Les Ornano

Les Ornano

Un lignage féodal dans l’Histoire de France

16,5 x 24 cm - 456 pages

Thèses
9782846982702
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L’histoire d’une famille d’origine corse, les Ornano, qui tient une place unique dans l’histoire de France, relatée par un des siens. Présentation d’Alain Juppé Préface du comte Yves de Dreux-Brézé

Description

Extrait du prologue

En Corse, tout est étrange, mystérieux, sombre et même parfois tragique. Tout y est paradoxe et conflit permanent. Mais c’est aussi une région envoûtante, encore enveloppée de mythologie où à défaut d’y vivre, ses enfants y reviennent très souvent pour finir leurs vieux jours. « Un Corse ne s’exile pas, disait Moro-Giafferi, il s’absente. » Formule lapidaire qui reflète bien l’amour que chaque insulaire porte à sa terre natale et ce, quoi qu’il fasse et où qu’il aille. Celui qui est né dans le cocon de la communauté n’en prend moins pas la décision sans une certaine douleur, éprouvant même parfois le sentiment de trahir. En tout cas, à moins d’un ressentiment profond, il pense toujours au retour. Ulysse en personne dit la légende, accosta l’île et si son histoire commence pour certains au chant X de l’Odyssée, on retrouve aussi derrière la légende rapportée par le chroniqueur Giovanni della Grossa, (1388-1484) le même fil conducteur reliant les rivages de l’Asie Mineure à ceux de la Corse : « Un chevalier troyen, du nom de Corso, aurait après la chute de Troie, suivi Énée à Carthage. Tandis que le fils d’Anchise, subornait Didon, Corso séduisit Sica, une des nièces de la reine. Sica plus heureuse que Didon, ne fut point délaissée : Corso l’emporta avec lui en suivant Énée. Mais la jeune fille avait un frère, nommé Sardo, qui partit à sa poursuite. Le neveu de Didon ne put rattraper sa sœur et on devine la suite. Énée débarque en Italie. Corso et Sica dans une île qu’ils appellent Corsica en l’honneur de leur mariage. Quant à Sardo, à cause de son nom, il ne pouvait s’égarer nulle part ailleurs qu’en Sardaigne. »

Voilà pour la légende, tout du moins pour l’une d’entre elles, car il y en eut beaucoup d’autres. Dans les années 1890, le prince Roland Bonaparte brossa ce tableau au retour d’une excursion dans l’île : « De même que l’Irlande, la Corse pourrait être surnommée l’île verte ; ses maquis, ses châtaigneraies, ses bois d’oliviers, ses grandioses forêts d’arbres résineux, de hêtres, de chênes verts la recouvrent d’un immense manteau de verdure. Nulle terre n’est plus parfumée : au printemps, les bruyères arborescentes, puis les cistes et les genêts d’Espagne ; en été les myrtes, les thyms, les chèvrefeuilles embaument l’air […] Dans aucun autre département français, la broussaille n’a envahi des territoires d’aussi grande étendue. Ces forêts, où les arbrisseaux et les arbustes atteignent la taille de petits arbres, ont autrefois protégé l’indépendance corse en offrant aux habitants des refuges impénétrables ; aujourd’hui encore ils sont la sauvegarde du pays. »

C’est dans la vallée du Taravo que se trouve le chef-lieu de canton Sainte-Marie Sicchè, l’un des plus étendu de la Corse. Il est situé dans le sud-ouest de l’île, inséré entre deux chaînes de montagnes et deux fleuves : le Taravo (qui lui a donné son nom) et le Prunelli. Il constituait encore en 1788 l’ancienne piève d’Ornano. Piève qui avec celle de Cauro et de Talavo, appartenait jusqu’au cours des xviie et xviiie siècles à la seigneurie Ornano-Bozzi. Ornano dépendait alors de la province d’Ajaccio, elle comptait également outre les pièves du Talavo et de Cauro, celles d’Ajaccio, de Mezzana et de la Cinarca. Sur une largeur d’environ 13 km, la vallée, l’une des plus étendue de la Corse, couvre près de 650 km2. Elle s’étire sur plus de 50 km de long. En venant d’Ajaccio, on pénètre dans l’Ornano par le col de San Ghjorghju (Saint-Georges), qui culmine à plus de 700 mètres d’altitude. La vallée s’étend du col de Verde au nord (1 280 m, dans la piève du Talavo tout proche de la source du Taravo) jusqu’à Porto Polo en bordure de mer.

