Carton rouge

12,5 x 19,5 cm - 192 pages

Nera
9782846982580
12,00 €
TTC

Le ballon à Marseille, c’est une passion… que dis-je ? Une religion ! Tous les minots apprennent ça en tétant… Un polar ballon rond.

Description


Quatrième de couverture

À Marseille, si tout n’est pas rose, il reste au moins le blanc et bleu, celui de l’OM ! Et chez les « petites gens » c’est un moteur suffisamment puissant pour débrider toutes les imaginations. Dans la famille recomposée, c’est le cadet, celui qui est dans le fauteuil roulant qui mène le bal, et son idée de génie qui nécessite quelques fonds de départ conduit les trois frères au hold-up… raté ! On n’est pas loin du Pigeon de Mario Monicelli, ni de la famille Malaussène de Pennac…

Le ballon à Marseille, c’est une passion… que dis-je ? Une religion !!! Tous les minots apprennent ça en tétant… Mais, avec l’Ohème, c’est aussi un biznès ! Un gros biznès !!! Et tous les biznès ici sont bons pour se sortir de cette mouise qui s’accroche à vous pire qu’une arapède à son rocher… Alors, quand vous traînassez toute la journée dans un fauteuil roulant pour des raisons peu avouables, que vos deux demi-frères sont déjà sur la brèche pour se payer de vraies vacances aux Baumettes, que votre sœur (demie aussi) fait pelouse avec tous les garçons qu’elle rencontre, que votre grand frère (demi encore) n’est jamais là et que votre mère continue ses explorations conjugales… il vous reste plus qu’à tenter un grand coup !

Or là, c’est « But en or » ou… « Carton rouge ! » Rien d’autre…


Extrait

« Le foot, vous aimez ?… Moi, l’Ohème, c’est ma passion. Attention ! Je dis passion. Pas amour… L’amour, je connais aussi. C’est autre chose. Si ça vous chante, on en parlera plus tard.

Faudrait quand même pas en conclure que je suis de ces jobastres aux torses nus qui garnissent les travées du Stade Vélodrome. Des fadas qui été, automne, hiver, printemps, mistral ou tramontane, braillent dans le mégaphone pour exciter des plus nessi qu’eux. Non. Moi, avant tout, je suis pour le jeu. Le beau jeu ! Et le beau jeu, en France, c’est l’Ohème. Personne ne peut dire le contraire. Sauf des Parisiens ou des Lyonnais. Des chauvins incapables de faire la différence entre un bûcheron allemand et un artiste du ballon rond comme Zizou.

Je dis ça pour parler. Manière de dire, quoi. D’abord, Zinédine n’a jamais porté notre maillot. Pôvre ! je le sais bien. Ensuite, des Allemands, depuis qu’on a fait l’Europe, il en faut. Des bûcherons aussi, d’ailleurs. Mais pas sur un terrain. Ou alors, à la rigueur, un ou deux. Et encore ; façon Di Meco : ça, c’était pas du fond de gamate ! Tiens, juste pour se faire respecter à domicile pour le cas où, un jour, scoumoune aux autres ! on ne serait pas récompensés par notre beau jeu. Si je vous déballe mon point de vue sur le plus grand club français de tous les temps, c’est parce que, j’en suis conscient, mon histoire, en gros, ne serait jamais arrivée sans ma passion. Encore que…

À bien réfléchir, au fond, le pataquès s’est surtout pointé dès que Slim, Bona et leur collègue Aziz se sont déclarés, d’autorité, associés pour exploiter mon idée. Vous parlez d’un coup de bol ! Avec des alliés pareils, c’était couru d’avance, affiché : le moulon d’engatses était au bout. Quant à toucher le quarté, même dans le désordre, fallait plus y penser.

Slim et Bona c’est mes frangins. Si on ne se ressemble pas beaucoup, il m’est difficile de les renier totalement. L’envie est pourtant là, j’avoue. La différence entre les ânes et eux, c’est que les bourriques ont des oreilles plus longues. Si les couillons volaient, mes deux frères seraient à Salon ou à Istres ; des Tanguy et Laverdure à la chichoua ; indéboulonnables leaders de leur patrouille. C’est vous dire la taille du pois chiche qu’ils se tiennent à la place du cerveau.

L’autre, leur collègue là, Aziz de la Capelette — « c’est mon blase » qu’il disait toujours, pour se la jouer auprès des minots — c’est pas lui qui pouvait leur meubler la cougourde. Inutile de compter sur ce minus pour relever le niveau des deux autres. De quelque côté qu’on se tourne il n’était pas nobélisable. Sauf à créer un prix spécial du jury pour l’ensemble de ses cagades. En fait, le peu qu’il savait, appris sur le tas, provenait de son mémorable stage aux Baumettes. Un genre de supermarché de la défonce où, paraît-il, le cul cassé est toujours offert en promotion pour les minots et les plus faibles. La seule culture qu’il connaissait, c’était celle du cannabis sur le balcon de sa mère. Son exploitation ne risquait pas de couler la filière marocaine. Notez, la culture intensive de l’herbe ne le heurtait en rien. Il aurait été plutôt pour. Mais vu la surface disponible, obligatoirement sa production se limitait à quelques pots. Il se rattrapait auprès de sa clientèle en vantant la qualité de son produit bio. Pendant que sa vioque zonait à l’hospice, avec un col du fémur pété, éclaté comme une pastèque trop mûre, jamais son balcon n’avait été aussi vert. De quoi faire l’admiration des commères du quartier. « Peuchère, Aziz, c’est quand même un bon petit !…. » Encore ne savaient-elles pas qu’il venait de transformer la baignoire sabot de l’appart en pépinière ! Ce sacrifice au détriment de l’hygiène ne semblait pas gêner l’horticulteur. Et quand bien même ? La vie est question de choix. Toujours est-il que, si sa vieille s’est tirée de sa mauvaise fracture, son cœur n’a pas résisté en redécouvrant son bercail. Rude choc, aussi, pour ses copines. En attendant qu’un soir aux actualités régionales, avant leur feuilleton, Plus belle la vie, les voisines de la mère d’Aziz en apprennent un max sur les talents de cultivateur en herbe de l’autre mégotard de joints.

Pendant un temps, dans notre zone, mes trois minables avaient répandu la fable d’un coup fumant à venir. Un coup génial qui aurait germé dans leurs crânes vides. Même qu’il s’est trouvé des crânes encore plus creux, candidats dans la catégorie « César du meilleur espoir de la jobardise », pour croire en leur salade. Pendant un temps donc, j’en suis resté tout escagassé, scotché, incapable d’imaginer la parade efficace. Mon idée, bien sûr, n’avait pas été déposée auprès de la Société des auteurs. Pourtant, incontestablement l’idée était mienne. Je nous revois comme si c’était hier… »

Détails du produit

Parution
Albiana 2008
Format
12,5 x 19,5 cm
Nombre de pages
192
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