L'apparition

15 x 20 cm - 144 pages

E Cunchiglie
9782846981934
15,00 €
TTC

Une création littéraire d’une rare intensité… d’une rare humanité illustrée par des encres d’Isaac Celnikier.

Description

Quatrième de couverture

Un peintre décide de disparaître pour accomplir une œuvre unique, majeure, une « apparition ». Son destin ne peut en effet se clore que par cette épiphanie picturale, comme le sens ultime d’une vie posée sous le sceau de l’énigme de la survie miraculeuse : enfant, il fut extrait d’un charnier dans un camp de concentration, ne devant la vie qu’à l’acharnement d’un soldat.

L’écriture, basée sur la « façon » du peintre Isaac Celnikier, auteur d’une série intitulée « Les Têtes », est hachurée, surchargée, noire, violente et vibrante. Elle pourrait être ainsi intégrée dans la catégorie prose poétique, si le récit sous-jacent, cette littérale apparition littéraire, ne conduisait à une appréhension plus large, à la limite du roman.
Une lancinante question d’une brûlante actualité…

La Shoah en toile de fond pour une question fondamentale : peut-on vivre après cela ? Comment vivre après cela ? La question de l’inhumanité inhérente à l’espèce humaine, sa violence, son absurdité maladive, sa propension au mal et, en opposition radicale, sa force de vie et le mystère de la créativité sont autant de réflexions très contemporaines. Objet littéraire très original, L’Apparition est une toile littéraire ou un roman pictural qui séduira les amoureux de la littérature sans ornières.


Extrait

« Ici, Bon Dieu ! Ramenez-vous les gars, ramenez-vous vite ! Ici, il y en a un de vivant. Un gosse ! »

Abattus, harassés, perclus, las, ils bondirent à l’appel, se ruèrent vers le lieu de l’action, avec la certitude prompte de cœur et d’âme qu’ils avaient en aimant et respectant les morts sauvés une vie. Ils dévalèrent vers l’appel fébrile comme un père à l’accouchement au premier vagissement. Ils accoururent comme on accourt à une fenêtre ou sur une terrasse lorsque claquent les premières crépitations d’un feu d’artifice, comme l’on déchire avec frénésie l’enveloppe d’une lettre d’amour.

Lorsqu’ils furent à l’endroit d’où avait surgi le cri, le lieutenant André Puils sortait un corps d’enfant de la touffeur dans une sismographie de l’horreur. Nulle précipitation… Pas de cris… Des regards… Deux d’entre eux détalèrent à l’antenne sanitaire prévenir l’équipe médicale qu’il y en avait un, au moins un, dont ils allaient avoir à s’occuper. Les autres, immobiles, attendirent leur retour dans un mutisme minéral, s’apeurant presque à respirer trop profondément. Ils détenaient la force et la majesté du granit. Ils ne détachaient ni leurs yeux ni leurs idées de la dolence que Puils tenait dans ses bras. Ils se concentraient à lui insuffler leur énergie individuelle et collective. Ils collectaient une méthode de préservation. Ils collectaient leurs forces. Certains se prirent la main. Certains prièrent. Chaîne. Chaînon. Pas un mot… pas un cri… des regards… Ils regardaient l’enfant. Deux brancardiers arrivèrent, se saisirent du miraculé, le posèrent sur la civière.

« Il est vivant n’est ce pas ? demanda Puils
– Oui, il semble bien que oui mon lieutenant » répondit l’un des deux.
Et ils s’en allèrent avec l’enfant.
Ils les laissèrent à leur Adoration.

Voilà ce qu’ils avaient vécu en ce lieu : leur arrivée, la vue des fosses et des tas, l’ordre de Puils, le déplacement des morts, la découverte de l’enfant, les pleurs, le cri de Puils.
Ils ne pleuraient plus. Ils s’étaient souvenus. Ils se souvenaient

Ils demeurèrent un instant encore sans se parler, juste à se regarder. Un instant de pureté, un moment de pure fraternité. Puils, épuisé, vaincu par les émotions ne put endiguer de nouveaux sanglots et de nouveaux cris, ces cris prémices de paroles d’hommes en révolte, en souffrance, en errance. Ces cris qui ne sont pas des mots, pas encore ; qui sont des souffles d’explosion, l’explosion d’une expression par un son d’une émotion qui gicle.

Ils éclatèrent à nouveau en l’agenouillant dans une génuflexion d’abattement. Spontanément un homme vint à lui, le releva et l’embrassa en lui susurrant : « Merci ». Et tous firent de même, chacun logeant en un endroit de lui une part de cette existence sauve. Tous s’en vinrent baiser ses joues humectées de larmes en le remerciant avec profondeur, avec l’authenticité et la sincérité des choses simples, avec la force de la simplicité, cette force invisible, cette force indicible, cette force invincible. Ensuite, quand tous l’eurent embrassé, ils se donnèrent mutuellement une accolade, une franche et ferme poignée de mains, un regard, un sourire, un frisson, un don, et ils reprirent leur travail de titans sans un mot, sans un cri, jusqu’au dernier des cadavres.

Détails du produit

Parution
Albiana 2007
Format
15 x 20 cm
Nombre de pages
144
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