Ce qui était hier la piève d’Ornano, compte près d’une trentaine de localités, dont Sainte-Marie Sicchè qui est la commune la plus importante du canton. Ce canton qui encore aujourd’hui porte le nom d’Ornano. « Souvent le voyageur, qui se rend d’Ajaccio à Sartène et Bonifacio, néglige en passant une région qui s’épanouit en collines verdoyantes et massifs majestueux de Sainte-Marie d’Ornano è Sicchè à Zicavo, le passage de cette région est une succession de sites admirables. On ne peut voir nulle part d’aussi imposantes masses d’arbres, une allure aussi grandiose des plans et des fonds offrant des lignes si simples et si pures », écrivait le peintre Georges Vuiller en 1830. Avec ses dix-sept communes, l’abbé Bartoli évaluait, en 1898, la population du canton à environ 10447 habitants, dont 785 pour Sainte- Marie. Déjà, vers 1530, dans sa description de la Corse, le chroniqueur Ceccaldi montrait l’opulence de cette région, où l’on pouvait admirer des paysages dignes de ceux brossés par le peintre paysagiste Claude Le Lorrain : « Vient ensuite la piève d’Ornano, qui compte, aux dires de certains, mille feux (foyers) répartis en une trentaine de villages, Santa-Maria, Zigliara et Cognocoli, parce que dans ces trois villages, habitent les seigneurs d’Ornano et de Bozzi. Elle produit des céréales et du vin ; à cause de l’excellente qualité de ses pâturages, on y élève quelques troupeaux de chevaux. »

D’autres y voient même jusqu’à la touche de Poussin ou de Salvatore Rosa. Lucette Poncin dans son Guide du Taravo évoque, cinq siècles plus tard, cette belle vallée avec cette même ferveur dans sa description picturale : « Aujourd’hui, certes, les jardins en terrasses sont abandonnés mais les chênes yeuses continuent à s’arrondir en coupoles sur leurs troncs robustes. Les troupeaux animent de vastes prairies bien entretenues. Les villages aux demeures austères dans leur noblesse se parent presque toute l’année de roses, de géraniums, d’hortensias, de roses trémières, pour le plaisir des yeux. Les talus ombreux sont couverts de cyclamens aux fleurs rose vif, de buissons de cistes aux larges fleurs roses et blanches… Les arbousiers offrent à la fois fleurs blanches et baies rouges. Non. L’Ornanu n’a pas perdu son charme. »

Pierre Gastine, grand voyageur devant l’éternel, décrit Sainte-Marie Sicchè en ces termes : « Refuge contre la folie des pirates, ce village se trouve sur un coteau, à cinq cents mètres d’altitude, presque tout au fond de cette profonde et large vallée du Taravo, l’une des plus grande de l’île. Ici, venaient trouver refuge les populations des villages du littoral quand les pirates se livraient à leurs razzias. Plutôt que de s’être développé de façon concentrique autour de son noyau, le village a adopté la forme d’une étoile de mer, comme l’urbanisation à partir du xixe siècle s’est faite en bordure des nombreuses routes qui y conduisent. Sur celle qui mène à Grosseto on remarquera la belle église Santa-Maria. Non loin, s’élève la maison fortifiée, aujourd’hui en ruines, que fit construire Sampiero en 1554 après que sa demeure de Bastelica eût été brûlée par les Génois. »

C’est à Sainte-Marie qu’il faut donc situer l’enracinement de cette famille, si l’on s’en tient à la tradition explicitement reconnue par la maintenue de noblesse 1776, tradition qui semble bien être née au milieu du xve siècle, lors de la mise au pas des seigneurs de l’Au-Delà par le pouvoir génois. C’est en effet dans cette haute époque de turbulences, que les Ornano durent se resserrer autour de l’église piévane de leur ancien fief. Sainte-Marie et son église étaient depuis le xie siècle le lieu de l’autorité légitime la plus constante, et il était donc naturel que les descendants des seigneurs déchus s’y accrochent et s’y fixent définitivement. Même si leur résidence éponyme n’est pas la première où l’on pourra les localiser, elle devint à la longue la seule qui fit dès lors figure de « berceau » ancestral. Elle représentait la continuité familiale, représentative d’une tradition admise finalement par tous. Aujourd’hui, ce lieu est constitué par un ensemble cohérent constitué par un village et deux hameaux, situés à quelques enjambées les uns des autres : le village de Sainte-Marie (d’Ornano) d’une part, les hameaux de Sicchè et de Vico (d’Ornano) d’autre part.

Sainte-Marie, chef-lieu de canton de 890 habitants en 1890 (aujourd’hui à peine plus de 360) était un gracieux village (malheureusement aujourd’hui défiguré par un habitat hétéroclite) aux confortables maisons construites en pierre de taille… une jolie petite ville en miniature, observait madame Beaulieu-Delbet, il y a un siècle, alors qu’elle était l’invitée de la famille d’Ornano. Son développement au xixe siècle, a fait de Sicchè son voisin, le petit parent pauvre. Un ravin étroit où coule la rivière du même nom, et que l’on franchit par un pont, sépare les deux bourgades qui finalement n’en feront qu’une. À Vico, troisième conglomérat de constructions éparses, toutes situées dans un périmètre relativement restreint, se trouvent le palazzo de Sampiero datant du xvie siècle, le manoir où vivent encore en ce début du xxie siècle les descendants de Renuccio d’Ornano, et le petit château de Paolo Francesco d’Ornano, édifié dans les années 1900. Voilà planté le décor d’où sortira l’illustre maison féodale qui porte le nom d’Ornano.


