Cosu nostru

12,5 x 21 cm - 144 pages

Nera
9782846982924
9,00 €
TTC

Avec Cosu nostru, la Corse se découvre un univers criminel burlesque où les truands décident un jour de devenir enfin des pros... Manipulations, coups de force, intimidations... Ajaccio est devenu le théâtre d'une vaste farce macabre.

Description

Quatrième de couverture

Paulo va mourir. Et Battì le sait parce qu’il l’a rêvé… Il sait aussi qu’avec ce genre de rêve, son pote n’en a plus que pour quatre jours. La maladie ? Non, c’est l’assassinat qui mettra fin à l’existence insouciante du petit prof… Mais justement, quel peut bien être le mobile d’un tel crime ?

Les malfrats locaux, les antiterroristes, les nationalistes rivaux ou même les condés… qui donc a intérêt à voir disparaître l’ami d’enfance de l’inspecteur ? Dans les bas quartiers d’Ajaccio, la pègre se réveille et les sgaiuffi veulent prendre le pouvoir : Attenti !


Extrait

Quatre jours !
Batti s’était réveillé en sursaut, le cœur au triple galop et les mains crispées sur les draps imbibés de sueur.

« Toc de cliché ! » la réplique fusa dans son esprit comme une évidence.
La principale qualité de Battì était peut-être ce détachement anglo-saxon, cette froide autodérision qui érigeait une barrière entre lui et les petits drames du quotidien. « O miraculi ! Me retrouver à l’aube trempé dans mes draps pensa-t-il… Faudrait que je me lève à poil pour aller chercher la bouteille de lait au frigo, lumière bleutée et stores californiens… là oui que ça serait vraiment hollywoodien au moins, à l’usu Mel Gibson dans L’Arme fatale 1… ou 2, je sais plus ! »

Mais son appartement n’était pas vraiment l’endroit où dénicher une bouteille de lait. Ni un quelconque autre liquide non alcoolisé, d’ailleurs. Comme chez tout bon quadra célibataire, son frigo ne contenait qu’un peu de salade flétrie et une boîte de thon entamée.

Il avait besoin de se changer les idées, à tout le moins d’éviter de trop penser pour le moment… Il alluma le player de son ordinateur avant même de se faire un café et l’appartement s’emplit aussitôt d’une ardente mélodie irlandaise dont les notes semblaient devoir planer éternellement et de plus en plus haut sans jamais toucher terre. Guitare, banjo, mandoline, violon… et l’expérience de siècles d’animation live de pubs et de fêtes rendaient ce genre de quatuor inimitable à l’oreille de Battì. Toute la sereine authenticité de la musique populaire moderne était là, avant le grand choc de sa rencontre avec les chanteurs du Sud des Etats-Unis qui allait donner naissance au rock et c’est bien cela qu’il recherchait en ce moment précis : la quiétude et la pureté.

Mais le songe de la nuit lui torturait le cerveau et ça n’irait pas en s’arrangeant. Même si au réveil ses rêves lui paraissaient des superstitions d’un autre âge, les précédentes équipées nocturnes l’avaient anéanti : rêver la mort de quelqu’un, surtout si on vous avait convaincu que ça devait réellement se passer, n’était pas chose facile à porter.

À qui confier de telles croyances moyenâgeuses ? À qui parler de ses doutes, de ses hallucinations ? Ce silence qu’il s’imposait accentuait son malaise. Sans savoir s’il était fou ou bien crédule ou tout simplement héritier de siècles de fantasmagorie paysanne il lui faudrait pourtant bien démêler mythe et réalité car là il s’agissait de son ami, de son meilleur ami même. Celui des virées de fac, des boules puantes de la communale et des premiers tours de roue de tricycle !

À quand pouvait bien remonter leur première rencontre ? Battì ne s’en rappelait même plus.
Où ? Il s’en doutait : sûrement dans quelque caniveau du Seminariu, le vieil immeuble populeux du centre-ville ajaccien, désormais rasé, en même temps d’ailleurs qu’une bonne partie de la mémoire de la cité.

Comment ? Oh, on pouvait très bien imaginer que Paulo avait perdu ses billes, ou tout autre objet, en jouant avec Battì et que celui-ci, c’était probable, les lui avait rendues à la vue de l’air malheureux de Victime Innocente qu’il savait si bien prendre.
Car son ami était le champion toutes catégories des victimes innocentes. Il avait érigé cet état d’esprit en concept. Il en avait fait un Art.

Un art appliqué. Il organisait à tous bouts de champs des « installations » d’art contemporain en victime innocente : en boîte, durant leurs années d’université, dès qu’une jeune fille lui plaisait et passait à sa portée, hop ! Une installation de victime innocente, et il l’emballait… parfois.

Il réalisait des performances d’artiste avec les profs aussi : à la moindre interro surprise ou au moindre oral de rattrapage, Paulo pouvait peaufiner son numéro de candide, persécuté par un sujet d’examen ingrat.

Cela marchait avec sa mère aussi, sur qui son art faisait des ravages les lendemains de soirées estivales trop arrosées. Son père était nettement moins sensible à l’art en général et à celui de la victimisation innocente en particulier, cette confrontation entre l’artiste et le béotien tournant invariablement à l’avantage du second.

En règle générale cependant l’exercice de cette discipline lui facilitait grandement la vie : victime innocente d’une fiancée jalouse dès qu’il avait envie de scapper d’un apéro, ou victime innocente d’un apéro dès qu’il avait une fiancée jalouse…

C’est tout naturellement porté par ces capacités artistiques hors-normes qu’il avait intégré les beaux-arts pour, but ultime, obtenir une place de professeur de dessin au lycée Fesch d’Ajaccio, victime innocente de cancres sublimes.

Et c’est cet artiste fabuleux, gloire de la cité impériale, égérie de centaines de célibataires ajacciennes, qui devrait disparaître ? Quand tant d’authentiques enfoirés pourrissaient la vie de l’inspecteur Battì Stellini !


On en parle

Interview filmée:
https://www.youtube.com/watch?v=1WzZWCJZdzM

Détails du produit

Parution
Albiana 2009
Format
12,5 x 21 cm
Nombre de pages
144
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