglais, et où s’aventurent les Russes, protecteurs de l’ordre de Malte.

En travaillant plus particulièrement sur l’époque de l’ascension des Bonaparte, et plus largement sur le xviiie et le début du xixe siècle corses, nous savions travailler sur une période particulièrement riche du mobilier insulaire. En Corse proviennent des meubles de Paris et de Provence (Marseille, Aix), des meubles génois, toscans, milanais et romains. Il aurait sans doute fallu explorer la piste napolitaine, mais le temps nous a manqué, néanmoins nous nous sommes intéressés à la production piémontaise qui présentait la particularité de se positionner entre la France et le reste de l’Italie. Comme on le verra plus loin, une production « régionale » (même s’il s’agissait alors d’États souverains en Italie) peut réserver des surprises : comme ce mobilier de style anglais fabriqué à partir des modèles britanniques dans les différentes capitales de l’Italie d’alors. Un ébéniste peut en cacher un autre : comme Maroni qui reprend les modèles de Maggiolini. Et tandis que les commanditaires corses se passionnent pour tous ces meubles venus des terres fermes voisines, ils passent des commandes aux ébénistes insulaires. Ceux-ci peuvent soit imiter les modes nouvelles, soit s’inscrire dans un temps plus long, par exemple en reproduisant le modèle de la table pisane, une table dont le piétement dévoile des modèles baroques évidents, bien loin de l’époque où les Pisans régnèrent sur la Corse (jusqu’en 1284), modèle que l’on retrouve jusqu’au xviiie siècle, et qui mériterait bien mieux le nom de table d’Orezza comme le propose Pantaléon Alessandri.

Il y a eu sûrement aussi des résistances : comme les patriciens bastiais réunis dans la confrérie de la Sainte-Croix qui commandaient pour leur église un magnifique décor de style Barochetto en 1772-1775, tandis que les autorités françaises érigeaient l’altière porte de la citadelle de Bastia, « du règne de Louis XVI » de style néoclassique, en 1775-1776. On peut ainsi imaginer que les traditions familiales et les anciens circuits commerciaux ont fait que certaines familles ont sinon opposé, du moins fait cohabiter des meubles baroques génois et des meubles Empire français. C’est ainsi que l’on voit perdurer sur un temps très long la table d’Orezza (dite table pisane), et que l’on voit les habitants de Cateri construire une église baroque en plein Premier Empire (recherches en cours de Monique Traeber, Madeleine Allegrini et Pierre Vaucher).

Jean-Marc Olivesi, conservateur du musée de la Maison Bonaparte

 

Sommaire

Préface Amaury Lefébure

Introduction Le mobilier en Corse au temps des Bonaparte. Circulations,  modèles, influences et adaptations : les élites corses et leur décor, 1769-1815 J.-M. Olivesi

Le mobilier de la Maison Bonaparte J.-M. Olivesi

Joseph Fesch et les meubles milanais de Giovanni Battista Maroni G. Beretti

Le faste en série. Notes sur la production de mobilier dans la Toscane du temps des Bonaparte A. Mercurio

Les caractéristiques  du mobilier génois du xvie au xixe siècle G. Roccatagliata

Le mobilier piémontais R. Antonetto

Bois, pierre et bronze : notes sur le mobilier néoclassique romain R. Valeriani

Dionisio et Lorenzo Santi, architectes et dessinateurs du cardinal Fesch L. Wood

Le mobilier des notables bastiais au xviie et au xviiie siècle •  J.-C. Liccia et M.-É. Nigaglioni

Le mobilier des familles de notables bastiais dans la deuxième moitié  du xviie siècle à travers des documents de saisie A.-M. Graziani

Mobilier et ameublement dans les maisons des notables balanins à la fin de l’époque moderne L. Castellani

Palais Santelli, 1 rue du Cardinal-Viale-Prelà à Bastia 1780-1814. Mobilier et décor F. Piazza

Meubles et artisans du mobilier dans les églises de Corse J.-Ch. Ciavatti

La Corse au xviiie siècle P. Alessandri

Les collections de mobilier dans les musées de Corse : un corpus représentatif de la richesse typologique des décors domestiques de l’île J. Tristani

Le mobilier corse à travers l’enquête ethnographique 909 des ATP A. Giuliani

Les « maisons de Cincinnatus », invention, évolution et réalités de la perception du mode de vie des élites corses au xviiie siècle S. Gregori

Notices des œuvres

Bibliographie sélective

 

Ont contribué à la rédaction de cet ouvrage :

Pantaléon Alessandri, ébéniste, spécialiste du mobilier ancien corse

Roberto Antonetto, spécialiste du mobilier piémontais du xviiie

Giuseppe Beretti, professeur en histoire de l’art à l’università Statale di Milano (spécialiste de Maggiolini)

Laetizia Castellani, docteur en histoire moderne et contemporaine, UMR Lisa, université de Corse

Jean-Charles Ciavatti, chercheur au service de l’Inventaire de Corse (Collectivité de Corse), conservateur des Antiquités et Objets d’Art de la Haute-Corse

Audrey Giuliani, attachée de conservation au musée de Bastia

Antoine-Marie Graziani, professeur d’Histoire moderne à l’université de Corse.

Sylvain Gregori, directeur du musée de Bastia

Jean-Christophe Liccia, ancien chercheur indépendant, président de l’association patrimoniale Petre Scritte

Amedeo Mercurio, historien de l’art, Soprintendenza Archeologia Belle Arti e Paesaggio per le province di Pisa e Livorno

Michel-Édouard Nigaglioni, chercheur au service de l’Inventaire de Corse (Collectivité de Corse)

Jean-Marc Olivesi, conservateur en chef du musée national de la Maison Bonaparte

François Piazza, ancien élève de l’École normale supérieure, collectionneur

Gianna Roccatagliata, expert près les tribunaux de Gênes

Julia Tristani, attachée de conservation au musée de la Corse

Roberto Valeriani, historien de l’art, expert en arts décoratifs, Rome

Lucy Wood, conservateur honoraire au Victoria & Albert museum de Londres, membre de la Chippendale society

Détails du produit

Parution
Albiana - Musée national de la Maison Bonaparte 2018
Format
26,5 x 24 cm
Nombre de pages
224

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