Table des matières

Présentation d’Alain Juppé
Préface du comte Yves de Dreux-Brézé
Introduction
Prologue

Chapitre I

Le signe d’une parfaite noblesse
L’origine de la seigneurie
Apparition d’une maison
Un regard tourné vers le large
Un esprit de résistance
Origine des noms propres
Racines grecques et italo-latines du patronyme Ornano
Les Ornano et la vendetta

Chapitre II

La noblesse corse
La chefferie corse
Comte de Corse, une fragile dignité populaire
Immobilisme et pauvreté de la noblesse corse, les raisons
Gênes face à la noblesse insulaire
Les comtes Cinarchesi
Le berceau ancestral
Une race de soldats
Le Régiment d’Ornano

Chapitre III

Le mythe fondateur
Les raisons du mythe
Les origines légendaires, rite ou tradition ?
Les Ornano bâtisseurs
Un statut noble. De l’indépendance à la soumission
L’origine des Ornano ?
Les Ornano, une datation incertaine
Une devise comme tombée du ciel
Tiraillés entre Gênes et la France
Sous le boisseau génois

Chapitre IV

Pauvre, mais bien noble !
Les critères de noblesse
Ornano des villes et Ornano des champs
Maîtres génois et vassaux corses
Le joyau de la Méditerranée
L’Office de Saint Georges
La Corse simple enjeu stratégique ?
« Signore », « Nobile » et « Magnifico »
De Truffetta d’Ornano à Sampiero Corso
Le principe de légitimité chez les Ornano
La noblesse des Ornano et le droit nobiliaire français
Le choix du patronyme
L’ascendance féodale de Truffetta Ier, seigneur d’Ornano
Trois reconnaissances de noblesse

Chapitre V

Personna non grata
L’arrêt suspensif
La mort de Sampiero
Le poids d’une faute
La force injuste de la loi !
Éviter les choses qui fâchent !
Une étonnante particularité
De l’usage de la particule
Une impossible pacification
Un front toujours désuni
Les luttes claniques
Les Ornano, des feudataires à peine tolérés

Chapitre VI

Le droit d’aînesse et le principe d’égalité
Le droit d’aînesse et le préciput
Le droit d’aînesse face à l’envie
Du droit d’aînesse au droit de vendetta
Le principe de précaution
Le fil d’Ariane rompu !
De Truffetta d’Ornano à Antonio I d’Ornano
Primogéniture entre les trois fils légitimes d’Orlando II
D’Antonio I d’Ornano aux magnifico colonels Antonio et Renuccio d’Ornano
Primogéniture entre Antonio I et Alfonso naturel, fils d’Orlando II (1470)
Une fausse querelle
Méthode d’analyse et problématique familiale
Primogéniture entre les colonels Antonio III et Renuccio d’Ornano
Ghilfucio dit Gallucio d’Ornano en croisé latin : une légende ?
Demandes de maintenue de noblesse en ordre dispersé
Un face à face corso-corse

Chapitre VII

Au rang des vanités ou les titres nobiliaires
La Corse, une terre sans titres
Les titres nobiliaires portés par les Ornano
Duels à fleurets (titrés) ou l’art de perdre son temps !
Les titres nobiliaires accordés aux Ornano, par le roi de Corse
Les titres d’Empire, une raison de ne jamais désespérer !
Une république décidément bonne fille !
Les titres de courtoisie et de cour, un pis aller !
À la cour, des grands absents
« Ici, le roi c’est moi ! »
Les usages en matière de titres
Le fait accompli

Chapitre VIII

Savoir survivre !
Le goût de l’hécatombe chez les Cinerchesi
Les quatre rameaux Ornano encore subsistants
Quatre autres rameaux d’Ornano s’éteindront aux xiie et xviiie siècles
Une étonnante fixité
Les Ornano à l’épreuve du temps
L’avenir est à la grâce de Dieu !
Généalogie commentée
Des châteaux aux tours
L’abaissement des seigneurs et la destruction des châteaux
Les tours de la vallée de l’Ornano
La tour Vannina
Ses premiers habitants
Le rameau de Casabianca et la tige de la tour Vannina de 816 à 2004
La tour Vannina et le palazzu Sampiero : deux pôles fédérateurs pour une identité clanique

Chapitre IX

Bordeaux, vers la renaissance
Les derniers jours d’un maréchal de France
Les tribulations d’une dépouille
Par un heureux hasard
Une délibération opportune
Les cérémonies du transfert
Remerciements au Palais Rohan
Souscription pour une croix. Deux bas-reliefs
Une injustice réparée

Épilogue
Annexes : Biographies. Tableaux généalogiques. Héraldique. Chronologie.

Détails du produit

Parution
Albiana 2008
Format
16,5 x 24 cm
Nombre de pages
456
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